Macron et la politique arabe de la France

Mustapha Tossa.

ChroniquePour beaucoup, ce concept de «politique arabe de la France» sent la naphtaline des années 1970. Il est régulièrement brandi par les détracteurs de la diplomatie française, qui lui reprochent son tropisme pro-arabe et pro-palestinien.

Le 24/08/2026 à 16h49

Durant les années Macron, ce concept global a disparu de la grammaire diplomatique française pour céder la place à une approche fondée sur les intérêts économiques et sécuritaires de la France dans cette région du monde arabe, composée d’un Orient en constante ébullition et d’un Maghreb qui connaît un glacis politique digne de la grande Guerre froide.

À l’occasion de la visite à Paris du prince héritier Mohammed ben Salmane, la question d’une approche française cohérente des enjeux de pouvoir dans le monde arabe se pose avec une acuité nouvelle. Et la politique menée par Paris à l’égard de cette région est d’autant plus importante qu’elle vient d’être bousculée de plein fouet par la guerre américaine contre l’Iran et sa cohorte de remises en cause des alliances militaires régionales et de la pertinence stratégique du classique parapluie de protection américain.

Cette guerre a révélé d’énormes failles, poussant les pays du Golfe et du Moyen-Orient à repenser les fondamentaux de leur sécurité. Ce n’est donc pas un hasard si, dans le tumulte de cette guerre, la région a assisté à la naissance de ce que la presse a baptisé un «mini-OTAN sunnite», sous la forme d’un pacte de défense militaire réunissant trois pays, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, et que l’Égypte devrait bientôt rejoindre.

Cette guerre a également mis à rude épreuve la relation militaire de la France avec cette région. Faut-il rappeler que, dans le cadre de cette fameuse «politique arabe de la France», Paris avait signé des traités de défense comportant des clauses d’assistance mutuelle, ratifiés par le Parlement, avec des pays comme les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, ainsi que des accords de coopération militaire, sous la forme de partenariats stratégiques élargis, avec l’Arabie saoudite, la Jordanie, Bahreïn ou Oman?

Il est difficile de déterminer à quel niveau ces accords militaires entre la France et les pays du Golfe ont été activés pendant cette guerre. Officiellement, ni la France ni aucun pays européen n’ont accepté de participer à cette guerre sur le plan offensif, comme Donald Trump le leur demandait depuis le début. C’est d’ailleurs ce refus de s’y impliquer qui est à l’origine des tensions actuelles entre Washington et les pays européens.

«Pour certains, l’unique valeur ajoutée d’Emmanuel Macron à cette politique arabe de la France, initiée par le général de Gaulle et poursuivie par ses prédécesseurs, aura été de l’expurger de son enveloppe idéologique et de son interventionnisme excessif, notamment par son refus de participer à des guerres, pour lui insuffler une logique transactionnelle qui défend exclusivement les intérêts français.»

—  Mustapha Tossa

Partant de ce constat, toute visite à Paris d’un chef d’État de cette région ne pourra échapper à la nécessaire mise à niveau de l’alliance militaire de la France avec les pays du Golfe. Emmanuel Macron et, derrière lui, les Européens et leurs industries de défense voudraient bien profiter de ce moment de doute stratégique qui saisit la région à l’égard du grand protecteur américain pour étendre leurs influences militaires et économiques et tisser des alliances encore plus solides et plus rentables que celles qui existaient déjà.

Impossible d’évoquer la politique arabe de la France sans parler de la position d’Emmanuel Macron à l’égard de la Palestine et du Liban. Hélas pour lui et pour son activisme diplomatique, les deux dynamiques sont liées. C’est parce qu’Emmanuel Macron avait tenté de faire bouger les lignes, en préparant les esprits en France à la reconnaissance d’un État palestinien indépendant, qu’il s’était mis à dos le leadership israélien, en la personne de Benjamin Netanyahu. Celui-ci aurait utilisé toute sa puissance de frappe auprès des Américains pour exclure la France de tout rôle dans le règlement de la crise libanaise.

Et quand on rappelle à quel point le Liban est important aux yeux d’Emmanuel Macron, cette exclusion prend les allures d’une insupportable sanction. Le gouvernement libanais discute, pour la première fois depuis des semaines, avec Israël, à Washington ou à Rome, sans que Paris, grand et éternel ami du Liban, ne soit dans la boucle des négociations.

L’autre versant de la politique arabe d’Emmanuel Macron est à chercher dans sa vision des enjeux de pouvoir au Maghreb. Après avoir débarqué à l’Élysée avec, dans sa besace idéologique, un tropisme envers l’Algérie, au point de qualifier la colonisation de «crime contre l’humanité», non sans avoir ensuite dénoncé la rente mémorielle comme fonds de commerce du régime algérien, Emmanuel Macron est revenu de ses illusions algériennes pour se convertir au seul réalisme qui paie: celui d’améliorer ses relations tendues avec le Maroc et d’acter une reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.

Pour certains, l’unique valeur ajoutée d’Emmanuel Macron à cette politique arabe de la France, initiée par le général de Gaulle et poursuivie par ses prédécesseurs, aura été de l’expurger de son enveloppe idéologique et de son interventionnisme excessif, notamment par son refus de participer à des guerres, pour lui insuffler une logique transactionnelle qui défend exclusivement les intérêts français.

C’est sans aucun doute cette logique qui a structuré le dialogue politique entre Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane lors de leurs rencontres à Paris.

Par Mustapha Tossa
Le 24/08/2026 à 16h49