Représentativité féminine aux législatives: les partis devant leurs contradictions

Revue de presseÀ l’approche des élections législatives, la promesse d’une présence féminine renforcée au Parlement paraît chancelante. Le contraste entre les discours politiques soutenant les droits des femmes et la froide réalité des investitures, masculines, est saisissant. En effet, l’arsenal juridique garantit un quota minimal de sièges via les listes régionales, alors même que la compétition sur les listes locales directes révèle une domination masculine dans les partis politiques. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 08/06/2026 à 17h58

L’épreuve de vérité approche pour la représentativité politique des femmes à l’occasion des élections législatives, prévues au cours du mois de septembre prochain. Les candidatures d’ores et déjà annoncées laissent apparaître un contraste saisissant entre les discours politiques en faveur d’une présence féminine accrue au Parlement, et la réalité du terrain. «Malgré un dispositif juridique garantissant un nombre minimal de sièges via les listes régionales, la bataille des listes locales directes révèle la persistance de l’emprise masculine sur les centres de décision électorale dans les formations politiques, quelles que soient leur obédience idéologique», relaie Al Ahdath Al Maghribia de ce mardi 9 juin.

Ainsi, au Rassemblement national des indépendants (RNI), qui conduit l’actuel gouvernement, on n’a accordé une investiture en tête de liste locale qu’à quatre femmes sur l’ensemble des circonscriptions électorales; au total, il y en a plus de quatre-vingt-dix. Ces candidatures se concentrent sur des figures féminines disposant déjà d’une influence électorale avérée dans les circonscriptions de Fès-Sud, Agadir Ida Outanane, Taroudant-Sud et Guelmim. «Cette répartition suggère que l’investiture relève moins d’un choix de principe en faveur d’une autonomisation généralisée que d’un pari électoral sur des profils capables de remporter un siège grâce à leurs réseaux familiaux et politiques», indique le quotidien.

Au Parti de la justice et du développement (PJD), le scénario est le même. «Les candidatures féminines se sont limitées à des noms connus, sans pour autant que ces dernières ne soient en mesure de décrocher des sièges. Les compétences féminines ont ainsi été orientées, de manière quasi-systématique, vers les listes régionales, considérées comme des voies plus sûres vers des sièges garantis, tandis que les directions historiques, majoritairement masculines, se sont approprié les circonscriptions soumises à une concurrence locale directe», affirme le quotidien.

Ces comportements électoraux, communs à l’ensemble des partis, semblent confirmer que le fait de faire référence aux compétences et aux programmes politiques recule considérablement dans les circonscriptions. En lieu et place, les leaders de ces partis privilégient des «calculs visant la victoire directe et une préférence marquée pour les figures traditionnelles, dotées d’une influence financière et organisationnelle, sont en mesure de financer des campagnes électorales complexes», écrit Al Ahdath Al Maghribia.

Dans les principaux partis, les listes locales directes révèlent donc «la soumission des élites partisanes à une logique purement comptable, fondée sur la capacité à l’emporter et sur le pourcentage de sièges garantis», écrit Al Ahdath Al Maghribia. Les désignations se portent donc «naturellement vers les notables, les symboles organisationnels ou toute personne disposant d’un capital d’influence –financier, tribal ou partisan– à même d’assurer la conquête des sièges» convoités. Ces réseaux sont donc «très majoritairement masculins» et, «dès lors, il n’est guère surprenant que l’opportunité d’une investiture féminine en tête de liste locale reste extrêmement faible et ne concerne que des cas exceptionnels», indique le quotidien.

Par Hassan Benadad
Le 08/06/2026 à 17h58