Tribunaux paralysés: les dossiers judiciaires suspendus aux grèves des avocats

Des avocats manifestent devant le Parlement, à l'appel de l’Association nationale des barreaux du Maroc, le 29 juin 2026. (Y.Mannan/Le360).

Revue de presseAlors que le débrayage des robes noires entre dans sa deuxième semaine, le système judiciaire marocain fait face à un blocage quasi-total, gelant les procès criminels et prolongeant indéfiniment la détention préventive de nombreux prévenus. Ce bras de fer, né d’une contestation profonde des réformes législatives et fiscales menées par le gouvernement, illustre la fracture grandissante entre l’Association des barreaux du Maroc (ABM) et le ministère de la Justice, au détriment des droits des justiciables. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 06/07/2026 à 19h02

Pour la deuxième semaine consécutive, les avocats poursuivent leur mouvement de grève, paralysant de manière quasi totale les cours d’appel et les tribunaux de première instance à travers le pays. Les Chambres criminelles subissent de plein fouet ce débrayage, entraînant le report systématique des dossiers des accusés en détention préventive, faute de défense pour les assister ou préparer leurs plaidoiries, indique le quotidien Assabah de ce mardi 7 juillet.

Cette paralysie engendre de lourdes répercussions sur les délais de jugement. De nombreuses affaires dépassent désormais largement les délais indicatifs fixés par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, révélant un fossé grandissant entre les objectifs théoriques de la justice et la réalité du terrain. L’accumulation des dossiers dans les Chambres criminelles de première instance, souvent plus chargées que les Chambres d’appel, accentue l’engorgement des tribunaux et fragilise les garanties fondamentales des justiciables.

Cette crise est accentuée par le sort des détenus, qui suscite une vive inquiétude. Le report répété des procès contraint les prévenus à voir leur détention prolongée pour des mois, voire des années, avant qu’un verdict ne soit prononcé. Même pour les personnes poursuivies en état de liberté sous contrôle judiciaire, soumises à des mesures telles que l’interdiction de quitter le territoire ou le retrait de passeport, l’attente s’étire indéfiniment, indique Assabah. Cette situation affecte l’ensemble des acteurs de la chaîne judiciaire, des magistrats aux greffiers, compromettant l’idéal d’un procès équitable rendu dans un délai raisonnable, tout en érodant la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.

Face à ce blocage, les familles des détenus s’interrogent avec angoisse sur l’issue de ces grèves à répétition qui, au fil des ans, entravent régulièrement la marche de la justice et lèsent les droits des justiciables. Certains observateurs appellent désormais le gouvernement à intervenir d’urgence pour trouver une issue pacifique à ce conflit récurrent, afin de préserver les intérêts des citoyens et d’éviter une détérioration irréversible de leurs droits constitutionnels. Ce bras de fer témoigne d’un mécontentement profond au sein du corps de la défense. L’Association des barreaux du Maroc rejette fermement ce qu’elle qualifie d’approche unilatérale de la part des autorités, estimant que les réformes proposées se font au détriment des acquis des professionnels et des citoyens. Les avocats dénoncent des textes qui introduisent une forme de discrimination dans l’accès à la justice et portent atteinte au principe du droit à une défense éclairée. Pour le syndicat, la résolution des maux de la justice ne peut passer par une vision restrictive de la loi, mais exige une approche globale, concertée et respectueuse des acquis constitutionnels.

Au-delà des questions de procédure, les revendications des robes noires portent également sur la justice fiscale et la protection sociale. Ils réclament un régime fiscal équitable et adapté à la nature de leur profession, ainsi qu’une consolidation de leurs acquis sociaux, notamment une couverture médicale obligatoire efficace en cas de maladie. Ils réaffirment enfin l’importance cruciale de l’aide juridictionnelle pour garantir un accès équitable à la justice pour tous les citoyens. À travers ce mouvement, le barreau marocain cherche non seulement à revaloriser le statut de l’avocat dans les réformes législatives à venir, mais aussi à s’opposer à toute tentative de régression qui viendrait affaiblir la profession et, par extension, les droits de la défense.

Par La Rédaction
Le 06/07/2026 à 19h02