Ce qui devait arriver, arriva. Alger a enclenché la marche arrière sur le Sahara marocain, pressé par une dynamique internationale qui reconnaît la souveraineté du Maroc sur ces territoires. Mais Alger ne s’est pas contenté d’un aveu d’échec, qui aurait acté une somme d’erreurs stratégiques et consenti un nécessaire mea culpa. Non! Alger, désespéré et impuissant, a quand même tenté d’enrober sa reculade d’un vernis de victoire, voire d’une réalisation arrachée au bout d’une longue lutte.
Peu importe que cette nouvelle posture algérienne, popularisée par le désormais discours historique du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, soit le comble absolu de l’inconstance. L’important est que l’opinion algérienne puisse absorber le choc de cette défaite du régime. Mais ce qu’Alger ne dit pas à son opinion -même si tout le monde a compris-, c’est que sa stratégie de nourrir une aventure séparatiste dans la région a échoué. Ceci, au bout de cinq décennies de soutien économique, politique et militaire à une thèse désormais enterrée. L’objectif premier était de créer une entité au sud du Maroc pour se procurer une porte sur l’Atlantique. L’objectif second était d’obérer les chances de développement du voisin marocain, en lui glissant, comme la célèbre doctrine algérienne l’assumait officiellement, «un caillou dans la chaussure». Impossible alors ni de courir ni de sauter. À peine de claudiquer.
Malgré les énormes sacrifices consentis, il n’en fut rien. Tout l’appareil diplomatique était mobilisé pour soutenir la mésaventure séparatiste. Toutes les ressources algériennes ont été dédiées à l’achat de soutiens internationaux au Polisario. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait lui même, dans un rare moment de lucidité, reconnu que l’Algérie avait dépensé une fortune digne de Crésus pour aider le Polisario. Et que cela justifiait, hier encore, un maintien de ce soutien. Quoi qu’il en coûte.
Aujourd’hui, le même Tebboune, soumis à une irrésistible pression internationale et faisant face à une stupéfiante dynamique marocaine, ne peut que se soumettre à cette volonté internationale qui non seulement acte la souveraineté du Maroc sur son Sahara, mais pointe le rôle déstabilisateur de son pays dans la région.
«Face à une irrésistible dynamique internationale, le régime algérien se retrouve aujourd’hui dans la posture d’un joueur d’échecs acculé, contraint de sacrifier ses pièces maîtresses»
C’est cette pression internationale qui a fait plier le régime algérien et lui a fait adopter une autre posture. Sauf que dans ce cas précis, au lieu d’aller à Canossa pour reprendre la formule utilisée un temps par Tebboune et reconnaître les erreurs et les mauvais choix, la production du mensonge continue. Alger tente de convaincre son opinion que la nouvelle résolution 2797, qui fait du plan de l’autonomie sous souveraineté marocaine l’unique sortie du conflit du Sahara, répond à ses propres aspirations.
Les faits sont néanmoins têtus. Signe que les temps ont changé, le vocable «République arabe sahraouie démocratique» a totalement disparu du discours algérien. Aujourd’hui, on ne parle plus que du front Polisario et on se réjouit que, dans le cadre de la nécessité d’appliquer le plan d’autonomie, il puisse discuter avec le Maroc. Alger tente de faire croire à son opinion incrédule que si demain le Maroc entame un canal de dialogue avec le Polisario, c’est parce que la diplomatie algérienne a réussi à l’imposer et que cela constitue une victoire algérienne dont elle peut être fière.
En réalité, rien ne saurait excuser le régime algérien d’avoir investi, pendant cinq décennies, dans une cause perdue d’avance. Il lui est tout aussi impossible de justifier ses dérobades face aux nombreuses médiations arabes, africaines et européennes visant à trouver une solution mutuellement acceptable. De même, ses refus répétés de saisir la main tendue par le roi Mohammed VI restent inexplicables. Dans un cas comme dans l’autre, le pouvoir algérien aurait pu s’épargner bien des circonvolutions.
Ce que le régime algérien a refusé d’entreprendre par courage et volontarisme, il y consent aujourd’hui, contraint et forcé par la pression internationale. Alger ne peut plus ignorer l’évidence : le monde entier est en train de reconnaître la marocanité du Sahara. S’obstiner dans le déni ne fera qu’isoler le pays, voire le mettre au ban des nations. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que le régime abrite les milices armées du Polisario, désormais placées sous haute surveillance par les États-Unis et susceptibles de figurer sur la liste des organisations terroristes.
Ce risque, bien réel, fait trembler le pouvoir. Si le Polisario venait à être classé comme organisation terroriste, l’Algérie basculerait automatiquement au rang d’État parrain du terrorisme, sommée de rendre des comptes à la communauté internationale. Pour toutes ces raisons, la marche arrière enclenchée par Alger est devenue une simple question de survie. Le régime se retrouve aujourd’hui dans la posture d’un joueur d’échecs acculé, contraint de sacrifier ses pièces maîtresses. Il ne lui reste désormais que des pions à gérer. Seul.




