Le Centre d’enfouissement et de valorisation des déchets figure parmi les projets les plus structurants et les plus ambitieux portés par la commune de Casablanca. Le contrat de gestion déléguée de cette infrastructure stratégique, appelée à remplacer la très controversée décharge de Médiouna, a été adopté jeudi 14 mai par le conseil de la ville.
Comme nous le révélions en février 2025, le choix s’est porté sur un consortium composé du groupe marocain Nareva et des japonais Hitachi Energy et Hitachi Environment Investment.
Invitée de l’émission Grand Format Le360, la maire de Casablanca, Nabila Rmili, est revenue en détail sur les enjeux et les contours de ce mégaprojet. Interrogée sur les retards enregistrés, elle a expliqué que la première étape, particulièrement complexe, a été l’acquisition du foncier.
«Il a d’abord fallu identifier un terrain adapté, puis engager les démarches d’acquisition. Le coût a été particulièrement élevé, environ 500 millions de dirhams pour une superficie de 265 hectares, ce qui représente un investissement conséquent», a-t-elle indiqué.
Elle rappelle que ce projet répond à une situation héritée du passé. «À notre arrivée, nous avons trouvé une décharge sous forme d’un véritable monticule de déchets atteignant près de 70 mètres, constituant un risque environnemental majeur, avec un danger réel d’effondrement et de catastrophe écologique», souligne-t-elle.
Face à cette urgence, une première solution transitoire a consisté à ouvrir un nouveau site d’enfouissement contrôlé, conforme à des normes plus modernes, afin d’assurer la continuité du service public. «Mais cette solution ne peut être que temporaire. Le foncier disponible est limité et plus on s’éloigne de Casablanca, plus les coûts de transport augmentent, sans compter les impacts sur la circulation et l’organisation logistique», précise-t-elle.
Le site actuel dispose initialement d’une capacité d’exploitation estimée à trois ans, prolongée grâce à l’ajout d’un quatrième casier, permettant de gagner quelques années supplémentaires.
Parallèlement, la commune a engagé une réflexion de fond pour passer à une nouvelle génération de traitement des déchets. Le projet de centre de valorisation s’est révélé particulièrement complexe à concrétiser. Alors que l’investissement initial était estimé entre 1,5 et 2 milliards de dirhams, le coût final du CEV atteint désormais près de 11 milliards de dirhams, selon la maire.
Un appel d’offres international a été lancé, avec une ouverture volontaire aux opérateurs étrangers afin de capter les meilleures solutions technologiques disponibles.
Dans ce cadre, plusieurs visites ont été effectuées dans de grandes métropoles internationales, notamment en Europe et au Moyen-Orient, afin d’étudier les modèles existants et leurs impacts environnementaux dans une logique de projet à long terme.
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Concernant l’attribution du marché, Nabila Rmili précise que le futur contrat, remporté par le consortium maroco-japonais, s’étendra sur une durée de 33 ans. L’entrée en activité est prévue à partir du 1er décembre 2026, avec une phase de construction de trois ans.
Durant cette période transitoire, le nouvel opérateur prendra en charge l’exploitation de la décharge existante et poursuivra l’enfouissement, avant le basculement progressif vers un modèle moderne de traitement et de valorisation des déchets.
Cette phase comprendra l’installation des équipements, la mise en place des infrastructures et le démarrage des opérations industrielles. À partir de la quatrième année, le centre entrera pleinement en phase de valorisation, incluant le recyclage et la production d’énergie.
Cette énergie sera ensuite rachetée par la ville de Casablanca dans le cadre d’un dispositif impliquant plusieurs partenaires institutionnels, dont la Société Régionale Multiservices (SRM), l’Office National de l’Électricité et de l’Eau potable (ONEE) ainsi que le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.
Selon la maire, le futur CEV sera en mesure de produire une quantité d’électricité couvrant environ 20% des besoins de Casablanca.
Le nouveau parc de Médiouna, aménagé sur l’ancien dépotoir (Said Bouchrit/Le360).
En parallèle, un important travail de réhabilitation a été mené sur l’ancienne décharge de Médiouna, longtemps considérée comme un point noir environnemental majeur. Le site a été transformé en un espace vert d’environ 40 hectares, destiné à devenir un parc ouvert au public, avec des équipements de loisirs et de sport.
Ce projet s’inscrit également dans une logique de compensation et de partenariat avec les collectivités voisines, notamment Médiouna, à qui la requalification de l’ancien site avait été promise en contrepartie de l’exploitation du nouveau centre.
Il s’agit ainsi d’un tournant majeur dans la gestion des déchets à Casablanca, marquant le passage d’un modèle essentiellement basé sur l’enfouissement vers une approche intégrée, durable et génératrice de valeur.











