La tension monte d’un cran à Casablanca entre les professionnels du transport urbain et le secteur hôtelier. En fin de semaine dernière, la rue Mohammed Diouri a été le théâtre d’un mouvement de contestation d’envergure mené par les chauffeurs de petits taxis. Rassemblés lors d’un sit-in d’avertissement devant l’un des plus grands établissements classés de la capitale économique, les manifestants ont vivement dénoncé ce qu’ils qualifient de pratiques illégales et de harcèlement systématique ciblant directement leur gagne-pain, indique Al Akhbar de ce lundi 13 juillet. Selon les protestataires, cette situation, loin d’être isolée, reflète une tendance généralisée au sein de plusieurs structures hôtelières de la métropole.
Portée par l’Union nationale des taxis, affiliée à l’Union générale des entreprises et des professions, la colère des chauffeurs professionnels est exacerbée par leur exclusion progressive du transport des clients et des touristes. Alors même que des stations de taxis réglementaires, et dûment autorisées, sont implantées face aux entrées de ces établissements, les professionnels se voient systématiquement contournés. Cette situation est aggravée par une prolifération fulgurante d’applications mobiles de transport, dont celles exploitant des deux-roues, qui s’approprient une part substantielle du marché de manière informelle, lit-on dans Al Akhbar.
Les représentants syndicaux critiquent directement l’attitude de directions hôtelières casablancaises, accusées de faire la sourde oreille devant de multiples tentatives de conciliation. Les demandes de dialogue ainsi que les sommations urgentes transmises par voie d’huissier de justice sont restées sans réponse, bloquant ainsi toute issue à l’amiable. Sur le terrain, les chauffeurs décrivent un système bien rodé où le personnel des hôtels orienterait délibérément les visiteurs étrangers vers des modes de transport alternatifs au détriment des terminaux officiels attenants. Les procédés dénoncés vont de l’appel direct de véhicules via des applications non autorisées au téléchargement de ces plateformes sur les téléphones des touristes, en passant par le recours à des sociétés de transport touristique au mépris des réglementations en vigueur, qui imposent pourtant des réservations préalables de 24 à 48 heures.
Au centre de cette discorde se trouve également une accusation de dérive commerciale. Les professionnels affirment que certains établissements outrepassent largement leurs prérogatives légales, limitées à l’hébergement et à la restauration, pour s’immiscer directement dans le secteur du transport. Selon les allégations des manifestants, cette ingérence serait motivée par la perception de commissions financières versées par des conducteurs opérant hors du cadre légal. Il s’agit d’un avantage pécuniaire que les chauffeurs de taxis réguliers ne peuvent pas offrir, étant soumis au strict respect du compteur et à une tarification officielle fixée par la wilaya de la région.
Ce constat conduit l’Union nationale des taxis à lancer un appel pressant au ministère du Tourisme et aux autorités compétentes «afin d’auditer le respect des cahiers des charges par les hôtels de Casablanca». Tout en maintenant une posture ferme, le syndicat réaffirme sa volonté de privilégier la voie du dialogue avec les directions hôtelières pour parvenir à un accord équitable, à même de sécuriser les droits des professionnels et de mettre fin à cette anarchie qui fragilise actuellement l’activité des taxis.




