Le marché ovin est au centre d’une controverse croissante au Maroc, à la suite des tensions enregistrées sur l’approvisionnement et les prix à l’approche de l’Aïd al-Adha. Malgré les assurances des autorités quant à la disponibilité du cheptel, plusieurs observateurs font état d’un déficit d’offre sur certains marchés et d’une flambée des prix des moutons destinés au sacrifice.
Selon plusieurs témoignages recueillis dans différentes régions du Royaume, les derniers jours précédant l’Aïd al-Adha ont été marqués par des tensions sur l’approvisionnement des marchés, où l’offre a été jugée insuffisante par de nombreux acheteurs et professionnels. Une situation qui contraste avec les déclarations du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, lequel avait assuré la disponibilité de près de huit millions de têtes d’ovins pour la fête. Cette offre devait notamment être soutenue par les mesures mises en œuvre dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel national, officiellement estimé à environ 40 millions de têtes.
Parallèlement, les marchés ont enregistré une forte hausse des prix. Dans plusieurs souks et points de vente, les moutons se sont négociés entre 6.000 et 8.000 dirhams, certains spécimens atteignant même les 10.000 dirhams. Une flambée que plusieurs professionnels attribuent à un déséquilibre entre l’offre et la demande, dans un contexte marqué par plusieurs années de sécheresse et par l’érosion du cheptel reproducteur.
Face à cette situation, l’économiste Youssef Guerraoui Filali a appelé la Cour des comptes à ouvrir une enquête sur les différents dispositifs de soutien accordés à la filière. Il plaide notamment pour un examen approfondi des 437 millions de dirhams mobilisés en 2024 pour l’importation de bétail, ainsi que des aides destinées aux éleveurs dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel national.
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Selon lui, les tensions observées sur les marchés dans les jours précédant l’Aïd ont laissé «une impression négative auprès des citoyens». Il réclame davantage de transparence sur l’utilisation des fonds publics alloués au secteur. «Nous avons besoin d’un rapport officiel détaillant les subventions accordées, les catégories de bénéficiaires et les résultats obtenus en matière de reconstitution du cheptel», affirme-t-il.
L’économiste estime également que la Cour des comptes devrait dresser un bilan précis des crédits engagés et de leur impact réel sur la filière. L’enjeu est, selon lui, de déterminer si les programmes de soutien ont atteint leurs objectifs ou si des dysfonctionnements ont contribué aux tensions constatées sur les marchés.
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Youssef Guerraoui Filali pointe également l’écart entre les indicateurs officiels de disponibilité du cheptel et les conditions réelles d’approvisionnement observées sur les marchés. Il relève qu’à l’approche de l’Aïd, l’offre en béliers conformes aux préférences des ménages s’est révélée insuffisante dans plusieurs zones, poussant certains acheteurs à se rabattre sur des brebis ou de jeunes ovins. Pour l’économiste, cette configuration traduit des tensions sur les disponibilités commercialisables et interroge la performance des dispositifs de soutien à la filière ovine ainsi que l’efficacité des programmes de reconstitution du cheptel national.




