L’hémicycle fait face au miroir de son absentéisme à travers une radiographie profonde d’une crise de représentation et d’un système de privilèges contesté. Le phénomène de l’absentéisme parlementaire vient d’atteindre des proportions inédites, marquant un record historique au cours de l’actuelle session printanière.
Cette session revêt pourtant une importance capitale, puisqu’elle constitue la dernière ligne droite de la législature en cours, période durant laquelle de nombreux projets et propositions de lois cruciaux sont mis sur la table, indique le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 13 et 14 juin. Malheureusement, les débats se déroulent dans un hémicycle désespérément vide, où la présence dépasse rarement, dans le meilleur des cas, quatre députés seulement. Ce fut notamment le cas de manière flagrante lors des récentes discussions portant sur le projet de loi relatif aux chiens dangereux ou encore sur la réforme très attendue du code de la profession d’avocat.
Face à ce désengagement flagrant, une vive indignation s’empare de l’opinion publique et de certaines sphères politiques, notamment en raison du refus obstiné des parlementaires de renoncer aux multiples privilèges financiers et matériels qui leur sont alloués. Alors que leur assiduité est réduite au strict minimum, les députés continuent de percevoir l’intégralité de leurs indemnités de transport, leurs abonnements de carburant, ainsi que diverses autres primes mensuelles versées par le bureau de la Chambre des représentants.
Bon nombre de ces élus préfèrent demeurer chez eux, dans le confort de leur résidence, refusant de faire le déplacement jusqu’à la capitale pour honorer leur mandat législatif. Ce comportement suscite la colère noire de plusieurs présidents de groupes parlementaires, excédés par cette désaffection institutionnelle qui paralyse le travail législatif, lit-on dans Assabah.
Depuis plusieurs mois déjà, la Chambre des représentants offre le spectacle désolant d’une enceinte quasi déserte. Les séances plénières se tiennent devant des rangées de sièges vides, et c’est un comité extrêmement restreint de députés qui assure l’examen des textes, le vote des lois, ainsi que la formulation des questions orales adressées au Chef du gouvernement et aux ministres. Les commissions permanentes, censées être le cœur battant du travail législatif et du contrôle gouvernemental, tournent elles aussi au ralenti, portées par une poignée d’élus dévoués tandis que la majorité brille par son absence.
En réaction à cette situation délétère, certains parlementaires ont décidé de mener une fronde interne, initiant des campagnes de sensibilisation et de pression pour pousser leurs collègues à renoncer volontairement à leurs privilèges. L’objectif affiché est d’envoyer un signal fort d’apaisement et de responsabilité aux électeurs à l’approche des prochaines échéances électorales, bien que de vives résistances se fassent sentir au sein de l’hémicycle, plusieurs élus refusant catégoriquement de s’asseoir sur ce qu’ils considèrent comme des acquis, qualifiés par les observateurs de rente parlementaire.
Dans ce climat de crise de légitimité, les appels à une refonte globale du système se multiplient. Un éminent expert des questions parlementaires a récemment exhorté le bureau de la Chambre à prendre des mesures radicales, préconisant notamment la suppression pure et simple des indemnités de déplacement, de l’hébergement hôtelier et des abonnements de carburant. Selon cette proposition, les journées d’étude et les voyages officiels à l’étranger devraient être strictement annulés, sauf en cas de nécessité absolue, et la délégation de députés autorisés à voyager devrait être limitée à trois personnes au maximum.
De plus, écrit Assabah, pour rompre avec le train de vie fastueux de l’institution, l’expert suggère d’imposer aux élus de voyager en classe économique plutôt qu’en classe affaires lors de leurs déplacements professionnels. Ces mêmes sources plaident également pour l’interdiction totale du cumul des mandats électifs, la réduction drastique du nombre d’indemnités et la baisse de moitié des émoluments actuels, rappelant avec insistance que le Parlement est une institution de représentation du peuple et non un espace de privilèges, de favoritisme ou de promotion sociale.
Cependant, les perspectives de changement à court terme restent sombres et accueillies avec un certain scepticisme par les acteurs de terrain.




