Les élections législatives auront lieu le 23 septembre prochain. J’ai tendu l’oreille. Pas beaucoup de bruit à ce propos.
Si! On me dit: «Il y aura peu de citoyens qui iront voter». Ce qui se dit là, ne vient pas d’un institut de sondage, mais de la rue, des cafés, des marchés. La clameur populaire fait part de ses intuitions.
On dit que nous sommes champions de la critique, surtout bien installés dans un café avec des copains. Critiquer c’est bien, encore faut-il agir. Ainsi, si le 23 septembre nous nous abstenons, nous n’aurons plus le droit de critiquer le gouvernement ou le parlement. Il faut être cohérent.
Il y a des risques que la participation soit faible. C’est dans l’air. On dit même que le «parti de l’abstention» est le seul parti qui se porte bien. C’est une tendance générale qui vient d’Europe. La politique a mauvaise presse.
Cependant, des philosophes nous ont enseigné qu’il «existe une intelligence universelle à laquelle tous les hommes participent». Si, par paresse, égoïsme ou inconscience, certains renoncent à contribuer par l’acte de voter dans une élection à cette intelligence, autrement dit à cette humanité, c’est l’avenir de leurs enfants qu’ils ruinent.
Nous savons que des hommes se sont servis de la politique pour atteindre des buts personnels. Ce sont de mauvais citoyens. Nous les laissons à leur conscience et à leur médiocrité.
Chez nous, un nombre non négligeable d’hommes politiques, des élus, sont passés par la case justice. Corruption, détournements de fonds publics, trafics en tout genre. Plusieurs années de prison ont été requises pour certains dont un ancien ministre.
Cependant, depuis que les élections se passent sans truquage, en toute transparence, le Maroc fait l’apprentissage de la démocratie. Notre pays est peut-être le seul dans la région qui respecte les lois et les règles dans ce domaine.
Au-delà des rumeurs à propos de l’abstention, que doivent faire l’État et le gouvernement pour inciter les citoyens à aller élire leurs représentants?
Comment redonner (ou simplement donner) aux gens le sens de la responsabilité pour qu’ils aillent faire leur devoir de citoyens appartenant à une société qui va vers l’État de droit?
Rendre obligatoire le vote comme en Belgique, en Argentine ou au Brésil?
Pourquoi pas? Cette obligation devrait être accompagnée d’une incitation à reconsidérer la chose politique. Les partis politiques devraient y réfléchir et travailler auprès des citoyens pour les amener à voter.
«Des instances internationales font remarquer que la maladie du Maroc s’appelle «corruption». Le jour où l’argent en espèces sera interdit (nous en sommes très loin), la corruption disparaîtra ou diminuera de manière visible. »
— Tahar Ben Jelloun
Malheureusement nous manquons de culture de la démocratie. Nous manquons d’habitude démocratique.
La démocratie est un système, le moins mauvais du monde, pour vivre ensemble. Mais la démocratie est un ensemble de valeurs et principes qui font que notre modernité s’exprime librement lors des élections saines et transparentes. C’est la base et le fondement de ce que doit être l’État de droit.
Commençons par enseigner les valeurs de la démocratie. Car celle-ci n’est pas une technique mais une éthique, une morale qui définit le cadre du vivre ensemble. Le principe de la majorité à une voix se pratique dans le monde et reste incontestable.
Cette leçon civique pourrait trouver une place dans le programme de l’éducation nationale.
Nous savons, à quelques exceptions près, ce que les citoyens pensent des hommes politiques et en particulier des députés. C’est pathétique. Aucun intérêt pour la chose politique, un rejet quasi systématique de la députation. On entend souvent dire que les gens se font élire pour mieux faire fructifier leurs affaires, pour profiter d’un salaire afin de mieux s’occuper de leurs intérêts personnels, etc. Que l’intérêt supérieur de l’État est sacrifié au profit de l’intérêt personnel. Ceci est vrai pour certains députés. Mais pas pour tous.
Ce qu’on entend n’est pas faux, même s’il est exagéré. Tout de même, tous les députés ne sont pas des «pourris». Mais certains qui ont eu affaire à la justice, ne pourront plus prétendre parler au nom du peuple.
En même temps, le citoyen marocain, même si son esprit est plein de doute, a besoin de la pédagogie démocratique. Aller voter devient un élément fondamental de la démocratie. Encore faut-il voter pour la personne la plus intègre possible et la plus déterminée à servir le pays. D’où une lutte sans merci contre toutes les formes d’incivisme et de corruption. Des instances internationales font remarquer que la maladie du Maroc s’appelle «corruption». Le jour où l’argent en espèces sera interdit (nous en sommes très loin), la corruption disparaîtra ou diminuera de manière visible.
Donc, voter pour des hommes et des femmes dont l’intégrité est manifeste et solide. Ce sera un acte patriotique.
Vous me direz que ce genre ne court pas les rues. Peut-être, mais on pourrait instituer une règle: déclaration du patrimoine à l’entrée au parlement et à la sortie. Une vérification fiscale pourrait éclairer cette règle. Ainsi une moralisation de la chose politique s’avère nécessaire, sinon, nous irons de plus en plus vers un chaos qui ruinera nos acquis et nos espérances.
La même chose sera appliquée aux ministres, à ceux qui ont la tâche de gouverner le pays et de le faire avancer. Contrôle et rigueur. Patriotisme et responsabilité. Assainissement et moralisation de la vie politique.
Sans cela, on continuera à voguer dans des eaux troubles, faisant des affaires à la limite de la légalité. L’informel prendra tout le temps le pas sur la loi et le droit. Et c’est sans doute pour cela qu’une majorité de citoyens répugne à se rendre aux urnes.
Cela a pour conséquence immédiate, la progression des actes inciviques. Les valeurs et les principes ne cessent d’être violés, ignorés, laissant place à un égoïsme honteux. Absence de sérieux et de respect en général. La manière dont notre société change (en mal) est très inquiétante. Il y a tant de choses à entreprendre, chacun dans son domaine, si l’on veut améliorer le vivre-ensemble et donner à nos enfants une éducation basée sur des valeurs non négociables. Sinon, c’est la dérive funeste et la progression du désordre social et moral.




