«Un mouton à 2.500 dirhams destiné directement au sacrifice, cela devient presque introuvable cette année. À ce prix-là, les gens achètent surtout de petites bêtes qu’ils préfèrent garder jusqu’à l’année prochaine», nous confie Moustapha, un éleveur présent au souk de Médiouna. À quelques jours de l’Aïd Al-Adha, de nombreux vendeurs tiennent le même discours sur place.
Concernant les tarifs pratiqués, les professionnels du secteur précisent que les prix varient selon la race, le poids et la qualité des animaux. «Actuellement, les prix oscillent entre 4.000 et 4.300 dirhams. Certaines races comme le Sardi se négocient autour de 4.000 dirhams, tandis que le Bergui varie généralement entre 3.500 et 4.200 dirhams», explique un éleveur, soulignant que chaque bête est évaluée en fonction de ses caractéristiques propres.
Pour la catégorie moyenne de la race Sardi, les prix se situent généralement entre 4.000 et 5.200 dirhams, tandis que les animaux de plus grand gabarit peuvent atteindre des montants plus élevés. «Pour les grosses bêtes, on peut aller de 5.000 jusqu’à 8.000 dirhams, selon le budget et la demande de l’acheteur» ajoute Mohammed, un éleveur venu de Fkih Ben Salah.
D’autres bêtes, plus jeunes, peuvent être acquises autour de 3.000 dirhams, mais il ne s’agit généralement pas de moutons destinés à un sacrifice immédiat. «À ce prix-là, les gens achètent surtout pour engraisser les bêtes et les garder jusqu’à l’année prochaine», explique Bouchaib, un éleveur, précisant que ce type d’achat relève davantage d’une logique d’élevage que de la préparation de l’Aïd.
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Face au mécontentement des acheteurs concernant la cherté des moutons, les éleveurs expliquent cette hausse par l’envolée des coûts de production, en particulier ceux liés à l’alimentation du bétail. Selon eux, le prix de l’orge, du maïs, des fèves et des aliments composés pèse lourdement sur leurs charges. «Contrairement à ce que certains pensent, les bêtes ne peuvent pas être nourries uniquement au pâturage», nous explique Mohammed.
Il précise que, malgré l’amélioration des pâturages grâce aux pluies du printemps, les dépenses restent élevées et ne permettent pas de faire baisser significativement les prix.
Dans ce contexte, plusieurs professionnels rejettent l’idée de marges excessives. Ils estiment au contraire que les tarifs pratiqués reflètent avant tout le coût réel de l’élevage et les dépenses engagées tout au long de l’année. «Nous travaillons avec ces animaux toute l’année, nous ne pouvons pas vendre à perte», insiste Mohammed.
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Ces charges élevées empêchent les producteurs de brader leurs bêtes. L’un d’eux explique qu’avec de petits budgets, il devient quasiment impossible de trouver un mouton destiné au sacrifice. «Aujourd’hui, avec 2.500 dirhams, on ne peut plus acheter un mouton destiné à l’Aïd. Nous-mêmes, nous achetons les petits agneaux entre 2.500 et 3.000 dirhams pour les élever jusqu’à l’année suivante. À ce prix-là, il vaut mieux garder la bête au pâturage que la vendre», explique-t-il.
Face aux slogans de boycott relayés par certains consommateurs, comme «Laisse-le bêler», les éleveurs estiment que le véritable problème réside davantage dans la spéculation et les circuits intermédiaires. Selon eux, ces campagnes pénalisent injustement des producteurs déjà fragilisés par la hausse des coûts.
«Cette situation profite surtout aux spéculateurs. Cela fait deux ans que nous ne vivons plus réellement grâce à l’Aïd. Aujourd’hui, lorsqu’un mouton part à l’abattoir, nous récupérons à peine notre investissement. Quand la viande ovine vaut entre 3.200 et 3.400 dirhams et que les charges dépassent parfois les 4.000 dirhams, que nous reste-t-il? Plutôt que de recourir à des slogans hostiles comme “laisse-le bêler”, il serait préférable d’ouvrir un véritable dialogue constructif autour des difficultés que traverse le secteur», affirme Abdelhak, un kessab (éleveur) également présent au souk de Médiouna.




