Immersion: comment la DGST a foudroyé une tentaculaire cellule de Daech prête à frapper au Maroc

Lors de l'inspection par la DGST d'un entrepôt servant de laboratoire pour fabriquer la mort à Inezgane.

Le 06/07/2026 à 21h50

VidéoL’aube du lundi 6 juillet 2026 restera gravée dans les mémoires comme le jour où le Maroc a évité le pire. Dans une opération simultanée d’une précision chirurgicale, la Force Spéciale de la DGST et le BCIJ ont démantelé un réseau terroriste d’envergure nationale, téléguidé depuis le Sahel. Immersion au cœur d’une traque antiterroriste majeure depuis Aourir et Inzegane, l’épicentre du coup de filet et le laboratoire secret du commando.

Le soleil ne s’est pas encore levé sur la commune d’Aourir, petite localité côtière située juste au nord d’Agadir, en ce lundi 6 juillet 2026. Alors que les habitants dorment encore, un impressionnant convoi de véhicules blindés et d’unités d’élite investit les ruelles de la ville dans un silence de plomb.

L’objectif est clair, net et hautement prioritaire: neutraliser un élément dangereux, un extrémiste radicalisé ayant prêté allégeance à l’organisation terroriste État islamique (Daech). Sur la base de renseignements d’une précision millimétrique fournis par la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), les hommes de la Force Spéciale lancent l’assaut. La porte cède, le suspect est maîtrisé en quelques secondes.

Sur place, la perquisition menée par les officiers du Bureau central d’Iivestigations iudiciaires (BCIJ), une émanation de la DGST, confirme l’urgence de l’intervention. L’homme n’était plus au stade des théories idéologiques. Il détenait déjà des armes blanches et du matériel tactique de combat. Au réveil, les habitants d’Aourir découvrent le dispositif de sécurité, oscillant entre la stupeur d’avoir côtoyé un terroriste et le soulagement d’avoir vu la menace éradiquée à temps.

Le laboratoire secret

Quelques kilomètres plus au sud, dans la zone industrielle d’Inezgane, l’opération prend une tournure encore plus dramatique. C’est précisément dans un entrepôt du quartier Traast El Jorf que se cachait le secret le plus terrifiant de la cellule.

En poussant les portes de ce hangar secret, les enquêteurs découvrent un véritable laboratoire logistique destiné à fabriquer la mort. Au centre de la pièce trône un véhicule 4x4. L’inspection mécanique révèle que son réservoir d’origine a été modifié clandestinement pour fonctionner au gaz butane. L’objectif de ce montage artisanal? Maximiser l’effet thermique et l’onde de choc lors d’un attentat-suicide ou d’une attaque à la voiture-bélier contre des infrastructures vitales du Royaume.

Face au danger imminent d’explosion, le BCIJ déclenche immédiatement un protocole d’urgence avec évacuation immédiate de tous les riverains logeant à proximité de l’entrepôt, déploiement d’une unité de déminage de la Sûreté nationale (DGSN) et utilisation de robots télécommandés et de capteurs de pointe pour examiner les entrailles du 4x4 sans risque humain.

Une fois la zone sécurisée, l’inventaire de l’entrepôt donne le vertige: des bonbonnes de gaz, des cocottes-minute prêtes à être piégées et déjà remplies de centaines de clous (shrapnels), des fils électriques, des détonateurs, un appareil de soudage, ainsi que d’importantes quantités de produits chimiques solides et liquides.

Un coup de filet national et simultané

Si le cœur opérationnel de la cellule battait dans la région du Souss, ses ramifications s’étendaient à travers tout le Royaume. Pour éviter que l’arrestation d’Aourir ne donne l’alerte, la Force Spéciale de la DGST a frappé de manière parfaitement synchrone dans sept villes du Maroc: Agadir, Taroudant, Casablanca, El Hajeb, Tétouan, Fquih Ben Salah et Safi.

Ce raid d’envergure a permis l’interpellation de dix individus extrémistes. Parmi eux, le profil des suspects inquiète les spécialistes. On y trouve un mineur de 17 ans, preuve d’un embrigadement cynique des plus jeunes, mais aussi un ancien détenu condamné par le passé sous le coup de la loi anti-terroriste, remettant en lumière le défi de la récidive.

Dans les différents domiciles des suspects, appuyés par les brigades cynophiles (chiens renifleurs), les agents ont mis la main sur un arsenal de l’ombre numérique et matériel. Comptez des uniformes militaires, des manuscrits contenant des schémas détaillés pour assembler des bombes artisanales et des supports numériques contenant deux vidéos. L’une montrant l’enregistrement formel de leur allégeance au «Calife» de Daech, et l’autre proférant des menaces explicites de mener des actions de sabotage d’envergure nationale.

La connexion sahélienne

L’enquête préliminaire met en lumière la mutation de la menace terroriste dans la région. Les membres de cette cellule recevaient des ordres et des soutiens logistiques directs de la part de cadres de la branche de Daech dans la région du Sahel. Le mot d’ordre envoyé depuis le Sahel était strict: ne pas rejoindre les maquis en Afrique subsaharienne, mais rester au Maroc pour y mener des actions terroristes de l’intérieur en frappant le territoire national.

Pour mener à bien ce projet, le chef de la cellule appliquait une structure militaire hautement compartimentée pour éviter les fuites avec une équipe de reconnaissance chargée d’étudier, surveiller et valider les cibles sensibles à frapper, une équipe logistique assignée à l’achat discret des composants chimiques, du matériel de soudure et des véhicules et une équipe technique concentrée à Inezgane sur la modification mécanique et l’assemblage des explosifs.

La vigilance et la réactivité de la DGST et du BCIJ ont permis de couper les mèches d’une véritable poudrière avant qu’il ne soit trop tard. Les neuf suspects majeurs ont été placés en garde à vue, tandis que le mineur a été placé sous surveillance spécifique, sous la supervision directe du parquet chargé des affaires de terrorisme.

Alors que le calme est revenu à Aourir et Inezgane, les ingénieurs et analystes du BCIJ s’attaquent désormais au décryptage des téléphones portables et des disques durs saisis. L’objectif est de cartographier les lignes de communication cryptées avec le Sahel et s’assurer qu’aucune autre menace dormante ne soit restée tapie dans l’ombre.

Par M'hand Oubarka
Le 06/07/2026 à 21h50