Info360. La villa de feu Abderrazak Afilal au cœur des discussions sur l’extension du zoo d’Aïn Sebaâ

La villa de feu Abderrazak Afilal, attenante au zoo d’Aïn Sebaâ. (S.Belghiti/Le360)

Faut-il sacrifier un symbole pour agrandir le zoo d’Aïn Sebaâ? La villa de feu Abderrazak Afilal, imposante propriété de 1.500 m² située au cœur du parc et donnant sur la route de Rabat, se retrouve au centre d’un débat mêlant mémoire politique, patrimoine et développement urbain.

Le 22/07/2026 à 10h30

Au cœur du parc zoologique d’Aïn Sebaâ, une propriété singulière cristallise aujourd’hui tensions et enjeux mémoriels. Il s’agit de la résidence de feu Abderrazak Afilal, figure emblématique du mouvement syndical marocain et fondateur de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), historiquement liée au parti de l’Istiqlal. Cette villa, d’environ 1.500 mètres carrés et idéalement située en façade de la route de Rabat, se retrouve au centre d’un débat sensible opposant impératifs d’aménagement urbain et préservation d’un héritage symbolique.

Depuis la réouverture du zoo début 2026, après quatorze années de fermeture et un vaste chantier de réhabilitation, le site connaît une nouvelle dynamique. Sa gestion, désormais confiée à Dream Village, tranche avec les années de gestion chaotique qui avaient conduit à sa fermeture. Dans ce contexte de relance, l’idée d’une extension du parc gagne du terrain.

C’est dans ce cadre que, lors d’une récente réunion du comité de suivi du parc, tenue en présence du gouverneur de la préfecture d’Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, Mohamed Taouss, et de la maire de Casablanca, Nabila Rmili, le représentant de Dream Village a évoqué l’option d’un titre d’échange portant sur la villa Afilal. Ce mécanisme, fondé sur un accord à l’amiable, consisterait à proposer au propriétaire un autre terrain en contrepartie, en vue de l’intégration de la propriété au périmètre du zoo. Il ne s’agit nullement d’une procédure d’expropriation, mais d’une démarche consensuelle destinée à accompagner l’extension du parc et à améliorer l’expérience des visiteurs.

Mais cette proposition est loin de faire consensus. Plusieurs élus locaux s’y opposent fermement, mettant en avant la portée historique et symbolique de cette résidence. Noufissa Ramhane, vice-maire de Casablanca, ainsi que Hassan Benomar, élu d’Aïn Sebaâ et parlementaire de la circonscription, ont exprimé leur refus catégorique. La maire, Nabila Rmili, a elle aussi marqué son désaccord, rejoignant les défenseurs du maintien de ce lieu chargé de mémoire, qui renvoie à ce que certains décrivent comme les «années glorieuses» d’Aïn Sebaâ sous l’ère Afilal.

Fait notable, Moulay Ahmed Afilal, vice-maire de Casablanca et fils du défunt leader syndical, était présent lors de cette réunion. Il est toutefois resté silencieux, n’exprimant aucune position publique sur cette question.

En toile de fond, des éléments liés à la situation foncière de la villa alimentent également les discussions. Selon nos informations, la propriété aurait été inscrite au nom de la seconde épouse d’Abderrazzak Afilal vers la fin de sa vie, à l’initiative de son fils Rachid Afilal, lui aussi parlementaire de la circonscription. Par ailleurs, le nouveau plan d’aménagement classe cette parcelle en zone verte non constructible, écartant de facto toute perspective de projet immobilier à vocation lucrative, évoquée par le passé.

Jusqu’à il y a quelques années, la villa abritait également une officine appartenant à Fatima-Zahra Afilal, sœur de Rachid Afilal, elle aussi élue communale et membre du conseil de la ville. Cette dernière s’est illustrée par des prises de position virulentes à l’égard de la majorité aux commandes de la mairie, notamment lors d’un épisode houleux, le 27 juillet 2023, ayant conduit à la suspension d’une session du conseil avant son évacuation de la salle.

Par Wadie El Mouden
Le 22/07/2026 à 10h30