En ces temps où le simple droit de savoir crée des polémiques et suscite des invectives souvent diffamatoires, je voudrais rappeler ce que Ibn Rushd, né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198, disait de ce qu’il appelait «l’équation»: «L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation».
L’ignorance, ce n’est pas seulement l’absence de connaissance, c’est l’incapacité de discerner le vrai du faux. Nous savons aujourd’hui, à cause et/ou grâce aux réseaux sociaux, que l’information est un fleuve loin d’être tranquille, mais un fleuve qui charrie aussi bien le vrai que le faux. Il se trouve que, l’Intelligence artificielle aidant, le faux est de plus en plus vraisemblable et par conséquent dangereux.
J’ai fait confiance à une info affirmant que, parmi les jeunes qui marchaient le 30 juillet dernier sur Sebta, il y avait 60% d’Algériens. C’est faux. Je suis désolé d’avoir, par ignorance et non-vérification, donné crédit à cette fausse info. Je présente mes excuses non seulement au peuple algérien, mais à tous les lecteurs et lectrices de mes chroniques.
Deux longs articles parus dans des sites connus ont commenté mes propos en général. L’auteur d’un des articles demande à ce que je me taise. L’autre au contraire me demande de m’exprimer et de rapporter des vérités sur l’immigration en France et même en Europe. L’immigration étant un sujet que je n’ai jamais cessé de questionner, il m’a semblé qu’il était temps de rappeler quelques vérités.
C’est ce que j’ai décidé de faire, espérant que ceux qui utilisent l’immigration comme levier de peur et de haine cessent leur démagogie.
Je rapporte les paroles, chiffres à l’appui, d’un ancien député européen d’origine algérienne, Karim Zéribi:
40% des personnes qui travaillent dans le nettoyage sont des immigrés.
39% des agents de sécurité sont des immigrés.
30% des personnes travaillant dans le bâtiment sont des immigrés.
25% des gens qui travaillent dans les restaurants sont des immigrés.
28% des militaires sont des Français musulmans dont les parents sont des immigrés.
15% des médecins exerçant en France sont des immigrés.
Il y a d’autres secteurs où des immigrés travaillent durement et personne ne les considère.
«L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation»
— Ibn Rushd
Besoin de considération. Besoin de justice. Besoin d’égalité.
Toutes les campagnes électorales en France comme en Italie ou en Espagne s’emparent de la question de l’immigration pour faire passer leurs idées. Sans le thème de l’immigration et surtout de l’islam, deux sujets dénigrés, pas de campagne. C’est inadmissible. C’est répugnant.
Si un jour, juste un jour, tous ces immigrés décident de faire grève. Ils restent chez eux. Pas de travail.
La France sera en panne. Une grosse panne. Il en sera de même dans les autres pays européens dont l’économie se tient grâce aux immigrés.
Pourquoi les immigrés ne sont-ils pas considérés comme des citoyens comme les autres? Pourquoi une mauvaise réputation leur colle à la peau?
Des préjugés et des fantasmes circulent à leur propos. À écouter la droite et l’extrême-droite, le mal absolu, c’est l’immigration. Le Rassemblement national prévoit, au cas où il arriverait au pouvoir en 2027, d’organiser un référendum sur ce qu’il appelle «l’invasion migratoire».
Certains pays ont dû recourir à la légalisation de centaines de milliers de migrants sans papiers. Ils ne l’ont pas fait par bonté, par générosité ou par humanisme. Ils l’ont fait par intérêt, ils l’ont fait parce qu’ils ont besoin d’une main-d’œuvre pour les travaux durs que les Européens ne veulent plus faire, ils l’ont fait à cause d’un problème lié au vieillissement de la population. L’Italie est le pays d’Europe où ce problème est le plus manifeste.
On régularise parce qu’on est obligé et on ne change rien au discours raciste.
Cette Europe devrait se rendre compte que sa politique migratoire est mauvaise et qu’elle aurait besoin d’être révisée dans le sens de la considération et du respect d’une main-d’œuvre dont elle espère beaucoup d’enfants. Le métissage est là et la réalité économique ne peut mentir. Sans ces hommes et femmes venus du Maghreb et d’Afrique, l’Europe non seulement aurait du mal à survivre, mais s’éteindrait de vieillesse.
L’Europe a le devoir de changer de regard et de manière de traiter ces étrangers qui travaillent chez elle, paient des impôts et consomment beaucoup. D’après Karim Zéribi, ils coûtent à la France 15 milliards et rapportent à la France (d’après une étude de l’OCDE) 24 milliards (cotisations, impôts, consommation etc.)
Les pays d’où cette immigration est partie devraient eux aussi réviser leur politique et exiger que leurs citoyens soient respectés dans leur être et dans leur dignité.
Assez de politique molle et tiède. Il faut de la fermeté vigilante. Cet échange inégal ne pourra plus durer.
Je cite de nouveau Ibn Rushd: «La connaissance est un acte de courage; écouter avant de juger. (…) Le savoir acquis dans un pays étranger peut être une patrie, et l’ignorance peut être un exil vécu dans son propre pays.»




