Lors d’une session parlementaire particulièrement tendue, marquée par des enjeux sociaux et politiques croissants, la déclaration d’Ahmed El Bouari, ministre marocain de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, fixant à 1.000 dirhams le prix de départ des moutons de l’Aïd al-Adha, a servi de détonateur à un vif débat sous la coupole du Parlement lundi 18 mai 2016. Plusieurs groupes de partis de l’opposition ont dénoncé un décalage entre les discours officiels et la réalité des marchés, où les prix dépasseraient largement les capacités financières des familles marocaines, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 20 mai.
Cette controverse ne s’est pas limitée à une simple divergence de chiffres. Elle a révélé la profondeur des tensions liées à la hausse du coût de la vie et à l’érosion du pouvoir d’achat, dans un contexte politique sensible à l’approche des échéances électorales. La séance des questions orales s’est ainsi transformée en une confrontation directe entre un gouvernement soucieux de défendre ses données officielles et une opposition cherchant à exploiter le mécontentement populaire dans une bataille politique ouverte sur le bilan social et la communication gouvernementale.
Dès les premières minutes de la séance, la tension était palpable dans l’hémicycle. Des élus de partis de l’opposition ont critiqué l’absence remarquée de plusieurs ministres et l’absentéisme des membres du gouvernement, exigeant la présence de Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, pour discuter du contexte social, qu’ils jugent critique, et des répercussions de la cherté de la vie sur le budget des ménages marocains. Le refus de programmer des demandes d’interpellation sur des sujets urgents, dont la flambée des prix, a envenimé les échanges entre l’opposition et la présidence de la séance, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
La tension a rapidement dégénéré en vifs échanges verbaux, conduisant à une suspension de la séance de plus de vingt minutes, après des propos jugés polémiques. L’apogée des tensions est cependant survenue lors de «l’examen du dossier des sacrifices de l’Aïd», où Ahmed El Bouari s’est retrouvé face à des critiques acerbes de députés dénonçant l’écart entre les chiffres officiels du gouvernement et la réalité vécue par les citoyens sur les marchés.
Le ministre a affirmé que l’offre nationale en bétail était suffisante, avec près de 9 millions de têtes disponibles, dépassant ainsi la demande attendue. Il a également souligné que l’état sanitaire du cheptel était «bon et exempt de maladies contagieuses», grâce à des contrôles vétérinaires rigoureux ayant porté, selon ses dires, sur plus de 3.300 opérations de surveillance sur le terrain. Il a ajouté que les prix variaient en fonction des catégories sociales, allant de 1.000 à 5.000 dirhams, avant de préciser plus tard que les tarifs pratiqués démarraient entre 2.000 et 2.500 dirhams, avec une tendance à la baisse dans les jours à venir. Dans le même temps, il a appelé les députés à faire preuve d’objectivité et à éviter de tomber dans le «piège de la désinformation» orchestrée, selon lui, par des «charlatans virtuels» sur les réseaux sociaux, qui propagent de fausses rumeurs sur la hausse des prix des sacrifices.
Les déclarations du ministre ont été accueillies avec scepticisme parmi les députés, dont ceux de l’opposition, qui ont estimé que les chiffres avancés ne reflétaient pas la réalité du marché, écrit Al Ahdath Al Maghribia. Les élus ont affirmé que «les prix pratiqués dans plusieurs marchés dépassent largement les annonces officielles, atteignant parfois entre 5.000 et 7.000 dirhams, rendant l’achat d’un animal de sacrifice particulièrement difficile pour de nombreuses familles». Cet épisode a illustré l’ampleur des pressions subies et a alimenté davantage le débat sur la fiabilité des données gouvernementales relatives aux prix. Au cœur des discussions, l’écart des prix, qui n’était pas seulement question de disponibilité du cheptel ou de sa santé, mais bien de l’abîme entre le discours officiel du gouvernement, évoquant «une abondance» et des «prix raisonnables avec une baisse attendue», et la réalité du pouvoir d’achat des citoyens, confrontés, selon les interventions des députés, à une hausse continue du coût de la vie et des prix des produits de première nécessité, dont les moutons de Aïd Al-Adha.



