Aïd al-Adha: Laâyoune perpétue la tradition du sacrifice collectif du dromadaire

Des dromadaires proposés à la vente à Laâyoune à l’approche de l’Aïd al-Adha. (H.Yara/Le360)

Le 17/05/2026 à 17h00

VidéoDans les provinces du Sud, le sacrifice du dromadaire s’impose comme une pratique très ancrée dans les traditions hassanies à l’occasion de l’Aïd al-Adha. À Laâyoune, cette coutume, qui s’inscrit dans une culture du partage et de la solidarité, continue de séduire de nombreux habitants, pour qui la viande de chameau représente à la fois un choix culturel, économique et nutritionnel.

Dans les provinces du Sud du Maroc, la pratique consistant à sacrifier le chameau au lieu du mouton ou de la chèvre s’impose comme une tradition profondément enracinée dans la culture hassanie. À chaque Aïd al-Adha, cette coutume refait surface, sous l’effet d’un fort attachement aux usages locaux et à une relation particulière entre l’homme et le dromadaire, animal central dans la vie sociale et économique des populations sahariennes.

Cette tradition ne se limite pas à la fête du sacrifice. Elle s’étend également aux mariages, aux cérémonies d’«Aqiqa» (une pratique islamique qui implique d’effectuer un sacrifice après la naissance d’un enfant) ou encore à des contextes de réconciliation tribale et de règlement de différends, où le sacrifice peut symboliser le pardon ou la réparation d’un tort.

À Laâyoune, Le360 a parcouru les différents espaces du marché aux bestiaux, où la commune a aménagé un espace dédié au commerce des dromadaires tout au long de l’année. À l’approche de l’Aïd al-Adha, ces lieux connaissent une activité particulière, aux côtés des enclos traditionnels où s’effectuent les transactions de moutons, de chèvres et de chameaux, acheminés depuis les zones rurales et les environs de la ville.

Pour Aziz Abidha, commerçant bien connu dans ce secteur, ce choix s’explique par la proximité culturelle entre les Sahraouis et le dromadaire, mais aussi par la perception de ses qualités nutritionnelles.

Il affirme que cette viande, souvent considérée comme pauvre en cholestérol, est très prisée, notamment par les diabétiques, mais aussi par des consommateurs séduits par son goût spécifique. Selon lui, la dimension économique joue également un rôle important.

Notre interlocuteur explique que l’achat collectif d’un chameau par sept personnes permet de réduire considérablement les coûts. Le groupe choisit ensemble l’animal ou délègue cette tâche à un expert en élevage camelin. Le jour de l’Aïd, la bête est sacrifiée puis découpée par un boucher spécialisé en viande de chameau, qui répartit équitablement les parts entre les participants, y compris la viande, la graisse et les os.

Un autre commerçant, Lahcen Baba Ould Ahmed Baba, figure connue de l’élevage camelin, abonde dans le même sens, en mettant en avant la continuité de cette tradition et son rôle dans la préservation de la culture hassanie.

Partage et solidarité

Il souligne que, dans de nombreux cas, l’achat collectif d’une bête revient moins cher que celui d’un mouton, tout en offrant une quantité de viande plus importante. Selon ses estimations, un groupe de sept personnes peut bénéficier d’environ 42 kilogrammes de viande pour un coût individuel inférieur à 5.000 dirhams.

Au-delà de l’aspect économique, les habitants des provinces du Sud continuent de faire vivre ce rituel, qui reflète des valeurs de solidarité, d’entraide et de cohésion sociale. La pratique ne s’arrête pas au moment du sacrifice, mais se prolonge dans les familles, où les participants se retrouvent souvent avec leurs proches pour assister ensemble à la cérémonie, dans une atmosphère conviviale qui perpétue un héritage culturel profondément enraciné dans la société hassanie.

Par Hamdi Yara
Le 17/05/2026 à 17h00