Il est des matins où le réveil est encombré de mauvaises nouvelles, au point où l’on se demande s’il ne faut pas cesser d’écouter les infos. Voici ce qu’en dit William Shakespeare: «Tout honnête que soit, il n’est jamais bon d’apporter de fâcheuses nouvelles… Les mauvaises nouvelles, laissez-les s’annoncer elles-mêmes, à l’instant qu’elles nous touchent».
L’état du Proche-Orient et, en particulier, le sort des Palestiniens en Cisjordanie sont des plus inquiétants. Ce n’est que le 11 mai que l’Union européenne a réussi à décider de prendre des sanctions contre les colons israéliens qui tuent les occupants des maisons dont ils cherchent à s’emparer en toute impunité. Avant, la Hongrie opposait un véto à toute initiative anti-israélienne. La loi et le droit n’existant plus, le gouvernement de Netanyahu a fait voter une loi en vue d’appliquer la peine de mort pour les Palestiniens.
Mais les mauvaises nouvelles s’enchaînent et se ressemblent. Comme on dit: «Elles ont des ailes». Partout, la violence et la haine. Le monde n’est plus protégé par des valeurs. Il est sans défense, nu, et il y a si peu d’espoir. À moins de détourner le regard et de refuser d’apprendre ce que fait l’homme à l’homme, on est submergé jusqu’à la lassitude et la nausée par le fracas des combats et des destructions.
L’Iran promet de «donner une leçon» aux États-Unis en cas de reprise des hostilités. On sait à présent que ce régime est capable de faire mal et de continuer à attaquer des pays du Golfe qui ont des bases américaines sur leur sol. Il est loin de tomber. Sa cruauté envers son peuple est aussi forte que sa résistance aux destructions causées par les bombes israéliennes et américaines. Son système de défense est loin d’être réellement abîmé. Il résiste.
Mais si l’homme porte une part de responsabilité dans ce qui advient quotidiennement, la nature, elle aussi, semble se venger et nous promettre des années de détresse et de dérèglements climatiques. Ainsi, voici ce que je lis dans Le Monde (12 mai 2026):
«On se surprend à tourner le dos au monde, à la terre qui continue de tourner, pour se réfugier dans un livre, écouter une symphonie classique ou revoir un film de l’après-guerre où, selon la formule de Lubitsch, «le ciel peut attendre»»
— Tahar Ben Jelloun
«Jour après jour, catastrophe après catastrophe, un constat dramatique se dessine avec toujours plus de précision: 2026 pourrait entrer dans l’histoire climatique comme l’une des années les plus extrêmes jamais observées. Les premiers mois ont déjà vu s’accumuler records de chaleur océanique, canicules précoces, incendies géants et pluies diluviennes. Mardi 12 mai, plusieurs scientifiques et agences internationales lancent un nouvel avertissement, alors que le retour annoncé du phénomène naturel El Niño va aggraver une crise climatique déjà en accélération.»
Nous voilà prévenus. Pour certains, c’est trop tard, le mal est déjà fait, et on ne pourra rien contre les colères de la planète qui a été si mal traitée par l’homme.
Déjà, notre pays a vécu des moments difficiles cette année avec des pluies diluviennes qui ont, certes, rempli les barrages mais qui ont eu des effets néfastes sur certaines régions agricoles.
Jamais le Maroc n’a connu des précipitations aussi nombreuses et denses dans tout le pays y compris dans des régions connues pour recevoir peu de pluie.
C’est un signe qui sera probablement suivi par d’autres phénomènes.
Mais les savants et les sages ont beau nous prévenir, l’homme persévère dans son être avec insistance et permanence. Spinoza l’a dit et d’autres philosophes ont démontré combien le Mal est fécond chez la plupart des êtres humains. C’est ainsi, et cela continue comme la roue d’un cirque où les animaux sont plus cléments que l’homme.
Voilà qu’un virus fait son entrée en scène dans une croisière, mode original de voyager et de voir des pays lointains. La mort est arrivée sans faire de bruit. Les personnes contaminées sont isolées et on attend l’évolution des choses. La peur est de nouveau dans l’air. La tragédie du Covid est encore dans les mémoires. On aurait aimé ne pas être mis au courant. Mais l’info nous poursuit et même si l’on ferme radio et télé, notre téléphone nous harcèle avec moults détails autour de ce virus et d’une pandémie possible.
On se surprend à tourner le dos au monde, à la terre qui continue de tourner, pour se réfugier dans un livre, écouter une symphonie classique ou revoir un film de l’après-guerre où, selon la formule de Lubitsch, «le ciel peut attendre» — référence à Le ciel peut attendre (Heaven Can Wait, 1943), avec Gene Tierney et Don Ameche. Sans vouloir contredire Lubitsch, aujourd’hui, le ciel n’attend plus.
Une façon de reposer le présent qui s’acharne sur notre conscience et qui ne cesse de provoquer en nous des réactions négatives, ridicules ou simplement humaines, vouées à l’impuissance.




