Le rapport d’activité 2025 de la Direction générale des impôts (DGI) met en lumière un décalage majeur au sein du régime de l’auto-entrepreneur. Si le document officiel affiche un total de 463.383 inscrits, en progression de 5%, et une hausse des recettes fiscales de 18,9%, la réalité de l’activité économique s’avère nettement plus modeste. «En examinant les données trimestrielles, le nombre de déclarants réels oscille seulement entre 78.932 et 84.342. En moyenne, moins de 81.000 auto-entrepreneurs déposent ainsi une déclaration par trimestre, ce qui signifie que près de 83% des inscrits constituent des profils dormants», note le quotidien Les Inspirations Eco du 13 juillet.
Cette situation statistique prend une tournure critique avec l’activation, en 2025, du registre des entreprises inactives pour les personnes physiques. Ce dispositif prévoit qu’une entité n’ayant rempli aucune obligation fiscale ni exercé d’activité pendant trois exercices consécutifs dispose de trente jours pour déclarer sa cessation, sous peine de radiation automatique. Pour les nombreux auto-entrepreneurs inactifs, cette mesure ouvre la voie à des radiations d’office. Toute facture émise après une telle radiation expose son émetteur aux sanctions relatives aux fausses factures.
Les conséquences de ce défaut de déclaration dépassent le cadre strictement fiscal pour impacter la protection sociale. Le rapport mentionne l’actualisation d’un guide intégrant les modalités de calcul des droits complémentaires de sécurité sociale. «Le régime étant fondé sur le principe selon lequel l’absence de déclaration équivaut à une absence de cotisation, les droits à l’Assurance maladie obligatoire (AMO) se trouvent automatiquement suspendus pour les profils non déclarants, privant ainsi les travailleurs indépendants de leur couverture santé en cas de besoin», souligne Les Inspirations Eco.
Sur le plan de la numérisation, le bilan de l’administration fiscale reste contrasté. Si la plateforme Direct Entreprise permet désormais une inscription et l’obtention de l’Identifiant commun d’entreprise (ICE) entièrement à distance, le parcours digital s’interrompt pour les démarches modificatives, telles qu’un changement d’adresse ou d’activité. Ces opérations nécessitent encore des procédures hybrides et le dépôt de pièces physiques, un frein administratif qui favorise l’obsolescence des données du registre.
Par ailleurs, les chiffres révèlent que ce statut sert principalement de levier de formalisation pour l’économie informelle plutôt que d’incubateur de nouvelles entreprises. Bien que l’auto-entrepreneuriat représente 6% des nouvelles créations de personnes physiques, avec 45.218 inscriptions, le volume des récupérations d’ICE a atteint 87.527 en 2025, contre 82.275 l’année précédente. Ce flux indique que de nombreux professionnels déjà en activité utilisent ce statut pour régulariser leur situation et intégrer le circuit formel.
Ce durcissement de l’environnement réglementaire engendre de nouveaux risques pour les entreprises donneuses d’ordre. Face à la lutte contre les fausses factures et à la mise en œuvre du registre des entreprises inactives, les entreprises recourant à des prestataires indépendants doivent renforcer leur vigilance. Accepter la facture d’un auto-entrepreneur radié expose le donneur d’ordre au rejet de la déduction de la charge et à de potentielles poursuites. Portées par un contrôle fiscal ayant généré 20,9 milliards de dirhams et s’appuyant sur des outils de croisement de données en temps réel, les vérifications de l’administration ne laissent désormais plus de place aux omissions déclaratives.




