Le fossile avait été endommagé lors d’une ancienne exposition consacrée à la préhistoire de Casablanca. Plusieurs jours de travail ont été nécessaires pour le consolider et le préparer en vue d’analyses.
«Nous avons fourni un effort colossal pendant plusieurs jours pour sauver et ressusciter ce crâne exceptionnel de rhinocéros, afin de pouvoir l’étudier et y effectuer un échantillonnage pour d’éventuelles études protéomiques», explique Abderrahim Mohib, archéologue co-directeur du programme de recherche «Préhistoire de Casablanca».
Vue du crâne fossile de rhinocéros découvert dans la grotte des rhinocéros, à la carrière Oulad Hamida 1. (A.Mohib)
Abimé lors d’une ancienne exposition à Casablanca, le spécimen est daté de plus de 700.000 ans. L’équipe lui a attribué provisoirement le prénom d’Aïcha. «Il nous reste à confirmer ou infirmer prochainement s’il s’agit d’une femelle ou d’un mâle», précise Abderrahim Mohib.

«Au cours de notre dernière mission entre le 10 et le 31 mai, nous avons entre autres axé nos travaux sur le démarrage de nouvelles études paléontologiques, taphonomiques et protéomiques sur ces espèces de rhinocéros datées à plus de 700.000 ans», indique le chercheur.
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Ces analyses portent en particulier sur les protéines fossiles conservées dans les ossements. «Les études paléoprotéomiques pourraient apporter de nouvelles données sur l’évolution des espèces, leur parenté, leur sexe», ajoute-t-il.
Contrairement à l’ADN, qui devient généralement inexploitable au-delà de quelques dizaines de milliers d’années, les protéines présentent l’avantage de se conserver sur des périodes bien plus longues, ce qui en fait un matériau d’analyse précieux pour des fossiles du Pléistocène moyen.
Les recherches visent aussi à mieux cerner la population animale qui occupait le site. «Ces études nous permettront d’avoir une idée sur l’âge, le poids et le nombre d’individus sur les niveaux archéologiques du site de la grotte des rhinocéros», explique Abderrahim Mohib. Les ossements livrent également des indices sur les pratiques humaines de l’époque.
«Les traces et les marques de boucherie sur les os de cet animal apporteront d’autres informations sur les comportements de subsistance de nos ancêtres», conclut-il.
Trente-cinq ans de fouilles et autant de découvertes
Découverte le 6 mai 1991, la grotte des rhinocéros est la première cavité préhistorique de Casablanca à avoir été fouillée avec des méthodes d’enregistrement détaillé en coordonnées cartésiennes. Les campagnes menées en 1991 puis en 1996 ont mis au jour 3.485 objets lithiques et 1.154 macro-restes fauniques, dont une douzaine de crânes entiers de rhinocéros qui ont donné son nom au site.
D’autres campagnes de fouilles ont suivi entre 2005 et 2009, puis les missions se sont poursuivies au fil des années suivantes, chacune apportant son lot de découvertes et d’analyses. Trente-cinq ans après sa découverte, la grotte des rhinocéros continue de livrer ses secrets et le crâne d’Aïcha en est la dernière illustration.















