À l’entrée de la zone des artisans de Benjalik dans la région de Fès, le décor est peu engageant. Sur plusieurs portions de la route, le sol s’est déformé, laissant apparaître des fissures et des passages particulièrement accidentés. Les véhicules doivent composer avec ces difficultés, tandis que les camions chargés d’acheminer le zellige vers les différents marchés rencontrent davantage de difficultés pour atteindre les ateliers. Pour les artisans, cette situation ne date toutefois pas d’hier. Les glissements de terrain affectent cet axe depuis plusieurs années, avec des dégradations qui réapparaissent malgré les différentes opérations de réparation.
«Le problème des glissements de terrain remonte à plusieurs années. La route a déjà fait l’objet de plusieurs interventions, mais les mêmes difficultés réapparaissent», explique Massoûd Abdelouahed, président de l’Association Al-ikha du quartier artisanal de Benjalik. Selon lui, la nature argileuse du sol constitue l’une des principales causes de ces dégradations et impose une étude technique approfondie avant toute nouvelle intervention.
Au quotidien, les conséquences se font directement sentir. Les véhicules des artisans sont davantage exposés aux pannes et aux dommages, tandis que les camions, indispensables au transport du zellige, peinent à emprunter les portions les plus dégradées. «Les artisans sont obligés de supporter eux-mêmes une partie des coûts. Nous avons acheté des matériaux pour combler certains passages et permettre aux véhicules de continuer à circuler», ajoute-t-il.
La situation est d’autant plus préoccupante que la route constitue un véritable axe vital pour cette zone d’activité. Le village de Benjalik rassemble quelque 5.000 artisans et ouvriers, auxquels s’ajoutent des coopératives et des entreprises spécialisées dans la fabrication et la commercialisation du zellige fassi, destiné aussi bien au marché national qu’à l’export. «Cette route est un véritable cordon ombilical pour notre activité. Si elle continue à se dégrader, c’est toute la chaîne de production et de transport des marchandises qui est affectée», souligne le président de l’association.
La route de Benjalik près de Fès endommagée par les pluies de février (Y.Jaoual/Le360). . يسرى جوال
Une autre voie, passant par Sidi Hrazem, ne permet pas non plus de résoudre le problème. Elle présente elle aussi des fissures et des signes d’érosion qui compliquent notamment le passage des poids lourds. «La route de Sidi Hrazem n’offre pas une véritable alternative. Elle est également touchée par les fissures et les glissements, ce qui rend la circulation difficile, surtout pour les camions», confirme Abdelouahed.
Les dernières précipitations ont ainsi accentué les inquiétudes des professionnels. Plusieurs points de l’axe ont été touchés par des affaissements et des glissements, faisant craindre une interruption de la circulation en cas de nouvelles fortes pluies.
Au-delà de l’état actuel de la chaussée, la question de l’efficacité des travaux réalisés ces dernières années est également posée. D’après les éléments disponibles, les différentes opérations de réparation menées sur cet axe auraient mobilisé plus de 30 millions de dirhams. Le dernier projet, à lui seul, a bénéficié d’une enveloppe de 14,45 millions de dirhams du budget de la région Fès-Meknès, sous la supervision de l’Agence régionale d’exécution des projets (AREP).
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Ce projet concernait un tronçon d’environ cinq kilomètres reliant le quartier Jnane El Ouard au village des artisans de Benjalik. Pourtant, des affaissements sont apparus après l’achèvement des travaux, tandis que les dernières pluies ont de nouveau mis en évidence les fragilités de certaines portions. Pour les professionnels, le problème ne peut donc plus être traité par de simples opérations de colmatage. Les zones régulièrement touchées par les glissements nécessiteraient, selon eux, des ouvrages techniques adaptés à la nature du terrain afin de s’attaquer à la cause du problème plutôt qu’à ses seules conséquences.
Face à cette situation, des coopératives et des associations représentant les artisans ont adressé une plainte au wali de la région Fès-Meknès, Khalid Aït Taleb, afin de demander une intervention. Les professionnels souhaitent notamment savoir quand une solution durable pourra être mise en œuvre. «Nous voulons surtout connaître la date à laquelle une solution définitive sera apportée à ce problème qui revient depuis des années», exprime le président de l’association.
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Cette préoccupation intervient alors qu’un nouveau projet concernant la zone d’activité artisanale de Benjalik a été approuvé en juin 2026 par le Conseil de la région Fès-Meknès. La convention porte sur la valorisation et l’extension de la zone d’activités de l’artisanat ainsi que sur la création d’une voie d’accès, pour un investissement global d’environ 58 millions de dirhams. La région doit y contribuer à hauteur de 38 millions de dirhams, aux côtés du secrétariat d’État chargé de l’Artisanat.
Les travaux liés à ce nouveau projet n’ont toutefois pas encore démarré. Dans l’intervalle, les artisans continuent de composer avec une route qui, à chaque épisode pluvieux, rappelle sa fragilité. «Si les pluies reviennent dans les mêmes conditions, nous craignons de nous retrouver complètement isolés», conclut le responsable.










