Rapport américain: comment le Maroc a changé de braquet sur l’échiquier mondial

La transformation industrielle du Maroc constitue l’un des moteurs essentiels de son ascension récente.

Revue de presse Longtemps perçu comme un îlot de stabilité en Afrique du Nord, le Maroc s’impose désormais comme un acteur régional incontournable, en constante réinvention de son positionnement sur la scène économique et politique internationale. Une analyse du centre de réflexion américain Stimson dresse le portrait d’un royaume qui, en deux décennies, a su transformer sa géographie, sa stabilité chronique et la robustesse de ses institutions en leviers d’influence bien au-delà de ses frontières traditionnelles. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 17/05/2026 à 20h30

Selon plusieurs instituts de réflexion internationaux, le Maroc ne saurait plus être réduit au simple rôle de pays stable en Afrique du Nord. Il s’est imposé comme un acteur régional émergent, parvenant progressivement à réinventer sa place au sein des équilibres économiques et politiques mondiaux. C’est ce que souligne un récent rapport du centre américain Stimson, qui présente le Royaume comme un modèle de résilience stratégique : en l’espace de deux décennies, celui-ci a exploité sa géographie, sa stabilité et ses institutions pour bâtir une influence qui dépasse largement ses frontières traditionnelles.

«Cette nouvelle position lui permet de jouer des rôles multiples, sécurité, énergie, immigration, commerce international et de s’affirmer comme un partenaire essentiel pour l’Union européenne, les États-Unis et plusieurs grandes puissances économiques», rapporte Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du lundi 18 mai. Le rapport consacre une large part à la dimension sécuritaire, estimant que le Maroc a su ériger l’un des systèmes les plus efficaces et les plus stables de la région. Un exploit remarquable, compte tenu d’un environnement régional marqué par une recrudescence continue des menaces terroristes, des réseaux de criminalité organisée, des flux migratoires irréguliers et des tensions géopolitiques.

L’approche proactive marocaine y est décrite comme un modèle suscitant l’intérêt de nombreux partenaires occidentaux, notamment après le démantèlement de dizaines de cellules extrémistes et le déjouement d’attentats avant leur passage à l’acte. Ces succès, obtenus aussi bien sur le territoire national que par la fourniture de renseignements précis à des pays européens ou aux États-Unis, ont fait de la coopération sécuritaire entre Rabat et l’Europe l’un des piliers de leurs relations bilatérales, en particulier dans la lutte contre le terrorisme, le radicalisme, l’immigration illégale et le crime transfrontalier.

Les agences de sécurité européennes considèrent désormais le Maroc comme un allié fiable, doté d’une expérience opérationnelle avancée dans la traque des réseaux radicaux. Le rapport met en lumière le rôle croissant de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) dans la consolidation de cette image d’acteur sécuritaire régional de premier plan, notamment face aux défis que connaissent le Sahel et le Sahara, où opèrent des groupes armés et des réseaux de trafic d’armes, d’êtres humains et de drogue.

La force du modèle marocain ne tient toutefois pas uniquement à son volet sécuritaire, mais aussi à une approche religieuse et institutionnelle originale pour contrer l’extrémisme. En conclusion, le centre Stimson présente la sécurité marocaine comme une composante d’un projet d’État plus vaste, articulant stabilité, développement, diplomatie et pari économique, faisant du Royaume l’un des principaux acteurs émergents dans le domaine sécuritaire en Méditerranée et en Afrique.

Sur le plan économique, le rapport estime que la transformation industrielle du Maroc constitue l’un des moteurs essentiels de son ascension récente. En effet, le pays est progressivement passé d’une économie fondée sur l’agriculture, le tourisme et les services à un appareil industriel diversifié et intégré aux chaînes de production mondiales. Le secteur automobile en est devenu la principale locomotive, le Maroc s’imposant comme le premier constructeur automobile du continent africain. Cette mutation ne résulte pas d’un simple effet d’attraction d’usines étrangères, mais de la mise en place d’un écosystème industriel complet (équipementiers, fabricants de pièces de rechange, services logistiques et centres de formation professionnelle).

Cette évolution ne se limite pas à l’automobile : le rapport fait état de progrès significatifs dans l’aéronautique, l’électronique, les batteries et les industries des énergies renouvelables. Une place importante est accordée au port de Tanger Med, présenté comme l’un des projets stratégiques ayant transformé l’image économique du Maroc depuis vingt ans. Par ailleurs, les avancées dans l’économie verte et la transition énergétique sont mises en exergue : le Royaume a investi précocement dans des projets solaires et éoliens, au premier rang desquels le complexe Noor à Ouarzazate.

«Le centre Stimson évoque également le projet du gazoduc Maroc-Nigéria, qu’il qualifie d’entreprise géoéconomique majeure, dépassant la seule dimension énergétique pour embrasser l’intégration africaine et la connexion de l’Afrique de l’Ouest à l’espace atlantique et européen», écrit Al Ahdath Al Maghribia. Enfin, le rapport aborde la pénétration économique du Maroc en Afrique, ses investissements dans l’économie numérique et l’intelligence artificielle, ses succès diplomatiques autour de la question du Sahara marocain, ainsi que le chantier de la protection sociale, notamment la généralisation de la couverture médicale.

Par Hassan Benadad
Le 17/05/2026 à 20h30