Aéronautique. Trois fois plus de demandes qu’en temps normal: Midparc change d’échelle

Le roi Mohammed VI, accompagné du prince héritier Moulay El Hassan, lors de la cérémonie de lancement des travaux du complexe industriel de moteurs d’avions du groupe Safran, le 13 octobre 2025 à Nouaceur.

EntretienAirbus, Safran, Pratt & Whitney, Hexcel, Eaton... Les noms qui s’affichent à Midparc donnent la mesure de ce qu’est devenu le parc industriel aéronautique de Casablanca depuis son inauguration par le roi Mohammed VI, le 30 septembre 2013. Aujourd’hui en voie de saturation, le site prépare son extension. Son PDG, Hamid Benbrahim El Andaloussi, détaille, pour Le360, son modèle et les raisons d’un succès qui attire aujourd’hui trois fois plus de demandes qu’en temps normal.

Le 17/05/2026 à 13h30

128 hectares... C’est la superficie de Midparc, le parc industriel aéronautique implanté à Nouaceur. Aujourd’hui, ce chiffre ne suffit plus. Une trentaine de grandes sociétés y sont installées. Airbus, Safran, Pratt & Whitney, Hexcel ou Eaton côtoient une pépinière de PME spécialisées. Le parc est en voie de saturation. La liste des candidats à l’implantation s’allonge, selon son PDG, Hamid Benbrahim El Andaloussi, qui parle d’«une période exceptionnelle». Quinze projets sont en cours pour 2026-2027, une demande multipliée par trois... L’extension est désormais à l’étude.

Le360: comment est née l’idée de créer Midparc et dans quel contexte industriel et stratégique le projet s’est-il imposé au Maroc?

Hamid Benbrahim El Andaloussi: dans le cadre du plan d’émergence industrielle, nous sommes arrivés à la conclusion rapide qu’il fallait répondre aux besoins des industriels en Europe, leur apporter des solutions, créer en même temps un centre de formation dédié d’un haut niveau international et une plateforme pour une implantation rapide.

Nous ne sommes pas dans la logique ou dans le mindset de délocalisation. Nous sommes plutôt dans ce qu’on peut appeler la «colocalisation économiquement soutenable» d’une partie des activités des sociétés européennes et américaines. C’est de là qu’est née l’idée de créer un écosystème à Nouaceur avec, d’un côté, la fabrique des compétences et des talents, et de l’autre, Midparc, un parc industriel dédié à l’aéronautique.

Comment s’est structuré le modèle économique du parc pour répondre à la diversité des profils d’investisseurs?

Avec la Caisse de dépôt (CDG), nous avons monté le projet Midparc, qui comporte deux composantes. Une première composante foncière, l’acquisition de 128 hectares, aménagés conformément au business model développé par Midparc SA. Cette dernière est une société distincte dans laquelle la CDG est actionnaire, aux côtés de privés. Nous avons donc deux entités, une société de patrimoine qui détient le foncier et une société de développement et de commercialisation, chargée du marketing, qui s’appelle Midparc SA.

Nous avons ainsi créé un parc de facture internationale, capable de répondre aux besoins des grandes sociétés qui viennent acquérir le terrain et qui sont accompagnées en maîtrise d’ouvrage déléguée par Midparc SA. Elle accompagne chaque société dans la définition de son programme, dans toute la partie architecturale, dans le lancement des appels d’offres et dans la sélection des entreprises qui construiront son usine. Cela concerne les projets sur minimum un hectare.

Et pour les PME et sous-traitants qui n’ont pas la capacité de financer leur propre usine?

Pour les petites sociétés, car les grands groupes qui s’installent et financent eux-mêmes leur usine attirent autour d’eux des sous-traitants, nous avons développé un autre modèle. Le terrain de Midparc est loti en parcelles de 2.000 m², sur lesquelles nous proposons au sous-traitant un lot de 2.000 m², avec 1.000 m² d’usine.

C’est Midparc SA qui achète le terrain à la CDG, de MedZ, et qui finance intégralement le foncier et la construction, puis loue l’ensemble à la société dans le cadre d’un contrat de longue durée.

Nous laissons à cette société la possibilité de s’étendre au bout de cinq ou six ans, de doubler voire de quadrupler sa taille, en lui réservant le foncier nécessaire. Plus la société se développe, plus elle est rentable, plus elle tire davantage d’activité vers le Maroc et plus sa présence dans le Royaume s’inscrit dans la durée.

Notre modèle est de répondre aux besoins des grandes sociétés en les accompagnant en maîtrise d’ouvrage déléguée. C’est ce que nous faisons, par exemple en ce moment avec le groupe Safran, qui crée un centre d’entretien moteur LEAP et, simultanément, un centre d’assemblage du moteur LEAP, un projet industriel sur 17 ha. Safran a choisi Midparc pour sa qualité, et nous l’accompagnons avec l’expérience acquise depuis 13 ans au niveau du parc. Pour les petites sociétés, nous construisons pour elles des modules que nous leur louons dans le cadre d’un contrat de longue durée.

Quelles ont été les premières sociétés implantées à Midparc et quels grands noms y sont aujourd’hui présents?

Le parc a été inauguré il y a environ treize ans par notre Souverain. Simultanément à l’inauguration, le Roi a posé la première pierre de ce qui était alors l’usine Bombardier. Depuis, Bombardier a vendu le site à Spirit et il y a 6 mois, Spirit a cédé le site à Airbus.

Depuis cette date, nous accueillons une trentaine de sociétés implantées dans le parc, des acteurs majeurs comme Pratt & Whitney, Airbus avec deux usines, Hexcel, leader mondial des matériaux composites, Safran, avec qui nous développons actuellement deux sites et bientôt un troisième, ou encore Eaton, acteur majeur dans les systèmes d’énergie électrique. À côté de cela, nous avons toute une pépinière de PME: Thales, NSE, Masterflex, Ateliers de la Haute-Garonne.

Le taux d’occupation avoisine-t-il les 100%? Et y a-t-il des négociations en cours avec d’autres sociétés en vue d’une future implantation?

Oui, nous travaillons actuellement sur l’extension de Midparc. Nous sommes en voie de saturation des 128 ha et nous examinons avec la CDG et les autorités de tutelle comment étendre la plateforme. J’ai bon espoir qu’à moyen terme, ce sera chose faite.

Nous traversons une période exceptionnelle de croissance, quantitative et qualitative. Nous avons aujourd’hui au moins 3 fois plus de demandes, de projets en cours et de projets à venir qu’en temps normal.

La décision de Safran d’implanter à Midparc ses activités liées au moteur LEAP, entretien et assemblage, ainsi que le train d’atterrissage, génère une demande nouvelle et une accélération sensible des projets. Nous avons actuellement une quinzaine de projets en cours pour 2026-2027, ce qui est exceptionnel.

Quel est le cadre fiscal applicable aux entreprises implantées à Midparc et dans quelle mesure constitue-t-il un facteur d’attraction?

Je pense que le plus important pour une société qui choisit le Maroc, ce ne sont pas les incitations fiscales de départ qui justifient dans la durée son implantation. Ce qui compte, c’est leur capacité à être compétitives durablement, à maintenir la qualité, nous évoluons dans un domaine d’exigence absolue, celui de la sécurité aéronautique et à afficher des taux horaires très compétitifs par rapport à leur pays d’origine.

«Midparc est désormais une marque d’excellence, unique en Europe, par son modèle et par sa qualité architectural»

—  Hamid Benbrahim El Andaloussi

Cela dit, une société qui s’installe à Midparc bénéficie aujourd’hui de 5 années de franchise d’impôt, puis passe au régime normal à 20%. Les sociétés implantées avant 2021 bénéficiaient d’un régime spécial qui a depuis évolué. Mais encore une fois, c’est la capacité à trouver des talents et à rester compétitif dans la durée qui est le véritable moteur.

Quels sont les facteurs qui expliquent le succès de Midparc?

Nous répondons aux besoins des industriels en termes de talents et d’implantation rapide. Nous avons développé un modèle unique, capable de répondre aux besoins des uns et des autres dans des délais très courts, avec une qualité constante. Nous avons réussi, au-delà de créer la confiance, à créer une marque. C’est Steve Jobs qui disait, quand un client revient, vous avez créé la confiance, mais quand il le dit à d’autres, vous avez créé une marque.

Nous sommes labellisés haute qualité environnementale et, au cours de cette année, l’énergie utilisée dans le parc sera intégralement décarbonée. Midparc est désormais une marque d’excellence, unique en Europe, par son modèle et par sa qualité architecturale.

Par Hajar Kharroubi, Abderrahim Et-Tahiry et Zineb Agzit
Le 17/05/2026 à 13h30