Dans son Rapport au Parlement 2026 sur les exportations d’armement, publié le 12 août par le ministère français des Armées, la France cite explicitement le Maroc parmi les pays ayant conclu l’un des principaux marchés d’armement français entrés en vigueur en 2025, en l’occurrence pour des hélicoptères Caracal.
Cette mention est d’autant plus significative qu’elle intervient après plusieurs mois de négociations dont les contours avaient progressivement émergé dans la presse française et marocaine. Le rapport ne donne toutefois ni le nombre d’appareils concernés ni la valeur individuelle du contrat. Il convient donc de distinguer cette commande Caracal des 532,1 millions d’euros de prises de commandes françaises enregistrées pour l’ensemble des équipements destinés au Maroc en 2025.
Cette dernière somme constitue néanmoins un indicateur spectaculaire de la relance des échanges militaires entre Rabat et Paris. En 2024, les commandes françaises destinées au Maroc ne représentaient que 13,1 millions d’euros. En 2025, elles ont bondi à 532,1 millions, leur niveau annuel le plus élevé depuis le début de la série statistique publiée par le ministère français en 2016. Sur dix ans, les commandes marocaines cumulées atteignent ainsi 1,3251 milliard d’euros.
L’histoire récente du Caracal marocain remonte à plusieurs années. L’intérêt de Rabat pour cet hélicoptère lourd d’Airbus Helicopters avait déjà été évoqué avant 2024, dans le cadre de la réflexion sur le renouvellement d’une flotte d’hélicoptères devenue vieillissante.
Mais le dossier connaît une nouvelle accélération à l’approche de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc, du 28 au 30 octobre 2024. À cette période, la presse française évoque une hypothèse particulièrement ambitieuse: 18 H225M Caracal, dont 12 destinés aux Forces Royales Air et six à la Gendarmerie royale, pour un montant alors estimé entre 600 et 800 millions d’euros.
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Le contrat n’est finalement pas annoncé lors de la visite présidentielle. Les discussions se poursuivent alors autour de plusieurs paramètres, notamment la configuration des appareils, leur prix et les conditions contractuelles. La Tribune rapporte à l’époque qu’Airbus Helicopters continue de négocier avec Rabat pour une dizaine d’appareils, tandis que les autres pourraient faire l’objet d’une option.
Le 18 novembre 2025, un communiqué d’Airbus Helicopters vient toutefois lever les dernières incertitudes en annonçant la signature d’un contrat avec le Maroc portant sur l’acquisition de dix hélicoptères H225M.
Le rapport français publié cette semaine apporte désormais une confirmation institutionnelle à cette annonce. La commande marocaine figure bien parmi les principaux marchés d’armement français entrés en vigueur en 2025.
Le rapprochement militaire franco-marocain s’inscrit dans un mouvement plus large amorcé en 2024. En juillet de cette année-là, Rabat et Paris avaient convenu de créer un comité d’armement, à l’occasion de la visite au Maroc d’Emmanuel Chiva, alors délégué général pour l’armement. L’objectif était de donner un cadre plus structuré aux échanges industriels et capacitaires entre les deux pays.
Quelques mois plus tard, la visite d’Emmanuel Macron à Rabat devait donner une nouvelle impulsion à cette coopération. Les discussions militaires menées durant cette séquence ont notamment porté sur le dossier des hélicoptères. La présence de Bruno Even, PDG d’Airbus Helicopters, dans la délégation française avait alors alimenté les spéculations sur une possible annonce du contrat. Celle-ci n’a finalement pas eu lieu à ce moment-là.
Le processus allait donc se poursuivre en 2025, jusqu’à l’entrée en vigueur de la commande aujourd’hui recensée par le rapport français.
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Le choix du H225M Caracal n’est pas anodin. Dérivé de la famille Super Puma et produit par Airbus Helicopters, l’appareil est conçu pour des missions militaires exigeantes: transport tactique, opérations spéciales, évacuation sanitaire et recherche et sauvetage au combat (CSAR).
Dans les forces françaises, le Caracal constitue précisément un appareil destiné à ce type de missions. La Direction générale de l’armement rappelle qu’il équipe l’armée de l’Air et de l’Espace et qu’il est régulièrement engagé dans des opérations extérieures. En juin 2026, la DGA a d’ailleurs livré le huitième et dernier H225M d’une commande française de huit appareils destinée notamment à remplacer des Puma outre-mer.
Pour les Forces Royales Air, l’arrivée de nouveaux appareils de cette catégorie permettrait de renforcer sensiblement les capacités de transport et de projection à longue distance, tout en offrant une plateforme adaptée aux missions de sauvetage et au soutien des forces spéciales.
Le renouvellement de la flotte est également un enjeu important. Une partie des hélicoptères Puma marocains appartient à une génération ancienne, ce qui fait du Caracal non seulement un achat capacitaire mais aussi un programme de modernisation de la composante aéromobile.
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Le chiffre publié par le ministère français mérite une attention particulière.
En 2025, les entreprises françaises ont enregistré 532,1 millions d’euros de prises de commandes destinées au Maroc, contre 13,1 millions en 2024. Le rapport recense parallèlement 83,3 millions d’euros de livraisons françaises au Maroc et 42 licences d’exportation acceptées.
Mais ces 532,1 millions d’euros ne peuvent pas être présentés comme le montant du contrat Caracal. Le rapport agrège les commandes françaises destinées au Maroc et mentionne séparément les Caracal parmi les grands contrats de l’année. La valeur exacte du marché des hélicoptères n’est pas isolée dans le document.
Cette distinction est importante, car elle permet d’éviter un raccourci qui conduirait à attribuer au seul programme Caracal l’intégralité des commandes françaises enregistrées au Maroc en 2025.
Il reste que le bond enregistré en un an est considérable. Avec 532,1 millions d’euros, le Maroc a représenté pratiquement la totalité des commandes françaises destinées à l’Afrique du Nord en 2025. Sur la période 2016-2025, le Royaume a cumulé 1,3251 milliard d’euros de prises de commandes françaises.

Au-delà des Caracal, la nouvelle donnée française témoigne ainsi d’une réactivation beaucoup plus large du partenariat industriel de défense entre Rabat et Paris.
Le contrat hélicoptères s’inscrit dans une relation qui cherche désormais à dépasser la simple logique d’achat d’équipements. La création du comité d’armement franco-marocain en 2024 constitue, à cet égard, un cadre institutionnel destiné à faciliter les échanges entre les deux appareils de défense et leurs industries.
Pour Airbus Helicopters, le marché marocain présente également un intérêt qui dépasse la livraison des appareils. Les discussions avaient notamment fait émerger l’hypothèse de l’implantation au Maroc d’un centre de maintenance, réparation et révision (MRO), susceptible d’assurer le soutien des appareils et de servir de plateforme vers l’Afrique de l’Ouest.
Si cette dimension industrielle se concrétise, le programme Caracal pourrait donc devenir l’un des marqueurs d’une nouvelle étape de la coopération de défense entre les deux pays.




