Malgré des recettes historiques issues du contrôle fiscal et des opérations de régularisation, qui ont atteint 20,93 milliards de dirhams en 2025, soit une hausse de 18% sur un an, la Direction générale des impôts (DGI) revendique un changement radical de doctrine. L’administration affirme rompre avec l’ancienne pratique qui consistait à utiliser le contrôle fiscal comme un levier budgétaire rapide en ciblant les secteurs les plus rentables. «Désormais, l’intégralité de ces recettes additionnelles est affectée au financement des remboursements et restitutions accordés aux contribuables, des flux qui ont eux-mêmes progressé de 13,8% pour s’établir à 24,98 milliards de dirhams», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 7 juillet.
La priorité de la DGI s’est déplacée du secteur informel vers la fraude organisée au sein même de l’économie formelle. Les réseaux de fausse facturation, dont le préjudice est estimé entre 40 et 50 milliards de dirhams, selon des chiffres communiqués à la CGEM, constituent la cible principale. Pour y faire face, le fisc s’appuie sur une gestion automatisée des risques et sur l’établissement de profils de conformité, privilégiant l’amélioration du civisme fiscal spontané au rendement immédiat.
Cette mutation technologique se traduit par une forte hausse des contrôles sur pièces, qui ont bondi de 35% pour atteindre 82.017 dossiers traités, générant 6,54 milliards de dirhams de recettes. L’analyse des données met en lumière une forte concentration des enjeux, puisque les grandes entreprises, bien qu’elles ne représentent que 5% des dossiers, concentrent 41% des droits recouvrés. «À l’inverse, les personnes physiques constituent plus de la moitié des examens, mais ne génèrent qu’un quart des montants récupérés», souligne L’Economiste.
Le contrôle sur place illustre de manière flagrante cette recherche d’efficacité : leur nombre a reculé de 7%, à 7.133 dossiers, tandis que leur rendement a progressé de 11% pour atteindre 10,67 milliards de dirhams. Le ciblage s’est affiné au profit des personnes morales, qui représentent désormais 90% des dossiers vérifiés, contre 54% auparavant, ainsi que des vérifications ponctuelles, dont la part est passée de 18% à 34%.
Au cœur de cette stratégie se trouve l’«intelligence fiscale», pilier du plan stratégique 2024-2028. L’année 2025 a été marquée par la finalisation du système de réception électronique des fichiers des écritures comptables (FEC), permettant une analyse automatisée des comptabilités des entreprises avant le déploiement attendu de la facturation électronique. Pour accompagner cette transition numérique, la DGI investit parallèlement dans le capital humain, à travers la formation de nouvelles recrues et la mise à niveau de ses agents en matière de traitement des données massives.




