Le gouvernement marocain a décidé de resserrer le contrôle sur les exportations de lingots d’alliages de cuivre. Un arrêté publié au Bulletin officiel n° 7506, daté du 7 mai 2026, intègre désormais ces produits à la liste des marchandises soumises à restrictions quantitatives à l’exportation, indique le quotidien Les Inspirations Éco. Signé par le ministre de l’Industrie et du Commerce, ce texte modifie une réglementation établie en 1994 et entrera en vigueur pour une durée de vingt-quatre mois, soit jusqu’en mai 2028.
Concrètement, les exportateurs marocains de lingots d’alliages de cuivre devront désormais obtenir une autorisation préalable avant toute expédition à l’étranger. Ces alliages, principalement composés de cuivre et de zinc (comme le laiton), sont largement utilisés dans des secteurs aussi variés que la mécanique de précision, l’industrie électrique, la plomberie ou la bijouterie. Jusqu’à présent, seuls certains produits figuraient sur cette liste restrictive. «Ce caractère temporaire est une indication importante. Il suggère que le gouvernement considère cette mesure comme une réponse à une situation conjoncturelle –pénurie, flambée des prix ou risques de détournement– plutôt que comme un outil pérenne de politique commerciale», analyse un expert en commerce international cité par Les Inspirations Éco.
La décision s’inscrit dans un environnement mondial où les métaux non ferreux, dont le cuivre, occupent une place stratégique. Essentiel à la transition énergétique (câbles électriques, bornes de recharge, éoliennes, panneaux solaires ou véhicules électriques), la demande mondiale s’est envolée, alors que l’offre reste limitée. Plusieurs pays producteurs ont d’ailleurs accru ces dernières années leurs contrôles à l’exportation, soit pour préserver leurs approvisionnements intérieurs, soit pour lutter contre la contrebande. Bien que le Maroc ne dispose pas de mines de cuivre à grande échelle, il importe ce métal à l’état brut pour le transformer sur son territoire avant de l’exporter sous forme d’alliages. Le pays cherche à éviter les sorties non maîtrisées de ces produits transformés, afin de sécuriser ses propres besoins et de limiter les risques de spéculation, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Cette mesure s’ajoute à une tendance de fond: depuis plusieurs années, les autorités marocaines durcissent les dispositifs de contrôle à l’exportation sur des produits sensibles, qu’il s’agisse de déchets de métaux, de produits chimiques, d’armes ou de biens culturels. Deux objectifs principaux guident cette politique, à savoir protéger les ressources nationales et se conformer aux normes internationales en matière de traçabilité des marchandises, notamment dans le cadre des accords de libre-échange.
Si l’arrêté de mai 2026 fixe le principe des restrictions quantitatives, il ne détaille pas les modalités pratiques de leur mise en œuvre. Plusieurs questions restent en suspens: quels seront les seuils autorisés? Quels critères président à l’attribution des autorisations? Quels délais d’instruction seront appliqués? Et quelles sanctions seront prévues en cas de non-respect? Ces précisions devraient faire l’objet de textes d’application ultérieurs. En attendant, les services du ministère de l’Industrie et du Commerce seront chargés de délivrer les autorisations d’exportation. Les opérateurs marocains importateurs de ce matériau devront désormais solliciter cette autorisation préalable, sous peine de voir leurs marchandises bloquées à la frontière. Une contrainte supplémentaire pour une filière déjà soumise aux aléas des cours mondiaux des métaux.




