Tribune. Tebboune, disciple de Jean Cocteau

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

TribuneSont-ils devenus fous? Sont-ils frappés d’amnésie collective? Ont-ils abusé de champignons hallucinogènes? Ces événements nous dépassent? Feignons d’en être les organisateurs.

Le 08/06/2026 à 14h48

Depuis quelques semaines, journalistes, observateurs et simples citoyens ne comprennent plus rien à l’attitude de Tebboune et de sa clique en ce qui concerne la question du Sahara marocain.

On se souvient que l’Algérie avait farouchement combattu le projet initial de la résolution 2797 de l’ONU à l’automne de l’an dernier. Elle avait contesté le premier projet américain qui qualifiait l’initiative marocaine de base unique pour des négociations. Elle avait exigé qu’on prenne en considération les desiderata de sa créature, le Polisario. En vain.

Le 31 octobre 2025, lors du vote final au Conseil de sécurité de l’ONU, l’espèce de pitbull qui représente les caporaux à New York avait grommelé, grogné, aboyé, prêt à mordre. En vain. Finalement, Algérie avait exprimé son opposition totale à la résolution en refusant de participer au vote. Pas du tout troublés par l’absence du molosse, les quatorze autres membres du Conseil avaient adopté cette fameuse résolution 2797 qui consacre explicitement le plan marocain d’autonomie comme base du règlement du conflit.

Défaite en rase campagne des marionnettes de Chengriha, donc. N’est-ce pas?

Quelques mois plus tard, on se demande si on est entrés dans une réalité parallèle. Les diplomates s’assoient maintenant sans honte à la table des négociations, que ce soit à Madrid ou à Washington, et ces négociations se déroulent sur la base de la résolution 2797. Mieux: Tebboune et son ministre Attaf revendiquent tout cela comme une victoire… pour eux!

Le sinistre des Étranges Affaires des caporaux, Ahmed Attaf, a assuré dans un discours ânonné le 24 mai dernier que l’Algérie espérait «sincèrement» (un adverbe dont il ignore le sens) que les négociations aboutiraient «conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies, y compris la récente résolution 2797 du Conseil de sécurité». Quelques jours avant cette déclaration, son propre Tebboune de président avait bredouillé que «pour le Sahara occidental, il y a une résolution de l’ONU (la fameuse 2797) et elle est en train de faire son chemin».

Et AA (non, ce n’est pas le sigle des Alcooliques Anonymes, ce sont les initiales de Ahmed Attaf, que Boualem Sansal qualifie de «notoirement connu comme le plus incompétent ministre du monde et de l’histoire universelle de la diplomatie» (à la page 72 de son nouveau livre «La Légende»), donc AA de claironner: «les derniers développements ont confirmé la justesse de la position de l’Algérie.»

Sont-ils devenus fous? Sont-ils frappés d’amnésie collective? Ont-ils abusé de champignons hallucinogènes?

Pas du tout: ils ont juste découvert Jean Cocteau et son immortel précepte: «Ces événements nous dépassent? Feignons d’en être les organisateurs.»

(Pour les puristes et les coupeurs de cheveux en quatre, il faut préciser que l’expression originale est «Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur» et qu’elle se trouve dans la pièce de théâtre de Cocteau intitulée «Les Mariés de la tour Eiffel», dont la première fut jouée en 1921.)

D’ailleurs, cela fait des années que Tebboune et les siens appliquent ce précepte. Le 2 juin dernier, dépassés par les évènements, et face à la détermination de la France, ils ont accepté la réactivation des OQTF, la remise à plat de l’accord migratoire de 1968, le retour du renseignement français à Alger. Attendez à ce qu’ils présentent cela comme l’aboutissement de leur propre stratégie. Feignons d’en être les organisateurs…

Ça doit être une constante de la psyché des maîtres de l’ancienne Régence turque d’Alger. Dans sa cellule de la prison d’El-Harrach, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia doit sans doute dire au maton qui lui apporte sa pitance quotidienne et qui s’étonne de sa chute spectaculaire:

- Tout va bien, tout va très bien, c’est exactement ce que j’avais planifié et organisé.

Par Sanaa Berrada
Le 08/06/2026 à 14h48