Quand l’Aïd Al-Adha devient le miroir des inégalités et de l’impuissance publique

Quelque 5.000 têtes de bétail sont acheminées chaque année du Maroc vers Sebta, à l'occasion de la fête du sacrifice.

Des moutons de la race Sardi. . DR

Revue de presseEntre promesses gouvernementales et réalité des étals, la célébration de l’Aïd Al-Adha a laissé un goût amer. Alors que tous les signes laissaient présager une accalmie pour le pouvoir d’achat des familles, les Marocains ont vécu une situation sans précédent : flambée des prix, rareté des bêtes sur les marchés et sentiment d’abandon face à des spéculateurs sans scrupules. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 31/05/2026 à 20h15

Les répercussions de l’Aïd Al-Adha ne sauraient être évaluées sans un examen critique et des mesures correctrices, tant les dysfonctionnements ayant entaché la vente des ovins appellent à en comprendre les ressorts profonds. L’expérience vécue par les Marocains à l’occasion de cette fête religieuse est sans précédent, bien que tous les indicateurs laissaient espérer une année plus clémente pour leur pouvoir d’achat, ainsi qu’une occasion de faire le bonheur de leurs proches.

«En effet, les éleveurs et les importateurs avaient bénéficié d’un appui financier de l’État, tandis que l’abondance des pluies cette année avait rendu les pâturages largement disponibles», écrit l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du lundi 1er juin. Dès lors, comment expliquer l’embrasement des prix sur les marchés, la raréfaction des moutons et l’incapacité de nombreux Marocains à répondre à leurs besoins élémentaires à l’occasion de cette célébration, alors même que le ministère de l’Agriculture annonçait la mise à disposition de neuf millions de têtes?

«Aucune excuse ni justification ne saurait être admise face à la situation qui a prévalu dans les jours précédant l’Aïd, exposant de larges franges de la population marocaine à la vulnérabilité, sans aucune protection contre des spéculateurs dénués de scrupules», note le quotidien. Les instances chargées de superviser la gestion des marchés du cheptel n’ont visiblement pas mesuré l’attachement profond des Marocains à cette occasion religieuse, ni les implications psychologiques d’une telle pénurie sur eux et leurs familles, ni les effets déstabilisants qui en découlent pour la cohésion sociale.

Les déclarations du ministre de tutelle relèvent d’un «glissement politique préoccupant: avancer devant le Parlement des chiffres éloignés de la réalité et adopter un ton qui, loin d’apaiser, attise les ressentiments, sans aucun respect pour l’intelligence des citoyens», précise le journal. Par cette posture, le ministre «s’est enferré dans l’embarras, entraînant avec lui un gouvernement qui s’est lui-même ridiculisé, devenant l’objet de plaisanteries», note l’éditorialiste.

Il devient impératif et urgent d’ouvrir un véritable débat sur le discours de libéralisation du marché, sur les appels récurrents à le laisser s’autoréguler et sur la concurrence ouverte, tant ces « politiques infligent des souffrances à la société marocaine et menacent sa stabilité ». La neutralité du gouvernement face à de tels dysfonctionnements est inacceptable ; elle pourrait, si elle perdure, conduire à de futures catastrophes.

«Ces pratiques sont contraires à la logique même de l’État social, qui devrait protéger l’ensemble des acteurs», souligne l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia. Il lui incombe donc d’intervenir sans délai pour mettre un terme aux dégâts provoqués par certaines pratiques guidées par l’avidité. Des dérives qui, immanquablement, resurgissent lorsque les institutions de l’État sont faibles ou absentes.

Par Hassan Benadad
Le 31/05/2026 à 20h15