La ville de Casablanca poursuit sa logique de territorialisation. Plutôt qu’un contrat unique, pouvant être source de lourdeur opérationnelle et de dilution des responsabilités, l’appel d’offres relatif au marché de gestion déléguée des déchets ménagers et assimilés est structuré en quatre lots distincts, chacun correspondant à un groupement d’arrondissements.
Les offres devaient être déposées le lundi 11 mai. La liste des candidats retenus au stade de soumission dessine déjà une cartographie des rapports de force du secteur, longtemps dominé par quelques acteurs et aujourd’hui bousculé par un nouveau concurrent.
Le marché est chiffré à 1,2 milliard de dirhams. Avec plus de 4 millions d’habitants, une densité urbaine parmi les plus élevées du continent africain et une production de déchets qui ne faiblit pas, la métropole économique du Maroc reste confrontée à cette problématique structurelle.
Sur les quatre lots, un nom revient systématiquement: Arma, actuel délégataire de la gestion des déchets à Casablanca. La société appartient à Youssef Ahizoune, fils de l’ex-patron de Maroc Telecom. Le seul opérateur à avoir soumissionné sur l’intégralité des lots.
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Sur le lot 1, qui couvre les arrondissements d’Anfa, Maârif, Fida et l’ancienne médina, soit quelques-uns des quartiers les plus denses de la ville, Arma se retrouve en position de candidat unique. Aucun concurrent déclaré. Une situation qui, si elle se confirme à l’issue du processus de sélection, pourrait lui offrir une attribution sur ce périmètre stratégique.
Le lot 3, couvrant Benmsik, Sbata, Sidi Othmane et Moulay Rachid, oppose quant à lui Arma à un seul autre acteur: Mecomar. Elle est une filiale du groupe familial Sahyoun, dont le bras armé dans le BTP, Somagec, est impliqué dans quelques-uns des plus grands chantiers du Royaume (port de Tanger Med II, Marina de Casablanca, réaménagement de la vallée du Bouregreg ou encore Mosquée Hassan II). À noter que Mecomar opère déjà comme délégataire à Tétouan et Fès.
Sur les lots 2 et 4, la compétition est plus ouverte mais aussi plus révélatrice des mutations du secteur.
L’irruption des Chinois
Le fait marquant de cet appel d’offres n’est pas tant la domination affichée d’Arma que l’entrée en scène, pour la première fois sur ce marché marocain, d’un acteur chinois: JSYH. La société, dont la présence sur les lots 2 et 4 a été confirmée dans le cadre de cet appel d’offres, représente une rupture dans un marché jusqu’ici préservé des offensives asiatiques.
Cette entrée s’inscrit dans un mouvement plus large d’implantation des groupes chinois dans les infrastructures et services urbains africains, où ils ont développé une expertise reconnue et une capacité à proposer des offres financièrement agressives. Si JSYH venait à remporter un lot, ce serait une première dans l’histoire du secteur au Maroc.
Reste une inconnue de taille: à quel prix JSYH est-elle prête à entrer?
Sur le lot 2, correspondant à Hay Hassani et Aïn Chok, trois acteurs s’affrontent: Arma, JSYH et Averda. Ce dernier, actuel délégataire aux côtés d’Arma à Casablanca, est un opérateur basé à Dubaï et positionné depuis plusieurs années sur les marchés de la propreté urbaine.
Le lot 4 est de loin le plus convoité et sans doute le plus complexe à gérer. Il regroupe Aïn Sebaâ, Roches Noires, Bernoussi, Sidi Moumen et Hay Mohammadi. Des arrondissements à forte densité ouvrière et populaire. Quatre candidats s’y retrouvent en lice: Arma, Averda, SOS NDD et JSYH. Une compétition à quatre qui traduit l’attractivité financière de ce périmètre, malgré - ou peut-être à cause de - ses contraintes opérationnelles.
SOS NDD, gestionnaire actuel de la décharge contrôlée de Casablanca, fait son apparition uniquement sur le lot 4, une présence ciblée qui s’explique par sa proximité opérationnelle avec ce périmètre.
La structuration en quatre lots géographiques traduit une volonté de mettre en place des mécanismes de contrôle plus ciblés. En fractionnant, la ville entend créer des responsabilités localisées et des mécanismes de contrôle plus granulaires.




