Après Sebta, l’Europe règle ses comptes sur l’immigration

Le 2 août 2026, une femme est assise près d'une clôture de barbelés, attendant le retour de personnes ayant franchi la frontière vers l'enclave espagnole de Sebta, en Afrique du Nord, au poste frontière marocain de Bab Sebta, en périphérie de Fnideq. AFP or licensors

Après la crise, l’heure de la mise au point. Les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept doivent se retrouver mardi en visioconférence pour tirer les leçons de l’épisode migratoire de Sebta et tenter d’apaiser les vives tensions qu’il a provoquées entre États membres.

Le 04/08/2026 à 06h30

L’arrivée, en quelques jours, de dizaines de milliers de personnes dans cette enclave espagnole d’Afrique du Nord a mis en lumière les fragilités de la coopération européenne en matière migratoire. Les images de migrants franchissant la frontière hispano-marocaine à pied, à la nage ou en contournant les dispositifs de sécurité ont fait le tour du monde et déclenché une bataille politique au sein de l’Union européenne.

Deux camps se sont rapidement dessinés. D’un côté, l’Espagne, qui défend la gestion de la crise par ses autorités et réclame davantage de solidarité européenne. De l’autre, plusieurs gouvernements favorables à une ligne très ferme sur l’immigration, notamment l’Italie et le Danemark, qui accusent Madrid d’avoir envoyé un signal de laxisme.

Dès la diffusion des premières images, ces pays ont dénoncé une «immigration incontrôlée» constituant, selon eux, «une menace pour l’Europe». Certains responsables ont même réclamé l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen.

Cette demande, politiquement explosive, ne correspond toutefois à aucun mécanisme simple prévu par le droit européen. Elle apparaît d’autant plus contestable que Sebta bénéficie d’un régime particulier: les voyageurs quittant l’enclave pour rejoindre l’Espagne continentale restent soumis à des contrôles d’identité et de documents.

Une guerre de lettres

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche plus ouverte de la migration, a riposté dans une lettre adressée aux dirigeants des institutions européennes. Il y critique vertement l’attitude jugée «égoïste» de certains partenaires et réclame une réunion d’urgence des Vingt-Sept.

Quelques heures plus tard, vingt-deux pays, emmenés notamment par l’Italie et le Danemark, ont envoyé leur propre lettre pour demander eux aussi une visioconférence. Leur objectif est cependant très différent: maintenir la pression en faveur d’un durcissement des contrôles, de retours plus rapides et d’une protection renforcée des frontières extérieures.

La France ne s’est pas associée à cette initiative, estimant qu’elle revenait à instrumentaliser la situation à Sebta. Paris a également souligné que l’immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc et qu’aucun mouvement massif vers le continent européen n’avait été constaté.

La visioconférence entre ministres de l’Intérieur, prévue mardi à 10h00, pourrait donc tourner à la confrontation. Lors d’une réunion entre ambassadeurs lundi, l’Espagne a déjà «exprimé sa frustration face au manque de solidarité» de certains États membres, selon une source diplomatique.

Plusieurs pays ont, en retour, interrogé Madrid sur le signal envoyé par ses décisions récentes en matière migratoire. Certains estiment que les mesures de régularisation adoptées par le gouvernement espagnol ont pu donner l’impression que «les portes étaient ouvertes», une lecture vivement contestée par Madrid.

Vers de nouvelles barrières

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est réjouie de la tenue de l’échange et a plaidé pour une «réponse européenne commune». Elle a appelé à renforcer les frontières extérieures, la coopération avec les pays d’origine et de transit, ainsi que les systèmes d’alerte précoce.

Parmi les pistes évoquées figurent une surveillance accrue, un recours plus poussé à des barrières physiques et un renforcement de la lutte contre les réseaux de passeurs. Bruxelles estime également pouvoir accroître son soutien au Maroc dans la gestion des frontières et les opérations de retour.

La réunion intervient alors que l’Union européenne vient déjà de durcir son arsenal migratoire. Le Pacte sur la migration et l’asile est entré en application en juin, avec des procédures accélérées aux frontières, un mécanisme de solidarité entre États et des règles plus fermes en matière de retour.

Un accord politique conclu en juin prévoit aussi la possibilité de créer des «hubs de retour» dans des pays tiers respectant les droits fondamentaux. Mardi, les Vingt-Sept devront donc décider s’ils veulent transformer la crise de Sebta en démonstration d’unité ou en nouvel épisode de leur interminable fracture migratoire.

Par Le360 (avec Agences)
Le 04/08/2026 à 06h30