Lors d’une émission de la télévision italienne sur la cuisine, on m’a demandé quel était mon plat préféré. Tout le monde s’attendait à ce que je parle de la cuisine de ma mère, le couscous de ma mère, les tagines de ma mère, la pastella de ma mère etc.
Il est vrai que nous sommes tous attachés à des parfums, des mets spécifiques concoctés par notre maman. Mais moi, il se trouve que j’aime un poisson négligé, un poisson populaire, un poisson bon: la sardine.
J’ai dit: «Mon plat préféré est un plat de sardines fraîches cuites sur le charbon; quand elles se font rares comme ces derniers temps, je déguste avec joie des sardines en conserve, baignant dans la bonne huile d’olive». Et j’ai ajouté: «Elles sont marocaines, je les reconnais au goût même si la boîte de conserve porte le drapeau du Portugal ou de l’Espagne. Je sais que 45% des sardines en conserve dans le monde sont marocaines. Elles sont aimées et recherchées.»
Étonné, le journaliste me demande de développer. Me voici sortant tout ce que j’avais lu sur les bienfaits de ce poisson. Il est sain, son gras est bon pour la santé et ses Oméga 3 sont fondamentaux. Voici ce qu’en dit un médecin:
«Les sardines fournissent des oméga-3 essentiels qui protègent le cœur, le cerveau et les muscles. Riches en nutriments, elles offrent une source saine, durable et peu contaminée à intégrer chaque semaine».
C’est un repas complet, pas cher et particulièrement bon.
J’ai constaté ces derniers temps que la sardine se fait rare sur les marchés de poisson de notre pays. Et quand elle arrive, elle atteint des prix très élevés. Et la sardine en conserve a disparu des rayons des supermarchés.
«Nous sommes tous attachés à des parfums, des mets spécifiques concoctés par notre maman. Mais moi, j’aime un poisson négligé, populaire et bon: la sardine»
Qu’est-ce qu’il se passe?
On nous a volé notre sardine. Disons que certains commerçants privilégient l’export et négligent le marché intérieur. Je me demande si le problème n’est pas plus grave: la pêche intensive et l’appât du gain ont porté atteinte à la vie des sardines. Les fonds seraient moins riches qu’avant. Il fut un temps où la ville de Safi était considérée comme le premier port sardinier du monde. Aujourd’hui, avec la crise climatique, les eaux sont chaudes, ce qui n’arrange pas la vie des petites sardines. Elles ont du mal à se reproduire.
Il y a deux ans, c’était la figue de barbarie qui avait disparu des marchés. Aujourd’hui c’est au tour de la sardine. Apparemment, personne ne prend sa défense. Il serait sympathique de constituer un comité de soutien à la sardine dans tous ses états afin qu’elle retrouve son rang, son large public et sa superbe réputation. Avis aux consommateurs!
Quant aux producteurs qui ne pensent qu’à s’enrichir, ils devraient équilibrer leur commerce et respecter la demande populaire, car la sardine a été de tout temps le poisson le moins cher sur le marché, le poisson des foyers modestes.
À Tanger, nous avons un marché de poisson magnifique. Les vendeurs mettent en avant les poissons chers, laissant la sardine à ceux qui la vendent dans des caisses par terre à l’entrée du marché. Ça ne rapporte pas autant que l’espadon, le turbot ou le Saint-Pierre. Certains restaurants ont banni la sardine de leur menu. La cause, ce serait un poisson pas assez noble! C’est stupide. Je sais que nous sommes nombreux à attendre le retour de la sardine. Un geste gouvernemental serait utile et apprécié.




