Espagne. Le Parti populaire plus «anti-marocain» que jamais: la réplique cinglante d’Albares aux attaques de Rajoy

De gauche à droite: le leader du Parti Populaire espagnol Alberto Núñez Feijóo et Mariano Rajoy, ancien chef du gouvernement issu de la même formation politique.

De gauche à droite: le leader du Parti populaire espagnol Alberto Núñez Feijóo et Mariano Rajoy, ancien chef du gouvernement issu de la même formation politique.

En qualifiant le Parti populaire (PP) de formation «anti-marocaine» depuis Bruxelles, le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a sonné la charge contre une opposition conservatrice oscillant entre dérapages xénophobes de l’ancien chef de gouvernement Mariano Rajoy et provocations d’Alberto Núñez Feijóo, son leader, sur le dossier du Sahara. Une stratégie de l’épouvantail qui marche à contre-courant de l’Histoire, des réalités géopolitiques et des intérêts stratégiques de l’Espagne.

Le 13/07/2026 à 15h52

C’est un réquisitoire d’une rare violence politique qui a résonné dans les couloirs de Bruxelles. En marge d’une réunion ministérielle européenne tenue ce lundi 13 juillet, le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, José Manuel Albares, a frontalement attaqué la principale force d’opposition de son pays, le Parti populaire (PP), en la qualifiant sans détour de formation «anti-marocaine».

Ce coup de sang diplomatique fait suite à une énième provocation venue de l’appareil conservateur espagnol, illustrant une fois de plus la dérive d’une droite en rupture ouverte avec les réalités géopolitiques contemporaines et les intérêts stratégiques de son propre pays. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres provient d’un article publié par l’ancien chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, dans le journal El Debate. Dans une sortie aux relents xénophobes manifestes, la figure de proue du PP a redoublé de racisme en affirmant que l’équipe de France de football «ne compte pas de joueurs français». La toile de fond n’est autre que le prochain duel entre l’Espagne et la France en demi-finales de la Coupe du monde.

Une déclaration jugée «absolument inacceptable» par la diplomatie espagnole, contraignant José Manuel Albares à décrocher son téléphone en urgence pour rassurer son homologue français et certifier que ces propos ne reflétaient en rien la position officielle de Madrid. Le ministre a exigé du leader actuel du PP, Alberto Núñez Feijóo, un désaveu immédiat de son prédécesseur, tout en sommant le média de procéder à une rectification urgente.

Au-delà du cas français, Albares a profité de cette tribune pour dénoncer la toxicité globale de la rhétorique du PP à l’égard de ses voisins, fustigeant une incapacité chronique à manier l’art de la diplomatie. «Il s’agit depuis longtemps d’un parti anti-marocain, adoptant des positions ouvertement hostiles à cette phase exceptionnelle d’amitié que nous entretenons avec le Maroc», a expliqué Albares.

Agitation stérile

Le chef de la diplomatie espagnole a également fustigé les manœuvres du PP visant à détériorer les relations avec Alger en distillant de fausses informations. Ceci, alors que le régime d’Alger a cédé devant la fermeté de Madrid dans son soutien au Maroc sur l’affaire du Sahara, après avoir un temps rompu son traité d’amitié avec l’Espagne, réduit ses exportations de gaz et rappelé son ambassadeur. «Je comprends que tout le monde ne maîtrise pas plusieurs langues, mais il en est une que chacun devrait parler: celle du bon voisinage, de l’amitié et des grands partenariats», a répliqué Albares.

Cette mise au point d’Albares met en lumière le double jeu malsain et de plus en plus isolé du Parti populaire. Alors que la souveraineté marocaine sur le Sahara est désormais consolidée sur le plan international, le parti d’Alberto Núñez Feijóo multiplie les initiatives anachroniques pour saboter les relations bilatérales. Cette hostilité s’articule autour de plusieurs axes systématiques. Le PP a déposé une «proposition» exigeant du gouvernement espagnol qu’il revienne sur son soutien au plan d’autonomie marocain. Le parti réclame même une enveloppe de 7 millions d’euros pour les camps de Tindouf, cherchant à donner un poids politique à un mouvement séparatiste aux abois.

S’y ajoute une véritable surenchère souverainiste, matérialisée par l’organisation récente d’une réunion de la direction du PP à Melilla, orchestrée par Feijóo sous prétexte de défendre la souveraineté espagnole et relevant d’une mise en scène électoraliste grossière. Le but est d’agiter le chiffon rouge d’une «menace marocaine» imaginaire auprès de l’électorat conservateur. Le PP s’en prend qui plus est régulièrement aux importations agricoles marocaines sous couvert de «concurrence déloyale», allant jusqu’à inventer une prétendue évasion fiscale sur les tomates afin de séduire le vote agricole espagnol.

«En s’obstinant à faire une place au Polisario dans ses meetings ou en s’attaquant aux intérêts économiques maroco-espagnols, le PP ne défend pas l’Espagne. Au contraire, il met en péril ses propres intérêts stratégiques. Les secteurs agricoles, logistiques et sécuritaires espagnols dépendent structurellement de la coopération avec Rabat», note cet observateur. En s’attaquant au Maroc, ou encore à la France, le PP s’enfonce dans un isolement stérile, marchant résolument à reculons face au sens de l’Histoire.

Par Tarik Qattab
Le 13/07/2026 à 15h52