Si l’esprit d’une médiation française entre le Maroc et l’Algérie ne se voit pas encore à l’œil nu, l’idée que Paris puisse jouer un rôle pour réduire les divergences et pousser les deux pays à travailler ensemble afin de régler leurs différends n’a pourtant rien d’étonnant ni d’ahurissant, contrairement à ce que certains peuvent prétendre. De nombreux signaux peuvent d’ailleurs indiquer, voire incarner, cette éventuelle démarche française.
Le fait qu’Alger ait accepté de recevoir successivement plusieurs responsables français — Laurent Nuñez, Alice Rufo et Gérald Darmanin — montre que le régime a fini par lever l’hypothèque d’un gel durable des relations avec Paris, conditionné jusque-là à un recul de la diplomatie française sur le dossier du Sahara marocain.
Il est vrai que cette revendication, sous forme de chantage, n’a jamais été exhibée officiellement dans les sorties diplomatiques algériennes. Mais elle a été omniprésente dans le long bras de fer auquel se sont livrés les deux pays, la France et l’Algérie.
Si la crise a duré aussi longtemps et franchi des caps de rupture inédits, c’est parce que le régime algérien avait posé des conditions au retour à la normale: une forme de chantage exigeant que Paris enclenche une marche arrière sur le Sahara marocain ou, du moins, revienne à sa position antérieure.
La grande nouveauté est que, comme l’Espagne avant elle, la France n’a pas cédé à ce chantage algérien, issu du comportement sanguin d’un régime qui a perdu sa boussole face aux écrasantes victoires de la diplomatie marocaine.
Le gel de la coopération sécuritaire, les affaires Sansal et Gleizes, les OQTF… Toutes ces manifestations de mauvaise humeur algérienne n’ont pas dissuadé Paris de maintenir sa reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Bien au contraire, la diplomatie française, qu’elle soit exprimée par le Quai d’Orsay, l’Élysée ou même la représentation nationale, n’a raté aucune occasion d’affirmer le caractère irréversible de sa position sur le Sahara marocain.
Qu’Alger puisse, après un si lourd bras de fer avec Paris, accepter la politique du dégel de ses relations avec la France révèle deux données fondamentales. La première est que, malgré lui, le régime algérien s’est résigné à accepter la position française, avec tout ce qu’elle implique dans le grand changement des paradigmes de la région, y compris celui consistant à considérer que la tentation séparatiste nourrie par Alger constitue un élément déstabilisateur pour l’ensemble de la région.
«Une éventuelle intervention française sur cette question pourrait alors être perçue comme une manière d’aider le régime algérien à sortir de l’impasse dans laquelle son autisme politique et son hostilité atavique envers le Maroc l’ont enfermé pendant des décennies. »
— Mustapha Tossa
La seconde est que, face à cette dynamique internationale consacrant la marocanité du Sahara, continuer à s’enfermer dans une impasse sans horizon de sortie pourrait devenir très coûteux, tant sur le plan diplomatique qu’économique.
Alors que Paris et Alger se dirigent vers la fin de ce qu’un mélange de pudeur et de langue de bois appelle «une distance diplomatique», pour ne pas dire une crise politique, il n’est pas exclu que la diplomatie française puisse saisir ce momentum franco-algérien pour tenter de ramener le régime algérien à la raison sur les enjeux de sécurité régionale.
L’implication positive d’Alger dans l’exécution du plan d’autonomie marocain, comme l’exigent et l’encouragent les Nations unies, fait partie des comportements que la communauté internationale attend désormais du régime algérien.
Autre signal laissant penser que Paris pourrait finir par lancer une forme de médiation, secrète ou assumée, entre Rabat et Alger: les multiples déclarations françaises selon lesquelles non seulement la France reconnaît la souveraineté du Maroc sur son Sahara, mais qu’elle entend également user de toute son influence et de tout son arsenal diplomatique pour défendre et faire avancer cette nouvelle donne régionale.
Paris est d’autant plus légitime à porter une telle initiative de rapprochement entre les deux pays maghrébins qu’elle a été la puissance coloniale de la région et qu’elle en conserve la mémoire ainsi que les archives. Plus que toute autre capitale européenne, elle dispose des leviers politiques et historiques capables de redonner un nouvel élan à la gestion de cette crise régionale.
Une chose, en revanche, paraît presque certaine: si l’embellie entre Paris et Alger se confirme et que les rencontres à haut niveau se multiplient, la France finira inévitablement par s’impliquer dans une démarche visant à ramener le régime algérien à davantage de pragmatisme et à l’accompagner dans cette mutation devenue difficilement contournable. Une mutation qui suppose, pour Alger, d’adapter son logiciel politique aux nouvelles évolutions internationales autour du dossier du Sahara marocain.
Une éventuelle intervention française sur cette question pourrait alors être perçue comme une manière d’aider le régime algérien à sortir de l’impasse dans laquelle son autisme politique et son hostilité atavique envers le Maroc l’ont enfermé pendant des décennies. Si Paris devait intervenir auprès d’Alger, ce serait avant tout pour aider le régime algérien à défaire les multiples nœuds qu’il s’est lui-même noués autour du cou. En somme, une véritable opération de sauvetage.




