Le Maroc vient d’amorcer un tournant décisif dans l’organisation de sa finance durable en lançant une consultation publique sur son projet de Taxonomie financière verte. Ce nouveau cadre stratégique s’inscrit dans la feuille de route de développement de la finance climat à l’horizon 2030. «Il vise à soutenir les engagements climatiques du Royaume, notamment sa contribution déterminée au niveau national révisée, qui cible une baisse de 53% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, ainsi que sa stratégie nationale bas carbone à l’horizon 2050», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 14 juillet. Porté par une large coalition d’institutions nationales, dont le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, l’AMMC, l’ACAPS et le ministère de la Transition énergétique, le projet bénéficie également du soutien technique de la Banque mondiale, d’Expertise France et du Groupe AFD.
Loin d’être un simple outil technique, cette taxonomie ambitionne de devenir la boussole de la finance verte au Maroc en établissant une définition rigoureuse et scientifique des activités économiques durables. En harmonisant les règles du jeu, elle permettra aux établissements bancaires, aux investisseurs et aux régulateurs d’orienter efficacement les flux financiers, de se prémunir contre le risque d’écoblanchiment et de stimuler l’investissement privé vers des projets respectueux de l’environnement.
Dans sa première phase, le référentiel se concentre sur les secteurs les plus émetteurs ou les plus vulnérables aux dérèglements climatiques. Le volet consacré à l’atténuation cible en priorité l’énergie, les transports et l’industrie manufacturière. Dans le domaine énergétique, des critères stricts sont ainsi fixés, comme un seuil maximal d’émissions de 100 grammes de CO2 par kilowattheure pour la production d’électricité, ou encore une limite de 3 tonnes de CO2 équivalent par tonne produite pour l’hydrogène bas carbone. D’autres secteurs clés, comme la sidérurgie, le ciment, le textile ou la production d’engrais phosphatés, sont également concernés. «Le volet de l’adaptation, quant à lui, couvre la gestion de l’eau, les infrastructures et l’agriculture afin de renforcer la résilience du territoire face au stress hydrique, aux vagues de chaleur et aux risques d’inondations», souligne L’Economiste.
Sur le plan méthodologique, le système repose sur une classification à trois couleurs: vert, orange et rouge. Si les projets classés verts répondent aux plus hauts standards environnementaux, la catégorie orange offre une trajectoire de transition réaliste aux entreprises engagées dans un processus de décarbonation, avec une échéance fixée au 31 décembre 2035. La catégorie rouge désigne, en revanche, les activités incompatibles avec les ambitions climatiques de l’État. Les concepteurs du projet précisent toutefois que cette taxonomie demeure un outil incitatif et non punitif. Une classification en rouge n’entraîne aucune interdiction légale, mais prive simplement le projet concerné de l’appellation d’investissement vert. Par ailleurs, pour être considéré comme conforme, chaque projet devra respecter des garanties sociales minimales ainsi que le principe consistant à ne pas causer de préjudice important aux autres objectifs environnementaux, un critère pour lequel les PME bénéficieront d’un régime allégé.
La consultation publique, dont les documents explicatifs sont accessibles sur le portail du ministère des Finances, restera ouverte jusqu’au 31 juillet 2026. Les retours des différents acteurs économiques permettront d’affiner ce texte évolutif avant sa mise en œuvre. «À terme, cette harmonisation technique facilitera l’intégration du marché financier marocain aux standards internationaux, notamment à la taxonomie européenne et aux normes de la Climate Bonds Initiative, assurant ainsi une attractivité accrue pour les investisseurs internationaux engagés dans la transition écologique», conclut L’Economiste.




