À l’approche des échéances législatives prévues pour le 23 septembre, la tension politique monte d’un cran dans la région du Gharb, où les affrontements électoraux ont pris une tournure judiciaire inattendue. Ce qui devait être une précampagne classique s’est rapidement transformé en un dérapage numérique d’une rare violence, impliquant les plus hautes autorités territoriales locales ainsi que des figures politiques régionales.
Au cœur de cette tempête de communication se trouve un internaute connu sous le pseudonyme de Lhouidg, originaire de la localité de Sidi Yahya du Gharb. «Utilisant les réseaux sociaux comme tribune, cet individu s’est livré à une série d’attaques virulentes en direct, prenant pour cible principale le gouverneur de la province de Sidi Slimane ainsi que le président d’une commune rurale, pressenti comme tête de liste d’un parti de la majorité gouvernementale», rapporte le quotidien Assabah dans son édition du lundi 24 août.
Les propos tenus lors de ces diffusions en direct ont rapidement dépassé le cadre de la simple critique politique pour tomber sous le coup de la loi. Face à la gravité des accusations et aux attaques ad hominem visant l’institution administrative qu’il incarne, le gouverneur de la province a saisi la justice en déposant une plainte officielle auprès du ministère public.
L’alerte ayant été donnée, les services de la police judiciaire du district provincial de sûreté ont ouvert une enquête en urgence. Se sachant recherché après la médiatisation de sa démarche judiciaire par la victime, le suspect a tenté de faire disparaître les preuves en supprimant la vidéo incriminée avant de prendre la fuite. Cette tentative d’échapper aux forces de l’ordre a été de courte durée, l’homme ayant été rapidement localisé, appréhendé puis placé sous le régime de la garde à vue.
Le parquet a retenu des charges lourdes à l’encontre du prévenu, qualifiant ses actes d’outrage à fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions, d’atteinte à la vie privée et de diffamation par la diffusion de fausses allégations. «Après sa présentation devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de la ville, le suspect a été placé en détention provisoire à la prison locale d’Ouatita, située dans la province voisine de Sidi Kacem, dans l’attente de son jugement», souligne Assabah.
L’affaire a pris une autre dimension lorsqu’une seconde séquence vidéo a fuité sur la toile après l’arrestation de l’intéressé. Dans cette derière, le mis en cause s’en prenait cette fois directement à la tête de liste du parti de la majorité, l’accusant de divers griefs tout en imputant au gouverneur une prétendue complaisance ou protection à l’égard de cet élu local. Sur un ton particulièrement véhément, l’auteur des vidéos prenait fait et cause pour un candidat concurrent, issu de la même ville que lui, expliquant sa loyauté par le fait que ce dernier avait été son instituteur à l’école primaire.
Dans ses envolées verbales, le prévenu n’a pas hésité à proférer des menaces et des insultes d’une extrême virulence à l’encontre du candidat de la majorité, le qualifiant entre autres de criminel de guerre ou de spoliateur de terres collectives, tout en appelant ouvertement à son rejet violent s’il venait à mener campagne dans la zone. Ces déclarations, teintées de régionalisme et d’appels à la haine, ont provoqué un vif émoi au sein de la scène politique locale.
De son côté, l’élu ciblé par ces attaques, qui effectue ses premiers pas vers les élections législatives après un parcours au niveau communal, a rejeté en bloc l’ensemble de ces accusations. Qualifiant ces sorties d’œuvres de manipulation orchestrées par des adversaires tapis dans l’ombre, l’homme politique a décidé d’emboîter le pas au gouverneur en engageant à son tour des poursuites judiciaires contre le prévenu.




