Isabel Muñoz est une photographe, peut-être la plus importante d’Espagne. Isabel est belle, discrète, lumineuse.
Dans le cadre du Festival International de la photo qui a lieu en ce moment à Tanger, elle expose quelques-unes de ses œuvres à la galerie Cervantes 99, avenue Sidi Mohamed Ben Abdallah.
C’est la première fois qu’elle présente son immense et magnifique travail dans notre pays.
Isabel est une créatrice qui pousse très loin les limites de ce que l’œil voit et surtout ce qu’il ne voit pas.
Il y a dans ces photos une grâce, une lumière et une présence aquatique qui sort de l’ordinaire. Isabel nous apprend à changer notre façon de regarder une photo ainsi que le réel qui l’a générée.
Dans cette exposition de photos-vidéos réalisées sous l’eau avec sa complice, la danseuse japonaise, elle saisit le mouvement, aussi bien du corps que celui de l’eau, au point qu’un cheval, comme par magie, traverse les flots dans la profondeur de l’océan.
Grande artiste, connue et reconnue dans le monde, Isabel Muñoz a été très heureuse de nous présenter son travail à la galerie Cervantes. Elle a une affinité avec notre pays et son imaginaire qui la nourrit et l’enchante.
Au-delà de toute émotion, cette exposition est une pure merveille, rare et éblouissante.
«Isabel nous apprend à changer notre façon de regarder une photo ainsi que le réel qui l’a générée»
Dans un esprit différent, Khalil Nemmaoui, né en 1967, occupe l’espace de l’ancienne gare de train en plein centre-ville de Tanger. Ses photos ont quelque chose d’irréel et en même temps d’onirique. Il n’aime pas le ciel bleu, ni les paysages paisibles. Ce qui l’intéresse c’est le ciel encombré de nuages et de vent. Ce qui l’intéresse c’est une ombre, peut-être un personnage d’une pièce de Samuel Beckett, quelque chose qu’on devine dans un espace que la nature a transformé, faisant de la terre un chemin hachuré où toute vie aurait été à peine esquissée.
Khalil Nemmaoui est un regard qui ne se contente pas du réel. Mais sachant que tout réel est complexe, il le réinterprète et nous donne à voir une fresque digne d’un spectacle où le navigateur Fernand de Magellan ne fait que passer, laissant l’impression que le temps est une épopée infinie et toujours recommencée.
Ainsi cette gare de mon enfance, devenue le siège administratif de la Marina, continue de faire rêver et de laisser passer des trains imaginaires vers un monde encore plus surprenant. En cela Khalil Nemmaoui est un grand artiste.
Yoriyas (Yassine Alaoui Ismaili) est un personnage étonnant. De par son aspect ordinaire, il aurait pu être footballeur ou danseur acrobate. C’est ce qu’il est réellement. Danseur, il fait de la rue son espace de création et d’improvisation. C’est ainsi qu’il a décidé un jour de traduire son énergie de chorégraphe en capteur d’une réalité complètement réinventée.
Il a réalisé une série Casablanca Not the Movie, saluée par le New York Times, exposée au Musée national de la photographie de Rabat. Il hait les clichés, les cartes-postales, toutes ces visions plates et sans fond qui circulent sur notre si beau pays. Yoriyas a la rage de donner à voir autre chose, de plus authentique, des images d’une création vivante, mouvante, jamais satisfaite.
Photographe de l’instant ordinaire, il plane au-dessus de ce qu’il voit et nous étonne, car on se surprend à regarder le réel autrement. C’est d’abord de la poésie, ensuite de l’humour, enfin de la découverte. Il est arrivé sur la grande esplanade de la Marina et a demandé au public de danser, de bouger, surtout de ne pas rester statique. Même ses photos participent de cette folie dansante.
Comme diraient les spécialistes, il y a là plusieurs niveaux de lecture. Sans doute, mais ce qui l’intéresse c’est le vent, le mouvement, la vie qui va vite, le détail que personne ne remarque, le quotidien qui tout d’un coup se fait poème et chant.
Au cours du mois d’avril dernier, des cours de la photographie ont été donnés à des jeunes de Beni Makada. Un concours a distingué trois jeunes gens déjà doués pour la photo.
L’originalité de ce festival, c’est qu’il est partout et doit traverser l’été. Une dizaine d’autres photographes de qualité exposent dans les galeries et musées de la ville.
Tanger vit au rythme de la poésie et de la danse, avec en plus un ciné-club consacré au cinéma espagnol classique. La salle Alcazar, salle mythique et chère à mon adolescence cinéphilique, participe au festival.




