Après Tebboune, Attaf: ce que le soutien algérien à la résolution 2797 dit de l’inconstance du régime

Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères.

Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères.. AFP or licensors

En l’espace de quelques mois, le régime est passé d’un soutien inconditionnel au Polisario à une participation contrainte aux négociations sous égide américaine. Aujourd’hui, il apporte un appui franc à la résolution 2797 consacrant le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. Cette position a été exprimée par le président Tebboune et formellement actée par son ministre des Affaires étrangères dans un discours, dimanche 24 mai 2026 à Alger. De quoi signer l’effondrement d’un pouvoir aux prises avec ses propres contradictions.

Le 25/05/2026 à 12h58

Il y a une évidence qui n’échappe à aucun observateur averti de la scène maghrébine et africaine: oscillant entre dogmatisme idéologique et pragmatisme forcé, l’Algérie a pour particularité son inconstance pathologique. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’un dossier aussi existentiel pour le pouvoir algérien, le Sahara occidental, ce balancement devient non seulement frappant mais proprement choquant. L’incohérence, ici, n’est plus un simple travers. Elle révèle une stratégie en lambeaux.

Après avoir non seulement alimenté le conflit et institutionnalisé pendant un demi-siècle, en se posant en avocat intransigeant de la «cause» sahraouie, en abritant, finançant et armant le Polisario, Alger opère aujourd’hui un virage à 180 degrés, non par conviction, mais par nécessité. Le changement de fusil d’épaule est loin d’être une évolution doctrinale. C’est un aveu de défaite stratégique, masqué derrière un discours réinventé.

Le précédent début mai du président Tebboune avait déjà révélé cette tendance. Mais la sortie, hier, de son ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf dépasse l’entendement, marquant l’apogée d’une politique étrangère devenue otage de ses propres contradictions. Ainsi donc, et dans un discours soigneusement préparé pour la Journée de l’Afrique, dimanche 24 mai au siège du ministère à Alger, le chef de la diplomatie algérienne a livré une performance qui, si elle avait été jouée sur une scène, aurait mérité une standing ovation. Le texte, écrit à l’avance, était une partition savamment orchestrée, où chaque note devait servir à justifier une nouvelle posture.

On passera pudiquement sur le caractère pathétique de l’argumentaire invoqué pour justifier la participation algérienne aux négociations en cours, menées sous égide américaine et onusienne. Alger, qui avait jusqu’ici clamé haut et fort son refus de toute table ronde, rejetant avec mépris les initiatives onusiennes, se retrouve aujourd’hui contrainte de s’asseoir à la même table. Le prétexte invoqué, une participation «en tant que pays voisin et observateur», est d’une indigence rare. À moins que la carte de la région n’ait été redessinée entre octobre 2025 et mai 2026, force est de constater que l’argumentaire algérien repose sur une fiction juridique et territoriale.

La posture mensongère atteint son paroxysme avec l’argument selon lequel «les derniers développements ont confirmé la justesse de la position de l’Algérie, qui n’a cessé depuis cinq décennies d’appeler à l’ouverture de pourparlers directs et bilatéraux entre le Royaume du Maroc et le front Polisario». Une affirmation qui relève de la falsification historique. Car si l’Algérie a toujours poussé, c’est vers l’affrontement. Le double langage ne tient absolument pas et pour un diplomate, c’est honteux. Là encore, passons. Il y a plus croustillant.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’Algérie se félicite aujourd’hui de la reprise, en début d’année, des pourparlers, et qu’elle consent à y participer. Mieux, elle se targue d’appuyer toutes les résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara, y compris la résolution 2797, adoptée en octobre 2025. C’est écrit noir sur blanc et dit on ne peut plus clairement. Ahmed Attaf a assuré que l’Algérie espère «sincèrement» et avec «ferveur» que les négociations aboutissent «conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies, y compris la plus récente résolution 2797 du Conseil de sécurité, et qui contribue à créer les conditions et les fondements du rétablissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans toute la région du Maghreb».

Vous avez bien lu et les récentes déclarations du président Abdelmadjid Tebboune avaient déjà balisé le terrain. Le 2 mai dernier, la télévision publique algérienne diffusait un énième bavardage présidentiel, où celui-ci affirmait, avec un aplomb déconcertant, que pour «le Sahara occidental, il y a une résolution de l’ONU. Elle est en train de faire son chemin». Une phrase qui sonne comme un aveu: le régime algérien, après avoir tout tenté pour faire échouer ce texte, est désormais contraint de s’y soumettre.

Or, cette résolution, que l’Algérie a combattue bec et ongles, consacre le plan d’autonomie marocain sous souveraineté marocaine. Un texte que le régime algérien a tenté de saboter par tous les moyens. Pire: l’Algérie n’a pas participé au vote de cette même résolution, alors même qu’elle siégeait au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent. Une absence en guise de protestation mais qui a suffi à dire son isolement et son incapacité à peser sur le cours des événements. Le texte désigne explicitement l’Algérie comme partie prenante directe au différend, la sommant de participer aux négociations. Une humiliation stratégique que le régime algérien, dans sa fuite en avant, semble avoir acceptée mais qu’il tente aujourd’hui de travestir.

À travers Ahmed Attaf, l’Algérie, qui avait tout fait pour bloquer l’adoption de cette résolution, qui en avait contesté le contenu article par article, qui avait exprimé son rejet catégorique immédiatement après son adoption, se retrouve aujourd’hui à en vanter les mérites. Le drame est que c’est le même Attaf qui, le 2 novembre 2025, soit le lendemain de l’adoption de la résolution 2797, avait solennellement rejeté ce texte lors d’un passage taillé sur mesure sur la chaine publique AL24 News. Aujourd’hui, c’est ce même ministre qui en fait l’éloge. Ce changement n’est pas une évolution, mais une capitulation.

Ni Tebboune ni Attaf n’auront le courage de l’admettre mais leur simple adhésion à une résolution que le régime d’Alger a tout fait pour détruire est la preuve ultime que les plaques tectoniques de la diplomatie algérienne ont cédé. Le régime, après avoir misé sur le tout-Polisario et sur le soutien de quelques alliés opportunistes, doit désormais composer avec une réalité géopolitique implacable: le plan marocain d’autonomie est devenu la seule solution viable, reconnue massivement par l’ensemble de la communauté internationale.

Le fait même qu’Alger défende aujourd’hui des «négociations directes» entre le Maroc et le Polisario est un aveu d’échec. Si négociation il doit y avoir avec cette milice armée, ce sera autour de deux questions: la mise en œuvre du plan d’autonomie et le retour des populations sahraouies séquestrées à Tindouf. L’Algérie le sait et semble s’y préparer.

Qu’a-t-il donc pu se passer entre octobre 2025 et mai 2026 pour provoquer un tel retournement? Deux facteurs majeurs. D’abord, une pression américaine croissante. Ensuite, un alignement quasi unanime de la communauté internationale sur le plan marocain, perçu comme la seule issue réaliste à un conflit qui dure depuis plus de cinquante ans. En face, l’Algérie, plus que jamais isolée sur ce dossier– mais pas seulement–, est désarmée. A-t-elle enfin compris que le match était perdu? Ou s’agit-il d’une simple tactique dilatoire, destinée à gagner du temps? Une chose est sûre: le rouleau compresseur de l’Histoire a déjà passé. Et le régime algérien, après avoir joué avec le feu pendant des décennies, se retrouve aujourd’hui les mains brûlées.

Par Tarik Qattab
Le 25/05/2026 à 12h58