Rapport. La main du «Système» sur Sebta et Melilla: ces preuves qui démontrent un assaut téléguidé depuis l’Algérie

Des soldats espagnols surveillant des migrants à Sebta.

Des soldats espagnols surveillant des migrants à Sebta.. AFP or licensors

L’analyse rigoureuse menée par l’expert en terrorisme José María Gil Garre met en lumière la véritable nature de la crise survenue aux frontières de Sebta et Melilla. Loin d’être un simple mouvement migratoire spontané, l’assaut de la semaine écoulée s’avère être une manœuvre téléguidée depuis un nœud de commandement numérique localisé en Algérie qui a méthodiquement instrumentalisé un écosystème de réseaux sociaux. Les détails.

Le 04/08/2026 à 16h32

Ce qui a été initialement présenté comme une vague spontanée de désespoir s’avère être, à la lumière d’une investigation rigoureuse conduite par les méthodes de renseignement en sources ouvertes, une manœuvre d’influence, de désinformation et d’agitation tactique minutieusement téléguidée. L’assaut massif orchestré à la frontière des enclaves de Sebta et de Melilla repose sur une infrastructure numérique très structurée. Au centre géographique et opérationnel de cette machination émerge un pivot stratégique incontestable, matérialisé par un nœud de commandement administré depuis des lignes téléphoniques enregistrées sous le préfixe international +213, correspondant à l’Algérie. Le rapport rédigé par l’analyste et expert en renseignement José María Gil Garre démontre la manière dont cet acteur a instrumentalisé les réseaux sociaux pour orchestrer un assaut physique d’une ampleur inédite.

L’analyse révèle une distinction fondamentale entre les simples canaux d’amplification et le groupe géré depuis le territoire algérien. Alors que la majorité des profils sur les réseaux sociaux cherchaient à accumuler de la visibilité ou des mentions «j’aime», l’administrateur opérant sous l’indicatif téléphonique +213 s’est vu confier une mission d’encadrement strictement tactique et opérationnelle sur le terrain.

Cet acteur a piloté directement le canal de messagerie instantanée WhatsApp intitulé «سبتة كرياج هجمة» (Hijma Kiraj Sebta/Attaque pour le franchissement vers Sebta), repéré dès le 28 juillet 2026. Par la suite, lorsque le dispositif sécuritaire marocain et espagnol a verrouillé les accès à Sebta, ce même administrateur a réagi en ouvrant sans délai, le 31 juillet 2026, un second canal stratégique baptisé «هجمة» (Hijma/Assaut), spécifiquement destiné à réorienter l’assaut vers l’enclave de Melilla.

L’administrateur sous indicatif algérien n’a pas diffusé d’images ou d’appels d’ordre général de manière passive, mais a dispensé de véritables consignes d’organisation et de combat urbain. Il a notamment préconisé la scission des foules en micro-cellules et petits groupes restreints d’action afin de contourner plus facilement les barrages routiers et le filtrage des forces de l’ordre. Il a également imposé une synchronisation horaire précise en fixant les moments d’assaut immédiatement après la dernière prière du soir (Ichaa). De plus, il a exigé une stricte discipline par l’extinction des téléphones portables durant la nuit de l’attaque pour empêcher toute géolocalisation ou interception, tout en assurant un conditionnement psychologique visant à renforcer la détermination des assaillants à franchir les barrages par la saturation numérique.

La progression de cette opération s’est articulée selon une séquence chronologique en cinq phases distinctes. La première phase, consacrée à la fabrication du récit initial entre le 8 et le 15 juillet 2026, a débuté par la manipulation d’une décision judiciaire. Profitant de la publication d’un arrêt rendu le 8 juillet 2026 par le Tribunal suprême espagnol, la machine de propagande a sciemment déformé cette jurisprudence relative aux refoulements maritimes pour la métamorphoser en une fausse information virale prétendant formellement que la frontière était désormais légalement ouverte et que les forces de sécurité n’avaient plus le droit d’effectuer de refoulements.

La deuxième phase, s’étendant du 15 au 25 juillet 2026, a fait basculer l’opération dans une logique d’amplification massive à travers les réseaux sociaux, avec TikTok et Facebook en tête de pont. Ces plateformes ont été inondées de cartes maritimes détaillées et d’itinéraires précis à la nage à partir des localités de Belyounech et Fnideq, accompagnés d’instructions logistiques poussées sur le matériel de plongée requis.

La troisième phase, située entre le 28 et le 30 juillet 2026, a marqué l’activation du nœud algérien +213 et l’entrée en action décisive de son commandement. L’activation du groupe WhatsApp sous l’indicatif +213 a permis d’émettre des consignes tactiques directes, culminant avec l’ordre d’un rassemblement généralisé fixé pour la nuit du 30 au 31 juillet à Fnideq.

La quatrième phase s’est traduite, durant la même nuit, par un assaut physique violent. La cinquième phase, du 31 juillet au 2 août 2026, a vu le réseau algérien faire preuve d’une réactivité tactique remarquable en s’adaptant immédiatement au début de la fin du circuit de Sebta. Par la création sans délai du groupe Hijma Melilla, l’administrateur a tenté de contourner le dispositif policier en réorientant la pression migratoire vers Melilla.

Les captures de conversations WhatsApp saisies le 31 juillet confirment ce basculement au sein du groupe baptisé «هجمة للكراج نحو مليلية». La puissance de frappe et la résilience de cette campagne reposent sur une répartition rigoureuse des rôles entre les différentes plateformes numériques de cet écosystème spécialisé.

Placée sous la gouvernance directe du numéro d’administration algérien +213, la messagerie WhatsApp a servi de poste de commandement, de contrôle logistique et de distribution des ordres opérationnels en temps réel. De son côté, TikTok a fonctionné comme le vecteur principal de la guerre psychologique et du recrutement. À travers des comptes particulièrement actifs tels que @haragaa_ceuta1, directement rattaché à un numéro d’enregistrement algérien, et @haragama00 (Haraga El Ghorba), la plateforme a accumulé près de 7 millions de vues en diffusant des vidéos motivationnelles conçues pour embrigader la jeunesse.

En parallèle, Facebook a abrité au moins cinq grands groupes cumulant plus de 250.000 membres, faisant office de bourse logistique où s’échangeaient matériel de plongée, combinaisons en néoprène et informations sur les patrouilles. Enfin, Instagram a apporté une légitimation visuelle à travers la preuve sociale, s’appuyant sur des comptes spécialisés comme @magog_i ou @ceu.ta_haraga qui propageaient des clichés d’incursions réussies pour entretenir l’illusion du succès.

L’analyse confirme que TikTok a constitué le principal mécanisme d’amplification de masse, notamment via le compte rattaché au numéro algérien qui publiait des vidéos d’assaut associées au slogan «La frontière n’est pas la fin», tandis que le profil Haraga El Ghorba générait à lui seul près de 7 millions de vues.

Dans son évaluation globale, l’analyste José María Gil Garre établit avec un niveau de confiance élevé l’existence matérielle d’une campagne de coordination tactique planifiée, la spécialisation fonctionnelle des canaux numériques ainsi que la localisation effective de l’administrateur sous le préfixe téléphonique +213. Ceci, en plus de la capacité de cet acteur algérien à avoir réorienté la dynamique d’assaut de Sebta vers Melilla en l’espace de moins de 24 heures.

L’enquête démontre que les frontières espagnoles et marocaines ont été le théâtre d’une manœuvre distribuée de guerre hybride. L’utilisation avérée du réseau téléphonique et du territoire algériens pour téléguider les assauts constitue une menace sécuritaire majeure et la démonstration d’une ingérence numérique hautement structurée.

Par Tarik Qattab
Le 04/08/2026 à 16h32