J’ai de l’estime et de l’admiration pour Mme Hakima Himmich, médecin et militante contre la propagation du Sida. Il faut écouter ce qu’elle dit et en tenir compte. Elle ne dit jamais n’importe quoi et, quand elle s’exprime, c’est qu’il y a urgence et de ce fait, il faut agir.
Dernièrement, elle est intervenue dans certains réseaux sociaux pour alerter le gouvernement et les responsables sur la mainmise du privé sur l’hôpital public. Cette domination est flagrante. Mme Himmich n’est pas contre le privé, mais elle souhaite que le public puisse exister dans les meilleures conditions possibles et qu’il joue son rôle vis-à-vis des malades qui n’ont pas les moyens de s’adresser aux cliniques privées, lesquelles pratiquent des prix exorbitants et, de ce fait, affaiblissent l’hôpital public.
Hakima raconte que durant la pandémie de Covid-19, son mari et elle ont été malades et ont été très bien soignés au sein de l’hôpital public. Ce témoignage est précieux et veut dire que l’hôpital public dispose des moyens pour bien traiter les patients. Encore faut-il rester vigilant et lutter pour que le personnel soignant soit bien rémunéré et que le tout fonctionne avec sérieux et efficacité.
Ce n’est malheureusement pas le cas dans certains hôpitaux. Les témoignages de certains malades nous affligent et nous savons que les choses ne se passent pas bien dans le public.
L’enseignement connaît presque la même dérive. Le privé est en train de prospérer de manière scandaleuse. La fortune est à portée de main. Il m’est arrivé de rencontrer des personnes fortunées vivant dans un luxe éclatant. Renseignement pris, l’homme possède quelques écoles et lycées privés qui lui rapportent des millions de dirhams chaque mois. Il est facile de faire le calcul: un parent doit débourser mensuellement une somme entre 3.000 et 5.000 DH par élève. Avec deux ou trois enfants, la facture est lourde.
Pendant ce temps-là, l’enseignement public est gratuit. Il n’est pas si mauvais qu’on le dit. Mais des parents se ruinent en inscrivant leurs enfants dans des établissements privés pensant qu’ils recevront un enseignement de meilleure qualité. Peut-être. Mais l’argent n’a jamais été une garantie de qualité.
«Nous aimons notre pays. Nous sommes capables de solidarité et de ferveur quand les Lions de l’Atlas jouent. En même temps, rien n’est fait pour remettre de l’ordre afin que le privé n’avale le public comme dans un mauvais film»
— Tahar Ben Jelloun
Que ce soit dans le domaine de la santé ou celui de l’éducation, il est urgent que le gouvernement se penche sur l’état du public et fasse en sorte qu’il soit un bon concurrent du privé. Un contrôle et un constat pourraient rendre le public plus attrayant. Mais il faut y mettre les moyens. Sinon, il y aura deux Maroc, celui des possédants et celui des gens modestes et pauvres. C’est ce qui se dessine de plus en plus dans la vie quotidienne. Des cliniques, parce qu’elles sont très rentables, surgissent un peu partout. Des écoles privées aussi.
Le citoyen n’a pas le choix. L’économie libérale l’écrase et son pouvoir d’achat est de plus en plus réduit. Les prix flambent. C’est honteux. C’est le chaos. Et rien n’est fait pour mettre fin à cette hausse spectaculaire et simplement inacceptable.
Les fruits et légumes, tout comme la viande et le poisson produits dans le pays, sont devenus inaccessibles pour de nombreuses familles. Les cerises se vendent jusqu’à 90 dirhams le kilogramme, tandis que les figues vertes coûtent entre 30 et 50 dirhams le kilo.
Ce que je dis, je ne l’invente pas. Tout le monde en parle. Le gouvernement reste sourd, tandis que les partis politiques semblent davantage préoccupés par les élections de septembre que par les difficultés quotidiennes des citoyens.
L’abstention sera au rendez-vous. Les citoyens n’ont plus confiance dans les hommes politiques. La déception est énorme. L’affairisme est fréquent. Et le citoyen, démuni, abandonné par les politiques et les syndicats, ne sait à quel saint se vouer. Reste le champ improbable des réseaux sociaux où le n’importe quoi l’emporte sur la parole sérieuse et grave.
Nous aimons notre pays. Nous sommes capables de solidarité et de ferveur quand les Lions de l’Atlas jouent. En même temps, rien n’est fait pour remettre de l’ordre afin que le privé n’avale le public comme dans un mauvais film. Mme Hakima Himmich a eu raison de dénoncer une situation anormale surtout quand il s’agit de la santé des citoyens.




