Chaque printemps, les vergers de Zegzel se réveillent au rythme de la cueillette des nèfles. Dans la province de Berkane, cette culture de terroir mobilise des centaines d’ouvriers agricoles et génère une dynamique économique qui s’étend bien au-delà des champs. «Les arbres avaient donné une production abondante, avant que les dernières pluies n’affectent la qualité de certains fruits», confie Ben Younes Belkasmi, agriculteur à Taqerboust. Avec des prévisions de production avoisinant les 9.000 tonnes cette saison, le «Mzah» de Zegzel confirme son statut de ressource vitale pour toute une région.
Les champs de nèfles s’étendent sur une superficie d’environ 600 hectares dans le périmètre irrigué de la Moulouya, notamment dans les communes de Zegzel, Taqerboust, Tazaghine et Waw Lout, où cette culture est passée, ces dernières années, d’une activité agricole limitée à un véritable levier économique et social pour la région.
La saison agricole en cours affiche des indicateurs positifs, avec des prévisions de production avoisinant les 9.000 tonnes, soit une hausse de 10 à 15% par rapport à la saison précédente, portée par une demande croissante pour des variétés reconnues de la région, telles que «Tanaka», «Navila» et «Moska», qui trouvent désormais leur chemin vers différents marchés nationaux.
La récolte a débuté trois semaines avant le début du mois de mai et se poursuivra jusqu’à la mi-juin, dans une animation remarquable au sein des exploitations agricoles et des marchés de gros, où les opérations de cueillette, de tri, d’emballage et de transport se succèdent, créant une chaîne d’emplois saisonniers au profit des travailleurs, des femmes et des jeunes des villages environnants.
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Ben Younes Belkasmi, agriculteur du village de Taqerboust dans la commune de Zegzel, a confié à Le360 que la saison actuelle a connu un recul relatif par rapport à l’année dernière en raison du phénomène d’alternance. Il explique que les arbres avaient donné une production abondante avant que les dernières pluies n’affectent la qualité de certains fruits et ne provoquent leur fissuration. Il a précisé que les prix étaient encourageants en début de saison avant de commencer à baisser progressivement, attribuant cela au fait que certains agriculteurs récoltent les fruits avant leur pleine maturité dans la recherche d’un profit rapide, ce qui nuit à la qualité du produit et à sa saveur authentique.
Malgré ces contraintes, les agriculteurs de la région affirment que les nèfles restent une culture relativement résistante à la sécheresse et constituent une ressource économique importante pour de nombreuses familles, notamment en raison de leur lien avec une chaîne de métiers saisonniers qui accompagnent les différentes étapes de production.
Abdelwahab, ouvrier agricole dans la région de Tazaghine, a indiqué que le travail dans les champs de nèfles ne se limite pas à la période de la récolte, mais s’étend tout au long de l’année à travers les opérations de taille, d’irrigation et d’entretien des arbres, avant que la saison n’atteigne son apogée lors de la cueillette et du conditionnement. Il a souligné que certaines variétés, comme le «Bromian», se distinguent par leur capacité à supporter le transport sur de longues distances vers des villes comme Casablanca et Rabat, ce qui accroît leur valeur commerciale sur les marchés nationaux.
Il a également précisé que la récolte exige un soin particulier en raison de la fragilité des fruits et de leur dégradation rapide et que les ouvriers veillent à les cueillir avec beaucoup de délicatesse afin de préserver leur qualité lors du transport et de la commercialisation.
«La journée de travail commence dès les premières heures du matin». Les ouvriers cueillent les fruits des arbres tandis que lui supervise la distribution et la collecte des caisses avant de passer à la phase d’emballage et de rangement.
Le produit est soumis à un tri minutieux selon la qualité et la taille, le grade supérieur connu sous le nom de «Zéro» étant réservé aux petites caisses, tandis que les autres grades sont conditionnés dans des caisses plus grandes, les fruits petits ou fissurés étant écartés et vendus séparément. La difficulté du relief et l’absence de routes goudronnées dans certaines exploitations imposent parfois le recours aux bêtes de somme pour transporter la récolte, explique Abdellatif, un ouvrier agricole.
La récolte s’étale sur un mois à un mois et demi, en trois ou quatre passages successifs dans le verger. Seuls les fruits à maturité sont cueillis, une exigence qui est devenue la marque de fabrique des nèfles de Zegzel.
Entre la qualité du produit, sa résistance relative à la sécheresse et le dynamisme économique et social qui accompagne sa saison, les nèfles de Zegzel continuent de consolider leur place parmi les produits prometteurs de la province de Berkane, comme source de revenus saisonniers qui anime les villages environnants et crée une dynamique économique s’étendant des champs aux marchés nationaux.



