À l’occasion de la récente escale du pape Léon XIV à Alger, sur le chemin de l’Afrique subsaharienne où l’Église catholique est véritablement présente, le vieux Tebboune s’est livré à un numéro de contorsionniste du plus bel effet comique.
Tout d’abord, il a proclamé urbi et orbi que cette simple escale technique était une vraie visite d’État. Mais quel serait l’intérêt du Vatican à venir bavarder avec les gérontes galonnés d’Alger? Officiellement, aucun Algérien n’est catholique. C’est comme si le grand mufti d’Al Azhar allait rendre visite aux Esquimaux. Pour quoi faire?
D’autre part, recevoir en grande pompe l’évêque de Rome est le comble de l’hypocrisie quand on sait que tout Algérien qui a l’audace d’avouer qu’il est chrétien écope dans la foulée de six mois de prison ferme. C’est le tarif prévu par la loi. On peut d’ailleurs ajouter quelques années en imaginant d’autres délits, du genre ‘atteinte à la sûreté de l’État’. Un homme qui prie, c’est dangereux, surtout s’il est kabyle.
Il y a en effet un certain nombre de sectateurs du Christ en Kabylie mais ils sont obligés de pratiquer en secret, comme le faisaient leurs premiers coreligionnaires, il y a deux mille ans. De temps à autre, les caporaux font une rafle dans une église clandestine, du côté de Tizi Ouzou, et jettent les pacifiques orants en taule. Ils ne l’ont pas fait pendant l’étape algérienne du tour d’Afrique de Léon. Ç’aurait fait mauvais genre.
Puisqu’il était là, Léon en a profité pour planter un olivier dans les ruines d’Hippone, la ville dont Saint Augustin a été évêque de l’an 395 jusqu’à sa mort en 430. La presse aux ordres de Tebboune a été grandiose à cette occasion. Sans crainte du ridicule, elle a affirmé qu’Augustin était «un pont entre le christianisme et l’islam». Euh… La prédication du Prophète ayant commencé en l’an 610, soit près de deux siècles après le trépas d’Augustin, on ne voit pas très bien sur quelles piles repose ce pont; en tout cas il est pour le moins branlant– comme Tebboune lui-même.
Enfin, la même presse n’a cessé de parler d’Augustin «l’Algérien» et de tirer gloire de cet adjectif abusif. Le nif, toujours le nif… Mais dans quelle hagiographie hallucinée s’est-il plongé, ce nez, cette oblongue capsule? Comme d’hab’, ils blablatent sans savoir. S’ils avaient un minimum de culture, ils sauraient que ledit Augustin (354-430) a égaré l’Église pendant près de mille ans dans une attitude anti-scientifique avant que Thomas d’Aquin ne rende la science possible avec sa Somme théologique rédigée entre 1265 et 1273.
S’ils avaient un minimum de culture, ils auraient lu ce que Voltaire en dit dans son Dictionnaire philosophique: «Augustin, qui était un enfant très libertin, avait l’esprit aussi prompt que la chair. (…) Cela ne prouve-t-il pas deux choses, que dans l’Afrique, que nous nommons aujourd’hui la Barbarie, les corps et les esprits sont plus avancés que chez nous? (…) Les choses sont bien changées. Le pays de Saint Augustin n’est plus qu’un repaire de pirates. (…) Son système sur la grâce est respecté onze cents ans comme un article de foi. Au bout d’onze cents ans, des jésuites trouvent moyen de faire anathématiser le système d’Augustin mot pour mot, sous le nom de Jansénius, de Saint-Cyran, d’Arnauld, de Quesnel.»
Saint Augustin, d’abord débauché et libertin, développa ensuite une théologie obscure, contradictoire et dogmatique (il finit d’ailleurs par être anathématisé par sa propre Église, comme le rappelle Voltaire). Sa conception absurde et terrifiante de la prédestination est l’ennemie de la raison et de la liberté humaine.
«Obscur, contradictoire, dogmatique…» Tiens! C’est peut-être pour cela que Tebboune et les siens aiment tant algérianiser ce bonhomme. Il leur rappelle leur propre système…




