Sebta: un réseau algérien prépare une nouvelle mobilisation à la mi-août, alerte Stefano Piazza

Des migrants traversant à la nage vers Sebta, le jeudi 30 juillet 2026.

Des migrants traversant à la nage vers Sebta, le jeudi 30 juillet 2026.

La campagne numérique orchestrée à partir de lignes algériennes, qui a poussé des milliers de jeunes vers Sebta, pourrait reprendre entre le 13 et le 15 août. Le journaliste italo-suisse Stefano Piazza met en garde contre une nouvelle tentative de déstabilisation visant le Maroc, alors que les mêmes canaux recommencent à relayer des appels à converger vers la frontière.

Le 07/08/2026 à 10h10

La vague de la fin juillet n’aurait pas marqué l’aboutissement de l’opération, mais seulement sa première offensive. Après avoir instrumentalisé des milliers de jeunes Marocains et semé le chaos, le réseau numérique lié à des numéros algériens pourrait tenter de reproduire la manœuvre entre le 13 et le 15 août.

L’alerte est lancée par le journaliste et analyste italo-suisse Stefano Piazza. Dans une vidéo publiée ce jeudi, il affirme que plusieurs signaux laissent présager une nouvelle mobilisation et appelle à examiner avec la plus grande attention le rôle de l’Algérie. «Ce que nous avons vu à Sebta ces dernières semaines est extrêmement grave, mais cela pourrait se reproduire. Certains indices laissent penser qu’une nouvelle tentative pourrait avoir lieu entre le 13 et le 15 août», prévient-il.

La menace place une nouvelle fois le Maroc en première ligne. Si l’opération vise officiellement Sebta et Melilla, c’est au Royaume qu’il revient de contenir les foules, de protéger les jeunes contre une propagande mensongère, de renforcer la surveillance des routes et des gares et d’assumer le coût humain et sécuritaire de cette mobilisation. Ceux qui l’activent depuis l’étranger restent, eux, à l’abri derrière des comptes sur les réseaux sociaux et des lignes téléphoniques.

D’une vague ponctuelle à une menace récurrente

Piazza fonde son analyse sur le rapport élaboré par José María Gil Garre, expert espagnol du renseignement et du terrorisme, dont Le360 avait déjà révélé le contenu. L’enquête conclut que la vague n’avait rien de spontané, mais qu’elle était le fruit d’une campagne planifiée et menée sur WhatsApp, TikTok, Facebook et Instagram.

Le journaliste insiste sur la principale découverte du rapport: la coordination opérationnelle assurée depuis des numéros de téléphone portant l’indicatif algérien +213. «Le rapport fait état de groupes WhatsApp, de TikTok et d’une coordination remontant — devinez où — à des numéros de téléphone avec l’indicatif algérien», relève-t-il.

L’existence de canaux administrés depuis des lignes algériennes, capables de transmettre des consignes tactiques et de rediriger la pression de Sebta vers Melilla, confirme l’ampleur du dispositif déjà mis au jour par le rapport de José María Gil Garre. Il s’agit d’une manœuvre de déstabilisation hybride, pilotée depuis l’étranger et mise en œuvre par l’instrumentalisation des réseaux sociaux et de milliers de jeunes.

Le mécanisme peut être réactivé sans qu’il soit nécessaire de reproduire à l’identique la vague précédente. Un simple appel à la mobilisation suffit à contraindre le Maroc à renforcer la surveillance des routes, des gares, des accès à Fnideq et des zones côtières, tandis que l’Espagne déploie de nouveaux effectifs à Sebta et Melilla.

Même avortée, une tentative de ce type atteint ainsi l’un de ses objectifs: maintenir les deux pays sous tension permanente et transformer chaque date diffusée sur les réseaux sociaux en un test de résistance pour leurs dispositifs de sécurité.

Le choix de la période comprise entre le 13 et le 15 août rend l’alerte d’autant plus sensible. En pleine saison estivale et durant l’opération Marhaba, les routes et les gares du nord du Royaume connaissent une très forte affluence. Une campagne de désinformation incitant des milliers de personnes à se rendre à Fnideq pourrait provoquer d’importantes perturbations, sans même qu’elles atteignent la frontière.

La Garde civile espagnole a confirmé qu’un nouvel appel à la mobilisation pour le 15 août circulait sur Facebook, WhatsApp et Instagram. Les forces de sécurité estiment que «le risque de passage à l’acte est réel», même si elles ne sont pas encore en mesure d’en évaluer l’ampleur. Plus d’une dizaine de groupes, réunissant au total quelque 400.000 utilisateurs, participent à la diffusion de ces messages.

Les auteurs de ce nouvel appel n’ont pas été officiellement identifiés. La similitude du mode opératoire, la proximité des dates et la persistance des canaux déjà repérés imposent néanmoins d’envisager l’hypothèse d’un prolongement de la campagne précédente.

L’Algérie au cœur de l’analyse

Pour Piazza, la piste algérienne ne saurait être reléguée au second plan. «Il est tout aussi important d’examiner avec la plus grande attention le rôle de l’Algérie, qui cherche depuis très longtemps à déstabiliser le Maroc», affirme-t-il.

Le journaliste rappelle le soutien politique, financier et militaire apporté par Alger au groupe séparatiste du Front Polisario. La coordination numérique opérée depuis des lignes algériennes s’inscrirait ainsi dans une stratégie d’hostilité plus vaste contre le Royaume, reposant cette fois sur l’instrumentalisation de la migration et de milliers de jeunes Marocains.

Les éléments révélés par le rapport conduisent également à remettre en question les accusations formulées contre le Maroc au lendemain de la crise. Alors que Rabat était accusé de ne pas avoir empêché les départs, les forces de sécurité marocaines contenaient la pression sur le terrain, tandis que la trace de la coordination menait à des numéros enregistrés en Algérie. Le Maroc a donc dû non seulement affronter les conséquences de la manœuvre, mais aussi endosser la responsabilité que ses instigateurs cherchaient à lui imputer.

«Nous l’avons constaté à de nombreuses reprises, et il pourrait ne s’agir que d’une nouvelle tentative de déstabilisation», insiste Piazza. Une deuxième vague démontrerait que les événements de la fin juillet ne relevaient pas d’une explosion migratoire exceptionnelle, mais d’un dispositif capable de lancer de nouveaux appels à la mobilisation et de maintenir les frontières marocaines sous pression.

L’alerte lancée pour la mi-août impose donc de regarder au-delà de Sebta. La véritable cible de l’opération serait le Maroc, contraint de mobiliser ses forces, de protéger des jeunes trompés par les réseaux sociaux et de contenir une crise fomentée depuis l’étranger. Si l’appel venait à se concrétiser, plus personne ne pourrait invoquer la surprise ni continuer à ignorer l’origine de la structure qui l’alimente.

Par Faiza Rhoul
Le 07/08/2026 à 10h10