Le secteur privé toujours à l’ombre de l’investissement public

La dépense publique a poursuivi sa trajectoire ascendante, passant de 230 milliards de dirhams en 2021 à 380 milliards en 2026.

Revue de presseMalgré les réformes engagées et l’adoption d’une nouvelle Charte de l’investissement, l’État demeure le premier bailleur de fonds du développement national. Alors que le Nouveau modèle de développement vise à faire du secteur privé la principale locomotive de la croissance d’ici 2035, la dépendance des entreprises vis-à-vis des commandes publiques et la persistance d’un chômage élevé soulignent l’ampleur du chemin restant à parcourir. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 03/08/2026 à 19h51

Au Maroc, le moteur principal de l’économie reste inexorablement alimenté par les deniers de l’État. Malgré la volonté affichée du gouvernement de redonner de l’air au secteur privé, le rééquilibrage tant espéré se fait attendre. «Les entreprises privées continuent de graviter dans l’orbite des grands chantiers publics, dépendant largement des commandes des pouvoirs publics», indique le magazine Finances News Hebdo.

La feuille de route du Nouveau modèle de développement est pourtant claire sur le papier. L’ambition est d’inverser les rôles d’ici 2035 afin que l’investissement privé représente près des deux tiers de l’effort national. Aujourd’hui, les chiffres du ministère de l’Investissement montrent une réalité exactement opposée, où l’État et le secteur public financent encore les deux tiers du total des investissements.

Pour Driss Effina, économiste et président du Centre indépendant des analyses stratégiques, ce rééquilibrage dépasse la simple question comptable. Si les investissements publics sont indispensables pour édifier les infrastructures fondamentales du pays, ils ne peuvent, à eux seuls, générer un tissu économique suffisamment diversifié ni absorber le chômage des jeunes. Selon l’universitaire, faire du secteur privé la locomotive de la croissance constitue un véritable tournant stratégique.

L’exécutif n’est toutefois pas resté inactif. L’adoption d’une nouvelle Charte de l’investissement et la création d’un ministère dédié ont traduit une volonté d’améliorer le climat des affaires et de mieux cibler le soutien public. «Les chiffres de la Commission nationale des investissements en témoignent, avec l’approbation de 237 projets représentant 369 milliards de dirhams et la promesse de 166.000 emplois directs», souligne Finances News.

Pourtant, cette nouvelle Charte n’a pas encore réussi à inverser la vapeur. La dépense publique a poursuivi sa trajectoire ascendante, passant de 230 milliards de dirhams en 2021 à 380 milliards en 2026. L’État demeure le principal donneur d’ordre dans des domaines vitaux comme la santé, l’éducation, les transports et la gestion de l’eau, mais aussi dans les chantiers colossaux liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030.

Cette situation met en lumière un paradoxe persistant. Si le développement du Maroc nécessite à la fois un secteur public fort et un secteur privé dynamique, la dépendance du second envers le premier reste préoccupante. Au-delà des annonces de projets, la question se pose désormais de leur concrétisation réelle, de leur capacité à intégrer le tissu des petites et moyennes entreprises et de leur impact sur la création d’emplois durables.

Le juge de paix de cette politique demeure le marché du travail, où la situation reste délicate. Bien qu’une amélioration conjoncturelle ait été observée en 2026, à la faveur d’une campagne agricole bien arrosée, le taux de chômage avait atteint 13% en 2025, frappant de plein fouet les jeunes, les femmes et les diplômés. Les réformes institutionnelles et législatives engagées par le gouvernement ont posé les fondations, mais le véritable effet d’entraînement du secteur privé se fait encore attendre sur le terrain.

Par La Rédaction
Le 03/08/2026 à 19h51