Trump entre guerre et paix au Moyen-Orient

Mustapha Tossa.

ChroniqueÀ lire, au quotidien, les publications matinales de Donald Trump sur son réseau «Truth Social», l’impression s’impose que les États-Unis s’orientent davantage vers un accord avec l’Iran que vers une reprise de l’escalade militaire. Le principe d’un cessez-le-feu temporaire — appelé, de facto, à s’inscrire dans la durée — semble ainsi primer sur l’hypothèse d’un retour aux bombardements et aux destructions tous azimuts. Sans doute par contrainte politique, mais aussi, peut-être, par manque de munitions.

Le 20/04/2026 à 16h00

Et pour cause: une convergence d’intérêts semble se dessiner entre Américains et Iraniens pour contenir le conflit à ce stade. Donald Trump estime avoir atteint ses objectifs, notamment celui d’empêcher durablement le régime iranien d’accéder à l’arme nucléaire. De son côté, Téhéran, malgré l’ampleur des destructions subies, a fait preuve d’une capacité de résilience notable. Ni la décapitation de ses structures dirigeantes ni les frappes sur ses infrastructures n’ont suffi à le faire vaciller.

En tout cas, Donald Trump affiche une telle confiance dans le processus de négociations en cours qu’il en annonce l’aboutissement dans les prochains jours. Il se dit même prêt à se rendre à Islamabad pour en parapher personnellement l’accord. Le cœur des discussions entre Washington et Téhéran porte sur les paramètres de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran — niveau, durée et capacités — ainsi que sur le sort des quelque 440 kilos d’uranium déjà enrichi, qui pourraient faire l’objet d’un échange d’envergure: leur abandon contre une compensation estimée à 20 milliards de dollars.

Ce bras de fer entre Iraniens et Américains a connu, ces derniers jours, une nette accélération. Lorsque Donald Trump a réussi à imposer au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu un cessez-le-feu au Liban, le régime iranien a réagi en annonçant une ouverture totale du détroit d’Ormuz. Une décision perçue par la communauté internationale comme un signal d’apaisement. La guerre au Liban a produit cet effet, les autorités iraniennes ayant insisté pour l’intégrer au compromis global en cours d’élaboration avec les États-Unis.

Au début de ce processus de négociations, Donald Trump avait entériné le fait que la guerre israélienne contre le Hezbollah n’en faisait pas partie. Une position qui avait, de facto, laissé le champ libre à l’armée israélienne pour mener des frappes meurtrières au Liban. Le président américain a depuis infléchi sa position en imposant un cessez-le-feu à Benjamin Netanyahu. Mieux encore, dans le souci de maximiser les chances de succès de ses négociations avec l’Iran, il a formellement interdit à l’armée israélienne de poursuivre la destruction d’infrastructures au Liban.

«Dans l’absolu, Donald Trump a besoin de résultats tangibles pour justifier le coût de cette guerre.»

—  Mustapha Tossa

Il apparaît aujourd’hui clairement que Donald Trump nourrit l’ambition de voir se concrétiser deux images fortes. La première serait celle d’une cérémonie de signature entre Américains et Iraniens d’un protocole perçu comme un accord de paix pour les uns, comme une forme de reddition pour les autres, actant l’engagement de l’Iran à ne plus chercher à acquérir l’arme nucléaire. Si une telle scène venait à réunir le président américain et le nouveau guide de la République islamique, Mojtaba Khamenei, elle constituerait un moment politique d’une rare intensité. Il convient toutefois de rappeler qu’à ce stade, aucune preuve formelle ne permet d’attester que le nouveau guide iranien est encore en vie. Ses rares prises de parole sur ce conflit ont été relayées par des intermédiaires ou diffusées par écrit.

La seconde image que Donald Trump semble vouloir mettre en scène — et dont il a déjà esquissé les contours — consisterait à réunir à la Maison Blanche le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en vue d’un accord inédit entre deux pays en conflit depuis des décennies. Signe de l’intérêt particulier qu’il accorde au Liban, le président américain a qualifié Joseph Aoun de «très respectable président libanais», une formule rare dans sa rhétorique. S’il parvenait à convaincre Beyrouth et Tel-Aviv de sceller un pacte de non-agression et d’amorcer une normalisation de leurs relations, le locataire de la Maison Blanche en tirerait un bénéfice politique considérable.

Il est certes difficile d’imaginer qu’un Liban sous l’influence du Hezbollah s’engage dans un processus de paix avec Israël. Il n’est toutefois pas exclu qu’à la faveur d’un éventuel accord global entre Américains et Iraniens, le régime iranien incite ses relais régionaux — dont le Hezbollah — à modérer leur posture et à envisager une forme de cohabitation pragmatique, mutuellement avantageuse, avec ce qu’il qualifie de «Grand Satan».

Dans l’absolu, Donald Trump a besoin de résultats tangibles pour justifier le coût de cette guerre. Ces avancées constituent autant d’arguments qu’il pourra mobiliser auprès de sa base MAGA (Make America Great Again), en vue de contenir les gains attendus des démocrates lors des prochaines élections de mi-mandat, destinées à renouveler une grande partie du Congrès.

Même si le régime iranien n’est pas tombé — au grand dam d’Israël et de certains pays du Golfe qui le considèrent toujours comme une menace existentielle —, Donald Trump pourra néanmoins se prévaloir de l’avoir durablement affaibli et de lui avoir imposé des contraintes suffisamment strictes pour en réduire significativement la capacité de nuisance et l’influence régionale.

Par Mustapha Tossa
Le 20/04/2026 à 16h00