Défense. Voici ce que l’on sait d’IRIFI, le drone de frappe qu’Harmattan AI veut développer aux côtés des FAR

IRIFI. (PHOTO: Harmattan AI)

EntretienHarmattan AI, entreprise française de technologie de défense qui conçoit des systèmes de défense autonomes et de la robotique militaire, et le Maroc ont annoncé le développement d’IRIFI, un système de frappe dans la profondeur autonome et souverain. Concrètement, il s’agit d’un drone conçu pour atteindre des cibles jusqu’à 2.000 km, loin de la ligne de front. Une lettre d’intention a été signée ce mercredi 7 octobre à l’occasion de l’ouverture du Marrakech Air Show. Voici ce que l’on sait.

Le 07/10/2026 à 10h15

Harmattan AI a dévoilé ce mercredi 7 octobre IRIFI, son système de frappe dans la profondeur autonome et souverain marocain. La présentation s’est tenue lors de la séance plénière du Marrakech Air Show. Une lettre d’intention pour le développement du système a été signée.

La signature s’est déroulée en présence d’Abdeltif Loudyi, ministre délégué auprès du chef du Gouvernement chargé de l’Administration de la défense nationale, et du général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales (FAR) et commandant la Zone Sud. Mouad M’Ghari, PDG de Harmattan AI, et Amir Benmahjoub, DG Maroc de l’entreprise, étaient également présents, ainsi que de hauts responsables de l’Administration de la Défense nationale (ADN) et des officiers supérieurs.

Un drone conçu pour opérer sans supervision

IRIFI est un drone conçu pour mener des frappes dans la profondeur. Elles sont lancées très loin de la ligne de front, là où les armées adverses se font face et visent l’arrière du dispositif ennemi. Sa portée atteint 2.000 km. Il dispose d’un très haut niveau d’autonomie. L’opérateur désigne la cible et prend la décision de frappe. Le drone se charge ensuite de toute l’exécution.

Son système de navigation embarqué ne s’appuie pas sur le GNSS (Global Navigation Satellite System). Il est associé à un guidage terminal optique. Ces deux éléments permettent à IRIFI de naviguer, de traiter les informations et d’atteindre une précision métrique, y compris lors de vols à basse altitude. Le système repose sur une charge utile non divulguée, un lanceur mobile canistérisé et une architecture attritable. Cette dernière est pensée pour un déploiement rapide et agile à grande échelle.

Avant le lancement, les commandants désignent les cibles autorisées et fixent les paramètres de mission. Une fois la mission approuvée et lancée, IRIFI la conduit de manière autonome, dans les limites définies par son commandant humain.

Harmattan AI présente cette technologie comme un moyen de recentrer les forces humaines sur des missions à haute valeur ajoutée, comme la planification et la décision stratégique. L’autonomie prend en charge l’intégralité de l’exécution afin d’en maximiser l’efficacité.

Pourquoi la frappe dans la profondeur change désormais de nature

Une frappe dans la profondeur est une frappe de longue portée menée loin à l’intérieur du territoire ennemi, à distance de la ligne de front. Elle vise le plus souvent des infrastructures critiques comme les hubs logistiques, les dépôts de munitions, les bases aériennes ou les installations industrielles. L’objectif est de réduire la capacité de riposte adverse.

Ces frappes stratégiques reposaient jusqu’ici sur des missiles sophistiqués et coûteux, comme le Tomahawk. Très efficaces, ces missiles restent très onéreux et exigent une lourde empreinte logistique.

Les conflits récents en Ukraine et en Iran ont fait émerger une catégorie beaucoup plus attritable de systèmes de frappe dans la profondeur. Selon Harmattan AI, les forces peuvent désormais employer des armes qui coûtent 10 à 100 fois moins cher que les missiles conventionnels. Elles sont produites à grande échelle, parfois dans des usines improvisées et discrètes. Leur empreinte logistique est très réduite, car des sites de lancement peuvent être installés en quelques heures puis rapidement démantelés.

Cette évolution a provoqué une révolution dans la guerre que la plupart des industriels de défense cherchent à adresser. Un obstacle demeure toutefois. La précision et la survivabilité de ces systèmes peuvent être limitées en environnement contesté. Le brouillage et l’usurpation peuvent perturber ou couper les liens de communication avec l’opérateur et l’accès au GNSS peut être restreint.

Le nouveau défi consiste donc à permettre à ces systèmes d’opérer de façon autonome. Concrètement, ils doivent accomplir de bout en bout une mission autorisée par l’humain, sans supervision continue de l’opérateur.

Des briques critiques développées au Maroc

Harmattan AI affirme que les briques technologiques critiques d’IRIFI seront développées et produites sur le sol marocain, par des ressources humaines essentiellement marocaines. L’entreprise y voit la preuve de son engagement pour des systèmes de défense souverains et pour l’expansion de la base industrielle de défense (BITD) marocaine vers l’excellence technologique.

Ce programme s’inscrit dans la lignée du partenariat signé en juin 2026 entre Harmattan AI, l’ADN et les FAR. Cet accord vise le développement d’une BITD marocaine souveraine et l’ouverture d’un centre de R&D d’Harmattan AI à Rabat.

«Cette annonce témoigne de notre engagement à innover au plus vite afin de développer des technologies de défense critiques. Quatre mois après notre installation au Maroc, c’est un honneur pour Harmattan AI de se tenir aux côtés des Forces Armées Royales pour développer un programme souverain», a déclaré Mouad M’Ghari, PDG de Harmattan AI.

«Depuis notre fondation, nous concentrons tous nos efforts sur la construction de technologies de défense autonomes. Avec IRIFI, Harmattan AI se place à la pointe du développement de systèmes de frappe dans la profondeur, en présentant un système doté d’un très haut degré d’autonomie opérationnelle», a-t-il poursuivi.

Un partenariat à trois piliers avec les FAR

En juin 2026, Harmattan AI et les Forces armées royales ont signé un partenariat stratégique qui repose sur trois piliers. Le premier prévoit l’établissement de capacités de fabrication au Maroc pour produire des systèmes de défense autonomes. Le deuxième porte sur la création d’un centre de recherche et développement ambitieux, consacré à l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes de défense. Le troisième vise des partenariats avec les établissements marocains d’enseignement supérieur et de recherche.

Selon Amir Benmahjoub, l’objectif est de bâtir une base de talents à toutes les étapes, de la R&D jusqu’à la production finale. Harmattan AI veut ainsi attirer les meilleurs profils au monde et le Maroc représente selon lui un immense réservoir d’ingénieurs. L’entreprise compte engager des ingénieurs marocains pour des tâches de R&D à haute valeur ajoutée et former des opérateurs, afin que les talents marocains construisent leurs systèmes de défense sur le sol marocain. Les partenariats avec l’enseignement supérieur doivent former la génération suivante et nourrir la recherche en IA appliquée à la défense.

L’usine se situera ainsi près de Casablanca et le calendrier sera précisé en temps voulu. Interview avec Amir Benmahjoub.

Le360: où se situe actuellement Harmattan AI sur le marché de la défense et de l’intelligence artificielle?

Amir Benmahjoub: Harmattan AI a été fondée en avril 2024 avec un but très clair: créer des systèmes de défense autonome et une armée de robots coordonnés.

Nous construisons à la fois le hardware et le software, ce qui nous permet d’être souverains et agiles. L’objectif est de construire des systèmes de défense augmentés par l’intelligence artificielle. L’IA permet d’améliorer considérablement la reconnaissance et l’analyse des menaces, l’exécution de missions et le guidage terminal. L’humain reste au cœur de la démarche de planification, de définition des paramètres de mission et des décisions d’engagement. Cela permet de recentrer l’attention humaine vers ce qu’elle sait le mieux faire: la planification et la décision, en utilisant l’IA pour l’exécution.

Quels sont les domaines d’expertise d’Harmattan? Pouvez-vous décrire votre portefeuille de solutions et vos clients actuels?

Notre portefeuille de solution inclut:

- Des systèmes servant à l’entraînement, la reconnaissance (ISR) et la frappe: Sonora et Barkhane;

- Des systèmes d’intercepteurs de défense aérienne de très courte portée: Gobi (intercepteur cinétique) et Tempest (intercepteur explosif);

- Un système de reconnaissance (ISR) utilisant la technologie du radar à synthèse d’ouverture: Sahara;

- Un système de frappe dans la profondeur: IRIFI;

- Un système de guerre électronique: NAMIB;

- Une C2 (Centre de commandement et de contrôle): Kalahari.

Nous sommes à la fois une entreprise globale (l’ambition est la même quel que soit le pays: créer des systèmes autonomes), mais aussi une entreprise souveraine, c’est-à-dire que nous nous adaptons aux réalités locales de chaque pays pour fournir les systèmes de défense les plus adaptés aux besoins des forces qui nous font confiance.

Ainsi, nous refusons de faire de l’assemblage final à faible valeur ajoutée. Notre partenariat avec le Maroc s’inscrit dans cette logique. Nous ouvrons un centre de R&D, une usine et tissons des partenariats avec les universités. Notre objectif est de former une nouvelle génération d’ingénieurs et d’opérateurs dans l’IA et la défense pour participer à l’expansion d’une base industrielle de défense marocaine souveraine tournée vers l’excellence technologique.

Pouvez-vous revenir sur votre partenariat avec les FAR? Comment s’est construite cette relation? Comment le Maroc a-t-il été identifié comme partenaire stratégique pour cette implantation régionale?

Les FAR sont une force qui a parfaitement compris les enjeux technologiques et souhaite se doter de systèmes de défense à la pointe des dernières découvertes. Pour nous, c’est donc un partenaire de choix pour développer des systèmes à la pointe de l’autonomie et avoir des retours très précis sur les besoins du terrain.

Ils sont donc un partenaire de choix pour Harmattan AI. Grâce à eux, nous pouvons accéder aux besoins au plus près des demandes des militaires.

Le partenariat repose sur trois piliers: fabrication au Maroc, centre de R&D, partenariats académiques. Pourriez-vous nous expliquer la logique et l’articulation de ces trois composantes?

L’objectif est de construire une base de talents à toutes les étapes: de la R&D jusqu’à la production finale. Harmattan AI souhaite attirer les meilleurs profils au monde et le Maroc est un immense réservoir de talents, en particulier parmi les ingénieurs: il était donc tout à fait logique que nous nous intéressions à ce pays.

Nous voulons engager des ingénieurs marocains pour des tâches de R&D à haute valeur ajoutée. Nous voulons former des opérateurs pour que les talents marocains puissent construire leurs systèmes de défense sur le sol marocain. Et, à travers nos partenariats avec l’enseignement supérieur, nous voulons former la génération de demain et contribuer à la recherche en IA appliquée à la défense.

Concernant l’établissement de capacités de fabrication au Maroc, pourriez-vous nous préciser le calendrier? Où sera implanté ce site?

Nous préciserons le calendrier en temps voulu. L’usine se situe près de Casablanca.

Quelle sera la nature exacte de cette production? Fabrication complète, assemblage, intégration de systèmes?

Fabrication complète. La souveraineté est notre boussole.

Que pouvez-vous nous dire du centre de R&D en IA appliquée à la défense, de sa vocation à son lieu d’implantation?

Sur le volet recherches, nous avons beaucoup d’annonces à suivre...

Par Hajar Kharroubi
Le 07/10/2026 à 10h15