Algérie: la paranoïa du régime fabrique un complot marocain pour masquer le fiasco électoral

Un bureau de vote quasi-désert en Algérie, le 2 juillet 2026.

Un bureau de vote quasi-désert en Algérie, le 2 juillet 2026. AFP or licensors

Pour masquer le désert abyssal des urnes et l’historique déroute des législatives du 2 juillet 2026, marquées par un boycott historique en Algérie et un rejet total en Kabylie, la junte militaire d’Alger ressort sa vieille recette éculée: le complot de l’étranger. En annonçant l’arrestation rocambolesque de militants kabyles et de ressortissants marocains accusés d’avoir saboté le scrutin, le régime s’enfonce dans une dérive paranoïaque ridicule. Décryptage d’une grossière manœuvre de diversion.

Le 14/07/2026 à 15h59

C’est une règle immuable de la physique politique d’Alger: plus le fossé se creuse entre le pouvoir et le peuple, et plus le désert des urnes est abyssal, plus le délire conspirationniste du régime se fait bruyant. Face à la déroute historique des dernières élections législatives de juin 2026, la junte militaire n’a trouvé d’autre moyen pour masquer sa faillite que de ressortir sa vieille recette éculée: l’invention d’une menace extérieure et la désignation obsessionnelle de son bouc émissaire favori, le Maroc.

Dans cette énième pièce de théâtre de piètre facture, le pouvoir algérien tente désespérément de faire oublier un scrutin boudé par l’immense majorité des citoyens, en agitant le spectre d’une alliance subversive maroco-kabyle. Une grossière manœuvre de diversion qui ne trompe plus personne.

Pour faire oublier la débâcle électorale, la dernière trouvaille du régime d’Alger frise en effet le ridicule. Lundi 13 juillet 2026, le ministère de la Défense nationale (MDN) a publié un communiqué annonçant avec un sérieux papal le démantèlement d’un «groupe criminel» dans la wilaya de Tizi-Ouzou, chef-lieu de la Kabylie. La cible? Six membres du très pacifique Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé terroriste par la junte... dont quatre ressortissants marocains.

Selon la propagande officielle, et «dans le cadre des opérations de terrain menées pour assurer la sécurité des citoyens et grâce à une utilisation optimale du renseignement, les services centraux de la sûreté de l’Armée dans la wilaya de Tizi-Ouzou ont démantelé un groupe criminel composé de six individus appartenant au mouvement terroriste MAK [...], quatre d’entre eux sont des ressortissants marocains en situation irrégulière en Algérie».

Le ridicule atteint son paroxysme lorsque le MDN affirme, sans sourciller, que ces six individus étaient «actifs dans la région pendant les élections législatives, avec pour objectif de perturber le bon déroulement du scrutin et d’empêcher les citoyens de voter». Une mise en scène grossière que le régime tente de vendre comme une preuve de sa puissance. «Cette opération témoigne de la vigilance des différents services de sécurité et de leur capacité à déjouer les complots criminels en arrêtant tous les membres de ce groupe subversif, qui visait à déstabiliser la sécurité et la stabilité du pays», lit-on. On est tenté d’applaudir. Mais attribuer le boycott massif de tout un pays et d’une région entière à l’action de quatre Marocains en situation irrégulière relève d’un scénario de série B, écrit à la va-vite par des services de sécurité totalement déconnectés du réel.

La réalité que ce mensonge d’État tente désespérément de dissimuler est d’une violence inouïe pour le pouvoir: les Algériens ont définitivement divorcé d’avec leurs dirigeants. Officiellement, le taux de participation national s’est limité à un très maigre 20%. Sous la botte d’un régime passé maître dans l’art de la manipulation des chiffres, la réalité est encore plus sombre. Pour obtenir des données un tant soit peu crédibles en Algérie, il faut généralement diviser les statistiques officielles par quatre. Et dans tous les cas, nous faisons face au plus faible taux de participation de toute l’histoire de l’Algérie.

Un non-vote comme manifeste d’indépendance

Le célèbre historien français et africaniste réputé Bernard Lugan résume parfaitement cette fracture dans sa chronique du 14 juillet 2026, publiée dans Le360: «C’est donc bien un Hirak silencieux qui se déroule en Algérie où 80% des Algériens montrent, élection après élection, qu’à leurs yeux, le “Système” est illégitime».

Ce rejet massif des urnes en juillet 2026 fait directement écho à la réélection surréaliste d’Abdelmadjid Tebboune en septembre 2024, où il s’était octroyé un score soviétique de 94,65% des voix, sur fond d’un taux de participation qui oscillait lui aussi péniblement, et très hypothétiquement, autour des 20%. Le message du peuple est limpide. Ce pouvoir n’a aucune légitimité.

Si le désert électoral a frappé toute l’Algérie, c’est en Kabylie que le régime a subi sa plus cinglante humiliation. Officiellement fixée à 15%, la participation réelle y frôle en vérité le néant. Interrogé sur cette mascarade, Aksel Bellabbaci, conseiller du président du MAK et figure marquante du mouvement, livre une analyse percutante et fluide de la situation. Pour lui, «c’est une autre gifle magistrale pour le régime. Officiellement, ils parlent de 15% en Kabylie, mais nous savons tous que ce chiffre est outrageusement gonflé. En réalité, le taux de participation ne touche même pas les 1%», nous explique-t-il.

Pour illustrer cette fraude grotesque, Bellabbaci évoque des preuves flagrantes partagées sur les réseaux sociaux. «À la fin du scrutin dans un bureau de vote de Tizi-Ouzou, le dépouillement a révélé seulement 13 bulletins déposés dans l’urne, dont 2 nuls. Il ne restait donc que 11 votes valides, alors que la liste des candidats en lice dépassait les 30. Les votants étaient trois fois moins nombreux que les candidats eux-mêmes. Cela démontre l’ampleur du drame algérien», ajoute-t-il.

Le régime avait pourtant jeté toutes ses forces dans la bataille, allant jusqu’à contraindre Abdelmadjid Tebboune à effectuer une visite de propagande en Kabylie pour tenter de séduire la population. Un coup d’épée dans l’eau. «Cette visite forcée n’a absolument rien donné. Le peuple kabyle, contraint aujourd’hui de vivre dans une véritable prison à ciel ouvert, a choisi de s’exprimer par un silence assourdissant. Le boycott aussi systématique que massif des Kabyles à chaque scrutin est la preuve qu’il ne se reconnaît pas dans le délire d’Alger», explique Bellabbaci.

Plus qu’un simple refus de voter, cette abstention historique s’apparente à un véritable manifeste d’indépendance du peuple kabyle, qui refuse de cautionner le régime d’Alger. «Depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir, c’est la cinquième fois que le peuple kabyle s’exprime en boudant massivement les urnes. Pour nous, chacun de ces scrutins boycottés est un référendum pour l’autodétermination et ce régime n’a aucune légitimité chez nous», souligne Bellabbaci.

Appel à la prudence

Dans ce décor de déliquescence généralisée, accuser le MAK et le Maroc relève de la survie politique pour les généraux d’Alger. La paranoïa d’Alger ne se limite pas à des discours de propagande. Elle met en danger des vies humaines. Non contents de travestir la réalité des urnes en une fiction d’espionnage bon marché, les relais médiatiques du régime d’Alger viennent de franchir un nouveau cap dans l’abject. Dans le sillage du communiqué du MDN, les officines de propagande de la junte sonnent désormais ouvertement l’hallali contre la communauté marocaine. Pour justifier ce qui s’apparente à une véritable incitation à la haine et à une chasse aux sorcières xénophobe, les plumitifs du pouvoir n’hésitent pas à brandir le chiffre totalement farfelu et grotesque d’«un million de Marocains clandestins» qui infestent le territoire algérien. Un délire statistique destiné à instiller la peur au sein d’une opinion publique affamée, en transformant un petit nombre de modestes travailleurs immigrés en de supposées «cellules dormantes» à la solde d’une fantasmatique «alliance maroco-sioniste».

Pire encore, dans une rhétorique qui donne le vertige, ces chiens de garde du régime osent transposer à l’Afrique du Nord les méthodes d’infiltration du Mossad en Iran pour réclamer l’épuration pure et simple du territoire. Avec une indécence rare, la propagande d’Alger va jusqu’à exhumer avec une fierté perverse l’un des épisodes les plus sombres et les plus inhumains de l’histoire algérienne: l’expulsion criminelle, un jour de l’Aïd, en décembre 1975, par Houari Boumediene, de 350.000 civils marocains arrachés à leurs familles en représailles à la Marche verte. Brandir aujourd’hui cette tragédie humaine comme un «modèle de fermeté chirurgicale» et menacer de réitérer cette ignominie prouve une chose: face à sa propre faillite politique et morale, le régime d’Alger est prêt à réactiver ses pires réflexes de terreur d’État et à sacrifier des vies humaines pour assurer sa propre survie.

Devant cette dérive et la recherche frénétique de coupables extérieurs par la junte, Aksel Bellabbaci lance un appel solennel et inquiet aux ressortissants marocains. «C’est un appel difficile mais nécessaire que je lance à nos frères et sœurs marocains: pour leur propre sécurité, ils doivent quitter la Kabylie et l’Algérie au plus vite. Face à un régime aux abois prêt à sacrifier des innocents à des fins purement politiques, ils risquent malheureusement leur liberté et leur vie. Nous espérons qu’un jour la situation changera et que nous pourrons les accueillir à nouveau en frères dans une Kabylie libre, mais l’heure est aujourd’hui à la plus grande prudence», plaide-t-il.

La prétendue «arrestation de terroristes marocains du MAK» n’est que le dernier symptôme d’un régime algérien en phase de décomposition avancée. Incapable d’offrir la moindre perspective économique à sa jeunesse, rejeté par l’écrasante majorité de sa propre population et terrifié par les aspirations démocratiques de la Kabylie, le pouvoir militaire d’Alger ne tient plus que par la force, le mensonge et la haine obsessionnelle du Maroc. Mais à force d’agiter des complots imaginaires pour masquer ses fiascos réels, le régime ne récolte plus que le mépris de ses voisins et le silence glacial de son propre peuple. Un silence qui, à n’en pas douter, porte en lui les germes de l’effondrement inéluctable du système.

Par Tarik Qattab
Le 14/07/2026 à 15h59