Trois à zéro! Ce n’est plus du football, c’est de la musique, de la danse, de la poésie. Autant la première mi-temps nous a déprimés, autant la seconde nous a enchantés. La joie et des larmes heureuses. Au bout de la fête, l’équipe de France, officiellement la meilleure du monde, était dans nos pensées et aussi nos craintes!
Et le Maroc est en mesure de jouer avec une équipe qui ne lui fera pas de cadeau. Espérons que l’arbitre sera un homme juste et objectif. On ne veut pas de faveur, mais la justice. Pas comme en 2022 où la partialité flagrante d’un arbitre mexicain a empêché les Lions de l’Atlas de battre la France.
Bon, jeudi nous serons tous là, armés de passion et d’amour pour notre pays. Le football est ainsi un créateur de beauté et de fierté. Merci les Lions et ceux qui les ont formés, entrainés, mis sur orbite.
J’ai connu des écrivains, romanciers ou poètes qui sont des fous du foot. Ils n’écrivent pas sur ce sport. Ils gardent pour eux cette passion qui bouleverse toutes les données et met fin aux préjugés: lutte du physique contre l’intellect. Pour le poète François Bott, celui qui a dirigé Le Monde des Livres durant une décennie, homme fin et élégant, un match de foot était de l’ordre du sacré. Pas question pour lui de répondre au téléphone durant le match ou de parler d’autre chose. Il comparait certains matchs à des ballets avec une chorégraphie délicate et efficace. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas les buts, mais la manière dont les joueurs driblent, inventent des passes, imaginent le chemin de la victoire.
Je ne sais pas si mon ami René Depestre, immense poète haïtien de 102 ans, a regardé le match contre l’équipe de son pays natal. Mais, tel que je le connais, il a dû mettre le football au-dessus de tout, et il y a vu des poèmes qu’il aurait pu avoir écrits.
Le Prix Nobel de littérature, Albert Camus, a dit ce qu’il devait au sport (il a été dans sa jeunesse gardien de but pour le Racing Universitaire Algérois): «Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois».
Eduardo Galeano, écrivain uruguayen, a écrit Le Football, Ombre et lumière, sorte d’anthologie sur la magie et la passion de ce sport qui enflammait les foules en Amérique Latine, au point où un jour, J. L. Borgès fit ce commentaire après la victoire de l’Argentine sur le Perou: «Je viens d’apprendre que mon pays a écrasé le Pérou; je ne savais pas que nous étions en guerre!»
Le cinéaste et poète italien Pier Paolo Pasolini considérait, comme François Bott, le football comme un véritable langage poétique. La poésie viendrait de la manière dont un joueur passe le ballon à son camarade. Quant à la prose, elle consisterait dans la technique de la conservation, propre à certaines équipes qui manquent de fantaisie.
Un autre Prix Nobel de littérature, l’autrichien Peter Handke, a publié en 1970, un bref roman, L’angoisse du gardien de but au moment du penalty.
C’est l’histoire de Joseph Bloch, un ancien footballeur devenu ouvrier qui sombre dans la folie et le meurtre après avoir cru, à tort, être licencié.
Je ne suis pas un fanatique de ce sport, mais quand c’est mon pays qui joue, je deviens, à mon corps défendant, le plus fou des supporters. L’autre nuit, durant le match des Lions de l’Atlas contre les Pays-Bas, je n’ai pas fermé l’œil. Impossible de ne pas regarder cette partie où la poésie l’a emporté sur la prose, jusqu’à l’élimination de l’équipe adverse.
Les tirs au but sont une épreuve des plus insupportables. Tout se joue à un hasard, un fil, un clin d’œil. Il suffit que le vent souffle pour que le calcul du butteur change de technique. C’est un suspense cruel. Souvent insupportable. L’Allemagne a été éliminée suite à des tirs au but. Le Paraguay a décrété une journée de congé parce qu’il a gagné contre les Allemands.
Cela étant, ce qui se passe dans notre pays dépasse la simple passion du football. Le Maroc est en train de s’imposer dans la presse internationale comme étant l’une des meilleures équipes du monde. La ferveur, la solidarité populaire, l’amour, le don, la présence des centaines de milliers de supporters qui sont dans les stades, sont une manifestation d’ordre culturel et politique. Cela s’appelle la fierté, le patriotisme, l’attachement viscéral aux Lions et à leurs performances. La présence de plus en plus belle et nouvelle des femmes est un atout rare dans le monde arabe.
Les Lions sont des fabricants d’optimisme et de bon moral. Le pays, tout le pays se réveille avec cette petite chose en plus, la fierté évidemment mais aussi l’espoir d’une société égalitaire, réellement démocratique, juste, forte, avec des valeurs et des principes qui sont la base de l’État de droit.
Je n’extrapole pas. Je vois et je remarque les visages heureux, la passion contagieuse et l’amour du pays au-dessus de tout.
Certains joueurs, avant de commencer le match, prient Dieu et font appel à la bénédiction des parents. Nous sommes ainsi, des Marocains qui tiennent aux traditions de respect et de bonté. Après ils jouent. Et jouer c’est sérieux.
Certains journalistes français parlent déjà de la demi-finale avec l’équipe française, comme si le Maroc n’existait pas et que de toute façon il est donné perdant! C’est ce qu’on appelle du mauvais journalisme et du racisme.




