Christophe Gleizes, une honte mondiale pour Tebboune

Mustapha Tossa.

ChroniqueQuelle inspiration a conduit Gianni Infantino, président de la FIFA, à déclencher une véritable déflagration médiatique contre le régime algérien? Profitant de la visibilité exceptionnelle offerte par le lancement de la Coupe du monde aux Amériques, il a remis sous les projecteurs le cas du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie sous de lourdes accusations de terrorisme aussi infondées que fabriquées.

Le 15/06/2026 à 15h56

Le président de la FIFA a décrit Christophe Gleizes comme le seul journaliste sportif au monde à être emprisonné. Une phrase qui résonne comme un coup de fouet porté à la réputation d’un pays, l’Algérie, déjà largement entamée.

«Il y a une chaise vide, c’est celle du journaliste français Christophe Gleizes, qui est le seul journaliste sportif emprisonné dans le monde.» Telle fut la déclaration fracassante de Gianni Infantino au début d’une conférence de presse à Mexico, où se concentrait l’attention mondiale de tous ceux qui suivent l’une des plus grandes manifestations sportives de la planète.

Aussi démonstratif qu’incisif, comme s’il voulait viser une cible avec précision, il a désigné le siège qui aurait dû être occupé par Christophe Gleizes, à qui la FIFA a offert une accréditation d’honneur pour couvrir cette Coupe du monde. Il a également renouvelé, à l’adresse du président Abdelmadjid Tebboune, un appel particulièrement appuyé en faveur de la grâce présidentielle tant attendue.

Il faut dire que le régime algérien s’attendait à tout dans cette Coupe du monde organisée aux États-Unis, y compris à une élimination précoce de sa sélection nationale. Mais il ne s’attendait certainement pas à se retrouver au cœur de l’actualité internationale pour une détention politique aussi arbitraire.

Pour l’image et la réputation de l’Algérie dans le monde, le coup est très dur et son impact négatif sera difficile à effacer. Une réalité s’impose désormais: parmi tous les régimes autoritaires de la planète, le régime algérien est aujourd’hui le seul à emprisonner un journaliste… sportif.

Le pouvoir algérien se trouve désormais acculé à apporter une réponse à une communauté internationale qui s’impatiente face à ses postures stériles et à son incapacité à sortir du piège dans lequel il s’est lui-même enfermé. La folie des autorités algériennes consiste à confondre un journaliste sportif avec un activiste terroriste et à l’emprisonner dans l’espoir d’en faire une monnaie d’échange.

Le cas de Christophe Gleizes a mobilisé de nombreuses personnalités. Récemment, le pape Léon XIV a plaidé sa cause auprès du régime algérien. Sans succès. Qu’un régime aussi autoritaire que celui d’Alger puisse ignorer une demande de grâce émanant de l’une des plus hautes autorités spirituelles du monde constitue en soi un aveu d’échec et d’impuissance.

«Lorsque Paris invoque la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice pour refuser de satisfaire les demandes algériennes visant à effacer les conséquences judiciaires de son activisme sécuritaire sur le territoire français, Alger oppose les arguties juridiques d’une justice aux ordres, notoirement réputée fonctionner au «téléphone».»

—  Mustapha Tossa

La diplomatie française, portée par le président Emmanuel Macron, qui a privilégié la politique du compromis à celle du rapport de force, a proposé un dégel de ses relations avec Alger en échange, entre autres, de la libération du journaliste français. Là encore, sans résultat à ce jour.

En renonçant à exercer son droit d’appel dans la procédure judiciaire qui le vise, Christophe Gleizes avait pourtant ouvert la voie à une grâce présidentielle qui tarde toujours à venir. Celle-ci était annoncée pour l’Aïd al-Adha, une période traditionnellement propice aux mesures de clémence. Elle est désormais évoquée pour le 5 juillet, date de l’indépendance algérienne, qui pourrait offrir le cadre symbolique d’une telle décision.

Pour certains observateurs familiers des méandres de la relation franco-algérienne, les hésitations du régime algérien à libérer Christophe Gleizes s’expliqueraient par une volonté de procéder à un vaste troc politique. L’objectif serait d’obtenir la libération, ou à tout le moins l’abandon des poursuites judiciaires engagées en France contre l’un de ses agents consulaires impliqué dans une tentative d’enlèvement et de séquestration de l’influenceur et opposant algérien Amir DZ.

Cet agent, dont l’identité n’a jamais été officiellement rendue publique, est détenu en France depuis avril 2025. Par ailleurs, la justice française a également émis un mandat d’arrêt international contre l’ancien premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie en France, Salaheddine Selloum, pour les mêmes chefs d’accusation.

Lorsque Paris invoque la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice pour refuser de satisfaire les demandes algériennes visant à effacer les conséquences judiciaires de son activisme sécuritaire sur le territoire français, Alger oppose les arguties juridiques d’une justice aux ordres, notoirement réputée fonctionner au «téléphone».

La stratégie du chantage et du troc apparaît ici au grand jour. Le message algérien semble être le suivant: si vous souhaitez la libération de Christophe Gleizes et un réchauffement des relations bilatérales, il faudra non seulement faire un geste concernant l’agent consulaire détenu en France, mais également mettre un terme à une procédure judiciaire susceptible d’établir que le régime algérien agit comme un État soutenant des activités terroristes et que son appareil diplomatique a été impliqué dans des tentatives d’enlèvement et de séquestration sur le territoire d’un État étranger.

Si elle devait aller à son terme, cette procédure pourrait contribuer à isoler davantage le régime algérien sur la scène internationale et à ternir encore davantage son image.

En attendant, Christophe Gleizes demeure une tache noire, voire une honte internationale, pour un régime qui semble avoir engagé un dangereux mouvement d’autodestruction.

Par Mustapha Tossa
Le 15/06/2026 à 15h56