Mafia des sables: la plage de Mehdia au bord de la disparition

Proche de Kénitra, Rabat et Salé, Mehdia est une petite cité portuaire. Le réaménagement de sa corniche a permis de mettre en valeur son important potentiel naturel, aujourd'hui très apprécié des touristes. 

La corniche de Mehdia, après son réaménagement.. DR

Revue de presseDevant des soupçons de dysfonctionnements liés à des projets d’aménagement coûteux, les données scientifiques et les analyses de laboratoire révèlent une double crise: une érosion côtière majeure provoquée par le pillage du sable et le dragage anarchique, doublée d’une pollution critique au mercure qui menace l’écosystème marin et les ressources halieutiques locales. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 31/05/2026 à 19h53

À l’approche de l’été, les vacanciers et les habitants de Mehdia, près de Kénitra, constatent «une dégradation majeure de leur littoral», caractérisée, indique Al Akhbar de ce lundi 1er juin, par «la disparition progressive de la plage et l’effondrement partiel de la corniche locale», ce qui explique leurs «vives préoccupations sanitaires, économiques et écologiques», et incite «les acteurs de la société civile à réclamer l’ouverture d’une enquête officielle sur la gestion des projets d’aménagement de la corniche, qui ont coûté plusieurs millions de dirhams».

La principale cause de cette «érosion accélérée» est due, selon le quotidien, au «pillage systématique et illégal du sable le long des côtes de la province de Kénitra, exacerbé par un manque de contrôle de la part des autorités compétentes». Un constat que corrobore un rapport officiel du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui avait précédemment alerté les autorités à propos de «la gravité de l’extraction de sable et de l’érosion côtière au Maroc, citant explicitement la plage de Mehdia parmi les zones les plus vulnérables. Cette situation suscite un profond mécontentement tant chez les riverains que chez les militants environnementaux», relaie Al Akhbar, selon lequel «ces signaux d’alarme ne sont pas récents». En effet, le quotidien relaie le fait que les conclusions d’«une étude internationale d’envergure, menée dès mars 2011 par le bureau d’études international SOGREAH, en collaboration avec un laboratoire public national», avait formellement permis d’établir que «la plage de Mehdia recule à un rythme alarmant de près de quatre mètres par an».

Dans leurs conclusions, les auteurs de cette étude ont directement remis en cause «le caractère anarchique et incontrôlé du dragage de sédiments par de grands navires à proximité immédiate des eaux côtières», des opérations qui «créent de profondes tranchées sous-marines artificielles» modifiant «radicalement la dynamique locale des courants marins et la propagation des vagues, accélérant inexorablement le phénomène d’érosion côtière». À cause de cette perturbation de «l’équilibre sédimentaire naturel», le flux de l’océan se retrouve «contraint de combler ces fosses artificielles en pompant le sable directement depuis la plage, ce qui aggrave mécaniquement le recul du trait de côte», relaie Al Akhbar, reprenant les auteurs de ce document.

Cet impact «purement topographique» mis à part, «les résultats d’analyses physico-chimiques en laboratoire effectuées sur des échantillons de sable prélevés sur la plage de Mehdia révèlent des seuils de toxicité critiques». Les analyses mettent en évidence une «concentration alarmante de métaux lourds, en particulier de mercure, ainsi qu’une présence significative d’hydrocarbures».

Ces taux «particulièrement élevés», signale le quotidien, «altèrent profondément la stabilité biologique» du milieu marin, alors même que «les rejets industriels et les eaux du fleuve Sebou, qui se déversent à l’embouchure à proximité immédiate, contribuent à accumuler ces substances toxiques au fil des décennies sous des couches successives de sédiments marins». Les recherches scientifiques menées démontrent que «les opérations de dragage intensif affectent de manière directe et systémique la faune et la flore marines à plusieurs niveaux», ce qui a induit, affirme Al Akhbar, «la destruction des habitats benthiques», alors même que «le raclage mécanique détruit les fonds marins essentiels où se reproduisent les poissons, éliminant les œufs, les larves et la végétation marine indispensable à leur alimentation».

Il faut aussi ajouter à cette situation «la remise en suspension des polluants», signale le quotidien, qui précise qu’en remuant «les sédiments profonds, le dragage libère à nouveau les métaux lourds (dont du mercure) enfouis depuis des années». Par la suite, ajoute Al Akhbar, «ces substances toxiques intègrent directement la chaîne alimentaire via le plancton et les petits poissons, posant un risque de bioaccumulation jusqu’aux produits de la pêche destinés à la consommation humaine». De plus, signale le quotidien, «les matières en suspension générées par le dragage augmentent l’opacité de l’eau, réduisant la pénétration de la lumière et le taux d’oxygène dissous», ce qui «entraîne l’asphyxie des organismes aquatiques à faible mobilité (coquillages, faune benthique) et provoque une fuite massive des bancs de poissons vers le large». Sans compter le fait que, selon Al Akhbar, «le bruit permanent produit par les machines de dragage perturbe les systèmes d’orientation de la faune marine et accentue la désertion des zones côtières, impactant négativement le rendement de la pêche artisanale et côtière locale».

Par La Rédaction
Le 31/05/2026 à 19h53