Carburants: un dirham de plus, sur fond de spéculation persistante et de concurrence en trompe-l’œil

Rapide, immédiate et appliquée simultanément par l’ensemble des distributeurs, la hausse d’un dirham intervenue interroge sur la réalité de la concurrence dans le secteur des carburants.

Nouvelle hausse des prix des carburants au Maroc. Ce lundi, l’ensemble des distributeurs pétroliers ont appliqué une augmentation d’un dirham aussi bien pour le gasoil que pour l’essence, mettant fin à plusieurs jours de spéculations nourries par certains médias qui évoquaient une flambée pouvant atteindre deux à trois dirhams.

Le 03/08/2026 à 14h36

Dans le détail, les prix relevés dans le centre-ville de Casablanca affichent des écarts minimes entre les enseignes. Le gasoil s’échange ainsi entre 14,25 dirhams chez Afriquia et Winxo et 14,28 dirhams chez Petromin Oils et Shell. Pour l’essence, les tarifs oscillent entre 15,22 dirhams chez Petromin Oils et Shell et 15,23 dirhams chez Afriquia et Winxo. Une quasi-uniformité qui donne l’impression d’un jeu de rôles entre opérateurs, certains se montrant légèrement plus compétitifs sur le gasoil, d’autres sur l’essence.

Il s’agit de la deuxième hausse en l’espace d’un mois. À la mi-juillet déjà, le gasoil avait progressé de 69 centimes, tandis que l’essence augmentait de 39 centimes, confirmant une tendance haussière alimentée par l’évolution des cours à l’international.

Au-delà des chiffres, cette nouvelle révision soulève plusieurs interrogations. D’abord sur son calendrier. Alors que les ajustements interviennent généralement soit au début du mois, soit à la mi-mois, cette hausse a été appliquée avec un léger décalage, le 3 août, rompant avec la périodicité habituelle.

Surtout, les jours ayant précédé cette augmentation ont été marqués par des comportements pour le moins controversés. Dans plusieurs villes, des stations-service ont connu des ruptures d’approvisionnement, largement relayées sur les réseaux sociaux. Certains distributeurs se seraient abstenus de vendre leurs stocks, préférant attendre l’entrée en vigueur de la hausse pour maximiser leurs marges. Une pratique assimilable à de la spéculation et pourtant clairement sanctionnée par la loi.

Autre élément pointé du doigt, la synchronisation quasi parfaite des hausses entre les opérateurs. Malgré les mises en garde répétées du Conseil de la concurrence, cette pratique perdure. Elle donne l’apparence d’une entente dans un marché pourtant libéralisé.

«Dans un système totalement libéralisé, les prix ne se fixent pas en même temps par tous les opérateurs», a récemment rappelé le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, dans un échange avec Le360, évoquant une véritable anomalie.

Jusqu’à récemment, cette situation pouvait s’expliquer par une relative stabilité des cours internationaux. Mais dans un contexte de volatilité accrue, le maintien de cette synchronisation apparaît de moins en moins justifié.

Pour le régulateur, les distributeurs doivent désormais sortir de cette logique héritée de la période antérieure à la libéralisation. Chaque opérateur est appelé à définir librement sa politique tarifaire, en fonction de ses coûts, de ses stocks et de sa stratégie commerciale.

«La fixation des prix est un calcul interne de chaque société», insiste Ahmed Rahhou. Le Conseil n’a ni vocation ni pouvoir d’imposer une fréquence de révision, qu’elle soit quotidienne, hebdomadaire ou autre.

La règle des quinze jours offrait certes une certaine lisibilité aux consommateurs, qui pouvaient anticiper une stabilité temporaire des prix. Mais elle pourrait céder la place à un marché plus réactif, où la concurrence jouerait pleinement.

Dans un tel scénario, les baisses de prix seraient plus rapides, les opérateurs cherchant à s’aligner pour ne pas perdre de clients. À l’inverse, les hausses seraient plus lentes, chaque acteur hésitant à augmenter ses tarifs isolément.

«La liberté totale a tendance à retarder les hausses et à accélérer les baisses», a souligné Ahmed Rahhou, qui y voit un avantage direct pour le consommateur.

Pour l’heure, le marché marocain en est encore loin. La hausse d’un dirham intervenue ce lundi en est une illustration frappante, rapide, immédiate et appliquée simultanément par l’ensemble des distributeurs. Un fonctionnement qui continue d’interroger sur la réalité de la concurrence dans le secteur des carburants.

Par Wadie El Mouden
Le 03/08/2026 à 14h36