L’heure est à l’action opérationnelle. Tel est le mot d’ordre lancé par la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) aux entreprises nationales, alors que le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne est désormais pleinement opérationnel. «Depuis le 1er janvier 2026, ce garde-fou réglementaire marque la fin de la phase transitoire et l’entrée dans une phase financière, rendant indispensable l’adaptation des exportateurs marocains aux exigences européennes», indique le quotidien L’Économiste dans son édition du lundi 25 mai.
Le groupe OCP a déjà engagé plusieurs actions. Parmi les mesures phares figure le remplacement du transport de 70% de sa production depuis la mine de Khouribga par un pipeline de 187 km jusqu’à l’usine de traitement de Jorf Lasfar. Cette initiative a permis d’éviter l’émission de 665.000 tonnes de CO₂, illustrant les gains environnementaux et économiques réalisables.
Le MACF, outil clé du Pacte vert européen, vise à prévenir les fuites de carbone et à garantir des conditions équitables de concurrence. Actuellement, il s’applique à six secteurs à forte intensité carbone : le fer et l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’hydrogène et l’électricité. «Pour les exportateurs marocains, le passage de l’étape déclarative à la phase financière représente un double défi : technique, avec la traçabilité des émissions, et économique, en raison du coût du carbone», note L’Économiste.
Lors d’une réunion organisée à Tanger avec le soutien de la Chambre de commerce, d’industrie et de services (CCIS) Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, du Centre régional d’investissement (CRI) et des partenaires ENGIE, Solar Power, SGS et Tamwilcom, l’ASMEX a réuni dirigeants industriels, PME exportatrices et institutions financières. «La transition écologique devient une exigence économique et un facteur déterminant de compétitivité. Face au CBAM de l’Union européenne, notre principal partenaire commercial, nous ne sommes plus dans l’attente, mais dans l’adaptation et l’action», Hassan Sentissi El Idrissi, président de l’ASMEX.
«L’événement a permis de présenter une boîte à outils immédiatement mobilisable par les industriels», relate L’Économiste. L’autoproduction électrique et l’efficacité énergétique figurent en tête de liste. L’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE) a détaillé le cadre réglementaire national, notamment la loi 82-21 sur l’autoproduction électrique, qui autorise l’injection et la valorisation de l’énergie propre. ENGIE et Solar Power ont démontré, à travers des cas concrets, que le solaire en autoconsommation permet de réduire la facture d’électricité jusqu’à 40% et les consommations globales de 30%.
Sur le plan financier, Tamwilcom a présenté son offre Green Invest, offrant un cofinancement pouvant atteindre 40% du crédit à un taux préférentiel de 2,5% sur 12 ans, avec 4 ans de différé. La garantie «Damane Istitmar» couvre, quant à elle, 70% des projets verts.
L’ASMEX a également dévoilé une Matrice d’action export 2026 sectorielle, articulée autour de cinq priorités à engager dans les prochains mois : diagnostic de l’exposition réelle, structuration des données carbone internes, réalisation d’audits énergétiques, simulation des coûts carbone futurs et mobilisation des dispositifs d’appui financier.
À court terme, l’impact du MACF sur le Maroc reste limité, avec seulement 3 % des exportations concernées, principalement les engrais. Toutefois, l’extension prévue de ce mécanisme aux secteurs de l’automobile, du textile et de l’agroalimentaire portera cette exposition à près de 10 % des exportations d’ici 2028. Or, la pression commerciale devance déjà la réglementation. Les donneurs d’ordre européens imposent, dès aujourd’hui, des questionnaires ESG et des exigences de traçabilité carbone à leurs sous-traitants. Pour l’ASMEX, le MACF ne doit pas être perçu comme une contrainte, mais comme un levier de compétitivité et un outil de différenciation commerciale.




