Les élections algériennes... Quelles élections?

Xavier Driencourt.

ChroniqueComme à chaque élection, les mêmes images circulent: celles de militaires au crâne bien rasé, mal à l’aise dans leurs tenues civiles, que l’on envoie voter une fois, deux fois, plusieurs fois dans la journée pour faire masse et montrer des bureaux de vote remplis d’électeurs joyeux et impatients.

Le 14/07/2026 à 15h57

Un événement considérable a eu lieu la semaine dernière, un événement que le monde entier attendait, plus important que le sommet de l’OTAN à Ankara et plus considérable que la Coupe du monde de football: les élections législatives algériennes.

Qui les a relevées? Quel commentateur les a notées ou commentées?

Il s’agissait en effet d’élire les 407 députés de l’APN, l’Assemblée populaire nationale. Quatre cent sept députés chargés de voter les lois et, en théorie, de contrôler le gouvernement. Mais est-ce bien la réalité à Alger?

Les députés de l’APN n’ont quasiment aucun pouvoir. Chambre d’enregistrement, l’Assemblée approuve massivement les textes législatifs que le gouvernement lui soumet. Elle ne renverse aucun gouvernement, ne censure jamais et, surtout, les élections législatives servent, comme la présidentielle, de «village Potemkine» au décor démocratique algérien. Les derniers résultats n’ont d’ailleurs réservé aucune surprise, le FLN et le RND, partis liés au pouvoir, s’attribuant un grand nombre de sièges.

On a pu voir, le jour du scrutin, sur les réseaux sociaux, des foules attendant patiemment, sous un soleil de plomb, l’ouverture des bureaux de vote. Comme à chaque élection, les mêmes images circulent: celles de militaires au crâne bien rasé, mal à l’aise dans leurs tenues civiles, que l’on envoie voter une fois, deux fois, plusieurs fois dans la journée pour faire masse et montrer des bureaux de vote remplis d’électeurs joyeux et impatients.

Car, en réalité, le résultat de l’élection importe peu. Le seul indicateur, le seul qui compte, est celui de la participation électorale. Un pays où la participation est élevée est un pays en bonne santé démocratique, un pays dans lequel les citoyens s’intéressent à la construction de leur avenir comme à celui de leur pays. Or, en Algérie, le taux de participation à chaque élection présidentielle ou législative constitue le véritable baromètre de la santé démocratique du pays. En 2026, le taux officiel a été annoncé à moins de 21% (20,79% exactement).

Le taux de participation, seul indicateur qui compte, baisse régulièrement. Il était – officiellement – de 65,6% en 1997. En 2002 puis en 2007, sous le règne de Bouteflika, il s’établissait respectivement à 46% et 35,5%. En 2012, il atteignait 43%, avant de retomber à 35,7% en 2017. Les dernières élections législatives post-Hirak affichaient un taux de 23%.

«Les électeurs algériens savent que tout est joué d’avance, participation comme résultats. À quoi bon se déplacer, même lorsque les facilités administratives le permettent, pour cautionner un système politique qui ne tient aucun compte du choix des électeurs?»

—  Xavier Driencourt

Je me souviens d’une élection, lors de mon premier mandat d’ambassadeur en Algérie. À l’intérieur de l’ambassade, nous avions lancé un pari sur le taux de participation comme sur le résultat final. Surprise: l’un d’entre nous, en lien avec les «services», avait prédit exactement les deux chiffres, participation et résultat, qui avaient été concoctés à l’avance à El Mouradia.

La baisse régulière de la participation électorale s’explique donc aisément: les électeurs algériens savent que tout est joué d’avance, participation comme résultats. À quoi bon se déplacer, même lorsque les facilités administratives le permettent, pour cautionner un système politique qui ne tient aucun compte du choix des électeurs?

Le pouvoir a toujours appliqué une tactique bien rodée pour «faire croire», notamment aux pays européens, à l’existence d’un véritable jeu démocratique: favoriser l’éparpillement des partis politiques, multiplier les formations afin de créer des oppositions facilement achetables et corruptibles, tout en privilégiant les partis traditionnels, anciens et structurés, le FLN historique comme le RND des années Bouteflika-Ouyahia. Une tactique éprouvée qui facilite l’émiettement des groupes parlementaires.

En outre, alors que l’organisation des élections avait été confiée à une autorité dite «indépendante», l’ANIE (Autorité nationale indépendante des élections), il a été décidé, en mars dernier, de lui retirer cette compétence pour la confier au ministère de l’Intérieur et, pour les élections organisées à l’étranger, au ministère des Affaires étrangères.

Mais cette année, le gouvernement Tebboune, peu sûr de ses propres résultats, a invalidé près d’un tiers des candidatures sous divers prétextes, notamment des liens supposés avec des milieux financiers, ce qui laisse une large marge d’interprétation, en application de l’article 200 de la nouvelle loi électorale. Cette disposition permet, de fait, d’écarter les candidats dont le pouvoir ne veut pas. La faiblesse de la participation électorale en est également une conséquence.

Le taux de participation demeure donc le seul indicateur à surveiller. Celui de la Kabylie est particulièrement scruté. Dans cette région traditionnellement opposée au pouvoir central, où les partis officiels sont massivement rejetés, la Kabylie manifeste son opposition au régime d’Alger par une abstention massive qui s’apparente à un véritable boycott des urnes. Le taux officiel de participation y serait d’environ 15%, un chiffre déjà très faible, même s’il reste supérieur aux 2% habituellement observés lors de ce type de scrutin. Les quelque quarante députés kabyles élus sur les 407 que compte l’APN sont d’ailleurs qualifiés de «KDS», pour «Kabyles de service».

C’est dire que ces élections constituaient un événement important et que la presse internationale a eu tort de ne pas s’y intéresser davantage.

Par Xavier Driencourt
Le 14/07/2026 à 15h57